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11 décembre 1997 : Les images de synthèse et le monde virtuel : techniques et enjeux de société ( rapport de l'opecst )

 


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c) Les conséquences sociales éventuelles

Le virtuel génère ses élites. Les utilisateurs actifs, les créateurs, manipulateurs de symboles, les gagnants qui utilisent le dernier cri des nouvelles technologies, les clones qui entrent en relation avec d'autres clones du monde Cyber. Mais cette sélection pourrait entraîner plusieurs ruptures sociales :

 la rupture avec les nouveaux exclus,

 le risque de désocialisation.

 Première fracture : les habitués et les exclus. Les on line et les off line. Le virtuel est un nouveau langage qui suppose un apprentissage. Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, la transmission des connaissances ne se fera pas sur un mode vertical, entre deux générations qui (les plus anciens enseignant aux plus jeunes à parler, chasser, écrire, travailler, réfléchir...) mais sur un mode horizontal : une génération apprend ce que la génération qui précède n'a pas appris et ne peut, par conséquent, enseigner. La relation verticale parents enfants est même souvent, renversée car il n'est pas rare que les enfants enseignent aux parents la façon de se servir d'un magnétoscope, d'un ordinateur, d'un P.C., d'Internet... Beaucoup d'adultes côtoient alors un monde nouveau qui progresse très rapidement, mais auquel ils ne sont pas préparés. Exactement comme un immigré débarquant dans un pays d'accueil dont il ne connaîtrait pas la langue. Selon l'expression de Serge Tisseron, " Nous sommes tous des immigrés des nouvelles technologies. " Or, tous ne seront pas capables ou ne voudront pas apprendre. Il existe une frange de la population réfractaire à ces nouvelles techniques, à ces prothèses du XXIe siècle qui deviendront aussi courantes et indispensables à la vie courante que le fut le stylo pendant le XXe siècle...

Comme toujours, les mots sont les témoins vivants de cette évolution et ce n'est pas sans intérêt que l'on peut remarquer que, par un curieux renversement de nos modes de pensée, le on line désigne toute information qui transite par le réseau, le monde virtuel et le off line, tout ce qui n'est pas on line, c'est-à-dire, en fait, le monde réel. Le off -retrait- se définit par rapport au on, le réel par rapport au virtuel, et non pas le contraire !...

 La désocialisation. Une autre fracture importante concerne le risque de désocialisation, conséquence d'un mouvement de "déréalisation" où la représentation prend de plus en plus le pas sur la chose. La fascination qu'exerce l'image, au caractère quasi hypnotique, sont connus. " Il y a un danger d'exclusion sociale important pour les générations à venir qui baigneront dès leur plus jeune âge dans cet univers au semblant magique. "102(*)

Les dérives d'ordre psychologique décrites ci-dessus (fuite dans le virtuel, pour combler le manque là où le réel résiste et donne moins de satisfaction) ont des traductions sociales évidentes. Le social est constitué par la retombée dans le réel qui, par définition, génère la frustration, avec le risque que l'insatisfaction, le mécontentement s'expriment par la violence, signe ultime d'incommunicabilité.

Or, l'univers virtuel, s'il n'est pas sans émotion -c'est même son principal atout- est un monde sans affect, ni sensibilité. " L'écart se creuse entre le mental, l'esprit et les exigences du corps, de la sensibilité et de l'affectivité. "103(*)

Quelques artistes qui, une fois encore "sentent" parfaitement les évolutions en cours, ont d'ores et déjà lancé des signaux d'appel -de détresse- en ce sens, sans avoir été entendus104(*).

Encadré n° 22

LE VIRTUEL ET LA THÉOLOGIE

Certains théologiens, en particulier les théologiens catholiques, se sont intéressés au virtuel. Selon les Évangiles, la venue du Christ s'accompagnera de l'activité de Satan, prince des lumières et des illusions

 

" La venue du [Sans-loi] s'accompagnera, selon l'activité de Satan, de toute espèce de puissance, de signes et prodiges mensongers. Dieu (enverra) une puissance active d'égarement qui leur fera croire au mensonge " (Thessaloniciens, 2, 2, v. 9 à 11)

" Le Satan lui-même se déguise(ra) en ange de lumière " (Corinthiens, 2, 11).

 

Une idée équivalente avait d'ailleurs été évoquée par Mac Luhan, il y a quelques années. Le père Babin, directeur du CREC AVEX (Centre de recherche et de communication audiovisuel expression de la foi de l'épiscopat), rappelle toutefois que le Christ est, lui aussi, présenté comme la lumière du monde. En réalité, " si le virtuel émerge du désir immémorial de l'homme de dépasser la réalité physique (...) et constitue le top de la civilisation électronique (...), il faut se rapprocher de la racine du mot : le mot virtuel vient du lot latin virtus -vertu- ." C'est une forme de dérive de comparer le virtuel au vrai, alors que le virtuel développe la virtus des choses, la face intime.

" La réalité virtuelle est un laboratoire de l'esprit. L'homme agira avec le virtuel en fonction de sa virtus, de ses vertus, de la méditation et de la profondeur de soi-même... "



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