Vous êtes ici : Rapports > Rapports d'information



Retour Sommaire Suite

D. LES CONSÉQUENCES POLITIQUES ET CULTURELLES

" Le virtuel s'installe dans nos vies. Le mot, en très peu de temps, a envahi les médias. Il est devenue magique, tout puissant, nous promettant l'accès à un monde radicalement nouveau. (...) Le mot ne parle pas seulement à la raison, il éveille les passions. Il a ses adeptes et ses détracteurs. Il renvoie à un phénomène culturel et social dans lequel nous sommes inexorablement emportés. (...) Notre nouvel univers est désormais le cyberespace, impalpable, immatériel. Un univers innervé par l'électronique, avec ses propres exigences et ses lois. Nouvelle appartenance, nouveau langage. Un autre monde, un autre mode de vie... "88(*)

Deux sujets peuvent être évoqués :

 la manipulation des images,

 la société au temps du virtuel

Deux sujets sensibles, sur lesquels les opinions sont a priori tranchées, optimistes et confiantes, ou pessimistes et inquiétantes.

1. La manipulation d'images

L'image transmet un message. La manipulation d'images a pour objet de diriger ce message en fonction de l'objectif poursuivi. De même que lorsqu'il y a des armes, il y a presque toujours usage des armes, lorsqu'il y a image, il y a souvent manipulation d'images. L'image de synthèse ne fait que faciliter une déviance qui n'a pas attendu le numérique pour apparaître.

Avant d'analyser les différents procédés de manipulations d'images, il paraît utile de rappeler brièvement les raisons pour lesquelles celle-ci ont été et restent "tentantes". Une tentation qui s'appuie sur le "pouvoir de l'image" qui, même s'il est évident, doit être évoqué en quelques mots :

 l'image a un contenu informationnel infiniment plus riche et plus rapide que le texte, le commentaire ;

 l'image est le processus de communication le plus fort, le plus chargé d'émotion ;

 l'image peut être directement interprétée par tout le monde, par toutes les couches de la population, alors que le texte passe par des filtres (presse, revue...) et l'intelligence.

L'image n'est qu'une forme de représentation, une imitation toujours suspecte de déformation et de trahison. Une suspicion d'ailleurs parfaitement fondée sur l'abondance et la variété des illustrations de manipulations en tous genres, que ce soit pour des motifs esthétiques, techniques, mais aussi économiques, financiers (avec la perspective de "vendre" la bonne image et de faire la "une" du journal de 20 heures) et politiques. Le poids de chacun varie selon la nature des régimes. S'il est vrai que les régimes totalitaires ont usé et abusé des manipulations d'images, plusieurs exemples récents montrent que les régimes démocratiques en ont, eux aussi, leur part...

Il convient de distinguer la manipulation des images, des manipulations par l'image, avant de s'intéresser aux conséquences possibles des images de synthèse.

a) Les manipulations d'images traditionnelles

Au tout début de la photographie, les commentateurs se sont réjouis de l'apparition d'une technique qui "garantissait l'authenticité". Avant de s'apercevoir que la photographie, pas plus que tout autre procédé de création d'images, n'était à l'abri des mensonges par omission (cadrage approprié) ou par montage.

La "gamme" de manipulations d'images est très large89(*).

 le cadrage est la plus simple. Faire un gros plan sur huit ou dix personnes peut donner l'illusion d'une foule innombrable ou, à l'inverse, un gros plan sur un groupe peut faire oublier les masses autour de lui (lors de la première visite du Pape en Pologne, en 1979, la presse officielle avait cadré le Pape accompagné de quelques religieuses pour éclipser les foules de plusieurs centaines de milliers de personnes venues l'écouter) ;

 la retouche technique. La photo peut être corrigée pour l'adapter aux contraintes de la publication : rapprocher deux personnages pour gagner en largeur par exemple ;

 la "retouche esthétique" a pour but de gommer les petites imperfections de la photo, embellir le sujet (allonger les jambes, agrandir les pupilles, colorier l'iris...). Le procédé est courant et même systématique en publicité. Il existe une "variante politique" de ce type de retouche, lorsque celle-ci porte sur l'aspect extérieur d'un personnage politique (rides masquées, taille agrandie90(*)...) " La publication d'une photographie de Ceaucescu avec le président Valéry Giscard d'Estaing avait provoqué une crise avec les autorités roumaines car on n'avait pas le droit en Roumanie de publier une photo où Ceaucescu paraissait plus petit que la personne qu'il rencontrait... " ;

 le détourage ou la retouche de mise en valeur. Il s'agit alors de supprimer des détails ou un fond qui peuvent attirer l'attention sur d'autres choses que le personnage principal (une épinglette sur un costume, un vase...) ;

 l'effaçage. C'est une application du détourage qui ne porte plus cette fois sur un détail secondaire, mais sur un personnage de la photo. Tous les dictateurs du XXe siècle ont fait exécuter, par image interposée, les dissidents et les indésirables. Une façon de maîtriser le futur par le contrôle du passé. L'effaçage peut porter sur un détail que l'intéressé(e) ne désire pas montrer (une bague de Raïssa Gorbatchev lors d'un voyage officiel à New Delhi) ;

 le photomontage. C'est la forme la plus aboutie du montage, de la manipulation d'images, puisqu'elle combine souvent toutes les autres techniques : cadrage, effaçage, détourage, mixage de photos.

Toutes ces manipulations ont une constante : l'intention de leurs auteurs.

Retour Sommaire Suite



Haut de page
Actualités | Travaux Parlementaires | Vos Sénateurs | Europe et International | Connaître le Sénat | Recherche
Liste de diffusion | RSS | Contacts | Recrutement | Plan | Librairie | FAQ | Mentions légales | Accessibilité | Liens | Ameli