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Projet de loi autorisant la ratification du traité d'entente, d'amitié et de coopération entre la République française et le Turkménistan

 

B. LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE DU TURKMÉNISTAN : UNE VOLONTÉ D'ÉQUILIBRE RÉGIONAL ET DE NEUTRALITÉ APPUYÉE SUR L'OUVERTURE ÉCONOMIQUE

1. Un partenariat original avec la Russie

Les autorités turkmènes se sont attachées à établir avec la Russie des liens spécifiques, qui prennent en compte la place prééminente de ce pays, sur le plan stratégique et économique, pour cette ancienne république de l'URSS.

Cette relation particulière correspond à un juste équilibre entre les concessions accordées et la revendication d'une certaine autonomie à l'égard de la CEI.

Au registre des concessions, tout d'abord, un accord russo-turkmène a conduit à accorder la double citoyenneté aux nationaux russes résidant au Turkménistan. Il précède un accord sur la protection des russophones. Ensuite, dans le cadre de la coopération militaire, la Russie se voit reconnaître le contrôle de la frontière méridionale du Turkménistan (avec l'Iran et l'Afghanistan) et gère l'encadrement de l'armée turkmène. Enfin la Russie demeure le passage obligé pour l'acheminement du gaz turkmène, en attendant la réalisation de gazoducs via l'Iran et la Turquie ou vers le Pakistan via l'Afghanistan.

En revanche le Turkménistan a, dès son indépendance, tenu à manifester sa réserve à l'égard du cadre de coopération que constitue la CEI. C'est ainsi qu'il se refuse à adhérer à des structures supranationales ou à tout regroupement régional.

2. La coopération avec les Etats du Sud

C'est dans cette ligne que s'inscrit également la tendance des autorités turkmènes à tisser des liens privilégiés avec les puissances régionales que sont l'Iran, la Turquie et le Pakistan.

La Turquie a développé avec le Turkménistan une coopération ambitieuse ; la communauté linguistique y est pour beaucoup, de même que l'attrait représenté, pour les autorités turkmènes par la laïcité turque héritée d'Atatürk. La grande majorité des joint-ventures sont conclus avec des entreprises turques. La Turquie accueille comme boursiers quelque 2 500 étudiants et plus de 200 officiers turkmènes.

L'Iran avec lequel le Turkménistan partage 1 500 km de frontière commune est un interlocuteur obligé : le Turkménistan souhaite l'implantation en Iran d'un gazoduc et entend pouvoir également y exporter du pétrole.

De la même façon, le projet de construction d'un gazoduc entre le Turkménistan et le Pakistan (via l'Afghanistan) a été l'occasion d'un élan nouveau à la coopération entre les deux pays. Dans ce climat, les autorités turkmènes pourraient trouver à s'impliquer dans le règlement de la question afghane, compte tenu de leurs relations avec certaines factions parties au conflit.

3. L'ouverture économique à l'occident

Enfin le Turkménistan a été l'un des premiers pays de la région à engager une politique d'ouverture économique avec l'occident, dont il attend un soutien financier important, de nature à aider au décollage de son économie et à l'aboutissement de ses projets de désenclavement. Toutefois il est clair que l'absence de véritables structures démocratiques, ainsi que la lenteur des réformes économiques pourront peser sur le rythme de cette coopération.

Pour compléter ce positionnement international particulier, le Turkménistan souhaite obtenir un statut de neutralité, qui en faisant du pays le lieu de règlement de conflits régionaux, faciliterait sa recherche d'une politique de bon voisinage et d'une spécificité régionale.