III. L'ACTION AUDIOVISUELLE EXTÉRIEURE

L'audiovisuel doit devenir un moyen privilégié de diffusion de la langue, de la culture des sciences et des techniques françaises à l'étranger. Ceci est essentiel pour asseoir notre présence hors de nos frontières et l'on doit rappeler qu'une audience, même faible permet souvent de « toucher » un public plus nombreux que celui qui fréquente nos établissements culturels à l'étranger.

A. DES OBJECTIFS RÉAFFIRMÉS

Le 5 ème Conseil de l'audiovisuel extérieur de la France qui s'est réuni le 22 avril 1994 sous la présidence du Premier ministre, en présence du ministre des Affaires étrangères et des ministres de la Culture et de la francophonie, du Budget et de la Communication a fixé les objectifs de l'année 1994 et approuvé les objectifs généraux d'un plan d'action à cinq ans pour la période 1994-1998.

Ces orientations ont été confirmées par les réunions suivantes du Conseil de l'audiovisuel extérieur, en septembre 1994 et novembre 1995. Cette dernière réunion a cependant conclu à la nécessité d'une véritable restructuration du dispositif de l'audiovisuel extérieur.

Les grands axes stratégiques de cette action sont donc désormais les suivants :

- rationaliser le dispositif audiovisuel extérieur par la constitution de deux pôles opérationnels,

- adapter l'offre à la demande internationale,

- multiplier l'offre de programmes.


Le rapprochement des opérateurs

Dans le secteur de la télévision, le nouveau pôle opérationnel devrait être TELEFI « Télé France International », constitué d'une holding regroupant TV5 et CFI et adossé au secteur national, France Télévision devant détenir la majorité du capital de ce nouveau pôle.

Celui-ci aura la charge :

- de promouvoir la diffusion à l'étranger des images françaises ou d'assurer lui-même cette diffusion via ses filiales ;

- de participer à la détermination des choix stratégiques des opérateurs publics télévisuels français dans le cadre de leur activité hors de France ;

- de coordonner, en tant que de besoin, ces activités, le cas échéant avec des partenaires privés ;

- de coopérer en matière de fourniture de programmes avec les télévisions étrangères disposant de faibles moyens.

Un contrat d'objectifs entre l'État et Télé France International définira sa stratégie et ses moyens pour une période de 3 ans.

Dans le secteur de la radio, il est prévu que RFI reprenne certaines radios du groupe SOFIRAD et renforce ses synergies avec Radio France pour constituer le nouveau pôle opérationnel.

Ainsi, depuis le 1er juillet 1996, RFI a repris pour 1 franc symbolique les parts de Radio Paris Lisbonne précédemment détenues par France Europe FM, filiale à 100 % de la SOFIRAD.

Par ailleurs, l'étude du rachat par RFI de l'ensemble des actions de la SOMERA détenues par la SOFIRAD est en cours. Parallèlement, une relance de la SOMERA est prévue avec une affirmation de son indépendance, un renforcement de l'information en arabe et en français et une politique vigoureuse de développement de son réseau de diffusion en ondes moyennes et en FM.

Enfin, RFI et Radio France ont signé en janvier 1996 un protocole d'accord prévoyant des échanges de programmes et une plus grande synergie entre leurs bureaux à l'étranger.


L'adaptation des programmes à la demande internationale

Cette adaptation doit se faire de deux manières :

- par la régionalisation des programmes radiophoniques et télévisuels .

RFI mettra en place trois programmes permettant localement des reprises FM à la carte :

. une chaîne d'information continue (RFI 1) dont la thématique évoluera dans la journée en fonction des heures de grande écoute par région ;

. une chaîne en langues étrangères (RFI 2) découpée en modules d'une demi-heure susceptibles de s'insérer dans la grille de RFI 1 ;

. une bande de programmes notamment musicaux (RFI 3).

CFI décline ses programmes par blocs régionaux (Asie, Proche et Moyen-Orient, Afrique, Europe et à terme Amérique Latine) et a recours autant que possible au doublage ou sous-titrage en langues étrangères.

TV5 dispose actuellement d'un signal pour l'Europe, utilisé également en Afrique avec un décrochage spécifique et en Asie, prochainement également avec un décrochage spécifique ; d'un signal pour la Canada, d'un signal aux États-Unis (2 heures quotidiennes) et d'un signal pour l'Amérique latine.

MCMI a créé un programme spécifique pour l'Afrique et étudie une adaptation pour l'Asie.

- par l'amélioration et le renforcement du contenu des programmes , notamment en matière d'information internationale, ainsi que par la réalisation d'études d'audience qui seront harmonisées et généralisées dans le cadre des pôles audiovisuels extérieurs.


La multiplication de l'offre de programmes

Cette multiplication doit se faire par la constitution de bouquets radiophoniques et télévisuels satellitaires dans les principales régions du monde :

- En Europe, depuis 1995, outre TV5, Euronews et Radio France, 4 chaînes françaises ont rejoint la position orbitale d'Eutelsat où elles sont diffusées en analogique : la Sept-Arte, la Cinquième, MCMI et Canal Horizons (cryptée).

En Asie, depuis mai 1996, TV5 et MCMI sont diffusées en numérique sur Asiasat 2 dans le cadre d'un bouquet européen comportant la Deutsche Welle, la RAI et RTVE. RFI les rejoindra prochainement. En outre, CFI numérisera son signal sur Intelsat 704 afin de multiplier et de spécialiser les programmes offerts dans la zone et continuera à être diffusée en analogique sur Palapa.

En Afrique, la diffusion de MCMI a démarré en mai 1996 et préfigure le bouquet numérique qui devrait comprendre la Cinquième (et probablement la Sept-Arte), Planète, Euronews, une chaîne « enfants », Canal Horizons, TV5 et CFI, sur le satellite Intelsat 601 destiné aux réseaux MMDS (réseaux câblés sans fil).

En Amérique latine, le lancement de plusieurs bouquets satellitaires numériques régionaux ouvre de nouvelles possibilités aux programmes français. La numérisation du signal de CFI en direction de cette zone devrait permettre, dès 1997, d'accroître l'offre télévisuelle française, si possible en langue locale, dans la zone.

*

* *

Si la constitution du pôle radiophonique est en bonne voie, votre rapporteur constate aussi que celle de TELEFI - le pôle télévisuel extérieur - est plus hésitante.

En effet, la question de savoir si ce pôle doit être plutôt rattaché à France Télévision dans une logique de métier ou plutôt à RFI dans un souci de regroupement de l'action audiovisuelle extérieure ne semble pas être encore définitivement tranchée.

En tout état de cause, votre rapporteur estime qu'une attention particulière doit être accordée à deux priorités : améliorer la complémentarité des deux chaînes et adapter l'offre de programmes à la demande internationale.

À cet égard, votre rapporteur partage entièrement l'analyse du rapporteur spécial des crédits de la communication Jean Cluzel. Sa compétence et son expérience rendent ses récentes observations sur la politique audiovisuelle française en Asie orientale d'un intérêt tout particulier.

Votre rapporteur estime, comme lui, qu'il est urgent de mener une réflexion approfondie sur notre présence audiovisuelle dans cette partie du monde. En effet, notre offre actuelle en direction des pays d'Asie n'est, à l'évidence, pas adaptée.

Aussi, il lui semble que cette question doit être résolue de façon prioritaire en 1997. L'organisation du prochain sommet de la francophonie à Hanoï peut en donner le prétexte à défaut d'en renforcer l'incontestable nécessité.

Extrait des observations effectuées par M. Jean Cluzel, rapporteur spécial des crédits de la communication, à l'issue d'une mission audiovisuelle en Asie Orientale

Un constat

Le marché audiovisuel de l'Asie orientale constitue - pour notre pays - l'un des enjeux les plus importants des prochaines années. Or, l'audiovisuel français est, dans cette région, dramatiquement absent.

Les obstacles

1) Le premier tient à la concurrence très efficace des opérateurs anglo-saxons qui sont de rang international. Ils sont partout présents, même dans des pays qui dénoncent l'impérialisme culturel américain.

2) D'autres obstacles sont liés à la demande. Il s'agit, d'abord, de la langue. Celle de la communication et des affaires est, dans ces pays, incontestablement, l'anglais. Contrairement à une idée répandue, elle n'est cependant parlée ou comprise que par une minorité de personnes, qui l'utilisent avant tout pour le commerce. Le français est donc très peu utilisé.

De plus, les programmes des chaînes nationales en Asie orientale sont avant tout nationaux. La plupart de ces pays ont même adopté une législation imposant aux diffuseurs - dans les licences autorisant l'émission - un quota d'oeuvres nationales, mais cette contrainte est, la plupart du temps, superflue.

3) Ensuite, il n'est pas facile d'être présent sur ce marché audiovisuel, pour des raisons soit économiques, soit politiques. Quand ils existent, les accords bilatéraux entre diffuseurs français et diffuseurs nationaux demeurent difficiles à appliquer. Cela rend nécessaire la présence physique et continue de représentants (persévérants) des opérateurs audiovisuels sur les marchés convoités.

4) Il faut enfin tenir compte du contexte politique qui n'est pas toujours favorable à la diffusion directe de programmes, à la coproduction ou au développement des échanges. Il est donc illusoire, même à moyen terme, de tenter une diffusion directe de TV5, ou d'un bouquet de programmes européens, sur certains marchés, comme la Chine ou la Birmanie. Tout au plus peut-on y espérer la diffusion sur le câble dans les quartiers diplomatiques ou dans les grands hôtels.

Les suggestions

1) Les télévisions d'Asie orientale et d'Asie du sud-est sont en croissance très rapide et sont à la recherche d'un troisième fournisseur qui ne soit ni les États-Unis, ni le Japon. La France devrait savoir profiter de cette opportunité.

2) Nous pourrions faire prendre conscience aux télévisions publiques asiatiques - en perte de vitesse - de l'atout que représente la diversité culturelle (secteur public en compétition avec le secteur privé) et de la nécessité de défendre (comme la France) leur identité culturelle et nationale par l'audiovisuel.

3) Même si la France est peu présente dans cette zone, les professionnels français de l'audiovisuel, peu nombreux, sont néanmoins très actifs. Le soutien de leurs initiatives est assuré par un dispositif institutionnel important, dense et de qualité, grâce notamment aux attachés audiovisuels des services culturels de nos ambassades. Des initiatives pourraient donc être prises afin de renforcer notre présence en Asie : une adaptation de notre offre audiovisuelle (I), une meilleure « visibilité » de l'audiovisuel français (II), une réorientation des aides publiques à l'audiovisuel au bénéfice de l'exportation (III), une réorganisation de notre stratégie audiovisuelle en Asie (IV).

(I) Il faut, tout d'abord, porter notre effort sur l'amélioration des contenus autant que se préoccuper des « tuyaux » qui les diffuseront. Il nous faudrait par conséquent adapter notre offre aux spécificités des marchés asiatiques.

a) Il faudrait tout d'abord dépasser l'obstacle de la langue. Les diffuseurs présents dans cette région devraient utiliser trois vecteurs linguistiques selon la nature de l'émission : le français, l'anglais, et la langue locale.

b) Il serait indispensable que nos opérateurs (TV5 et CFI) connaissent mieux leur audience afin d'affiner leur stratégie de programmation en fonction du public visé et des résultats à obtenir.

c) Notre offre audiovisuelle devrait être regroupée et plus cohérente. Le distinguo entre CFI et TV5, entre la chaîne française et la chaîne francophone, entre la banque d'images et la diffusion directe, est souvent difficile à comprendre pour les opérateurs étrangers. En outre, sur le terrain, la logique TV5-diffusion directe / CFI-diffusion numérique n'est pas toujours respectée.

d) L'offre audiovisuelle devrait être adaptée au marché international.

Notre action audiovisuelle extérieure devrait donc être au moins régionalisée, sans pour autant se limiter à une stratégie panasiatique. Or, la France est encore très en retard par rapport à un objectif qui devrait constituer une priorité absolue, comme le Conseil audiovisuel extérieur de la France de 1994 l'avait décidé.

(II) Pour développer la présence audiovisuelle française, il manque à l'évidence une pièce dans le dispositif de notre action audiovisuelle extérieure. Au sein de la chaîne francophone TV5 et de la banque de programmes CFI, il existe une place pour un module de journaux télévisés internationaux en multidiffusion qui ponctueraient la diffusion de ces chaînes.

L'Asie orientale pourrait constituer le banc d'essai de cette nouvelle formule.

Compte tenu de la situation de nos finances publiques, celle-ci ne devrait pas être financée par le budget de l'État, ni par la redevance.

Ce journal télévisé international pourrait être réalisé pour moitié à partir des images provenant de toutes les chaînes publiques et privées françaises, et le cas échéant d'Euronews. Cette partie aurait pour mission de faire le point de l'actualité en France et en Europe. Ce journal pourrait également être réalisé pour moitié par les correspondants locaux des chaînes publiques et privées françaises afin de faire part du point de vue français sur l'actualité nationale et régionale en Asie.

Le rapprochement entre les opérateurs de l'action audiovisuelle extérieure et France Télévision, grâce à la création du holding « TéléFI » (Télévision France Internationale) pourrait fortement contribuer à accroître les synergies entre audiovisuel public national et audiovisuel public international.

(III) Les sociétés dont les programmes audiovisuels s'exportent devraient bénéficier en priorité des aides à la production. Même si le marché audiovisuel asiatique n'est pas encore rentable (une fiction ou un documentaire se négocie en effet parfois à 10.000, 5.000, voire 2.500 francs...), nous ne pouvons nous permettre d'être absents. En refusant de vendre des productions amorties financièrement, les sociétés françaises de production manquent l'occasion de s'implanter sur un marché pourtant prometteur et, en tous cas, indispensable à la présence de la France, maintenant, certes, mais, encore plus, au siècle prochain.

La présentation de programmes audiovisuels français devrait être conçue dans une optique globale et l'audiovisuel devrait constituer un élément de stratégie économique nationale.

(IV) Il faut, enfin et surtout, choisir des priorités.

La France ne peut, sur le plan audiovisuel, être partout présente dans le monde. Notre pays doit donc faire des choix entre les différentes parties du monde.

L'Asie a, jusqu'à présent, été moins bien traitée, par notre action audiovisuelle extérieure, que l'Afrique. Or, le poids économique et politique de l'Asie est bien supérieur à celui de l'Afrique... Pouvons-nous encore nous permettre une politique de l'offre généreuse sans souci de l'audience ? À l'évidence, la situation de la France en cette fin de siècle impose d'assurer le meilleur usage de l'action audiovisuelle extérieure.

Mais la France ne peut, sur le plan audiovisuel, être présente partout en Asie : il nous faut définir des priorités et une stratégie. Ces choix font encore défaut. Il semble nécessaire d'affirmer des priorités et de concentrer l'action audiovisuelle extérieure sur les pays qui compteront le plus au siècle prochain.

a) Le fait d'accorder des crédits importants de l'action audiovisuelle extérieure en faveur du Vietnam au détriment du reste de l'Asie semble une première erreur (il suffit pour en être convaincu de constater l'âge moyen des francophones au Vietnam et leur nombre, estimé à moins de 7 000, alors qu'il y a plus de 60 000 francophones en Thaïlande...).

b) Le fait de ne pas affirmer de priorité entre les pays d'Asie constitue une seconde erreur.

Il faudrait, au contraire, hiérarchiser nos priorités et que ce choix soit proposé à un prochain Conseil audiovisuel extérieur de la France afin de faire respecter cette stratégie par les opérateurs audiovisuels publics. On pourrait distinguer :


• Les pays qui représentent un intérêt prioritaire pour l'action audiovisuelle extérieure. Ces pays seraient, dans l'ordre décroissant, le Japon, Taïwan, la Corée du Sud, Hong Kong et Singapour. Ils devraient bénéficier de toute l'attention des opérateurs publics et les postes d'attachés audiovisuels pourraient recevoir des moyens accrus, par un redéploiement interne.


• Les pays émergents, sur le plan audiovisuel, pour lesquels une action de veille active devrait être menée : cette action ne rend pas nécessaire la présence d'attachés audiovisuels et/ou de représentants des opérateurs publics, mais elle justifie des crédits pour des actions ponctuelles de promotion de l'audiovisuel français. Il s'agit de la Chine, des Philippines, de la Thaïlande, de la Malaisie et de l'Indonésie.


• Les autres pays, qui présentent un moindre intérêt pour le moyen terme, au titre de l'action audiovisuelle extérieure, ne devraient plus faire l'objet de crédits ouverts à ce chapitre.

Une conclusion

Il n'y a pas d'action diplomatique - surtout lorsqu'il s'agit du secteur de l'audiovisuel - sans acceptation de l'autre et des produits des pays avec qui l'on veut contracter. La carte de la réciprocité doit donc être jouée ; par exemple, en invitant nos partenaires d'Asie orientale à créer des chaînes thématiques, diffusées à partir de la France, et proposées au reste de l'Europe.

C'est pour cela également que le rapprochement entre le pôle international de l'audiovisuel public et son pôle national doit constituer une priorité.

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