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XI - L'IMAGERIE MÉDICALE

L'importance de la génomique dans la biologie et la nécessité de pratiquer des investissements lourds dans ce domaine ne doivent pas occulter d'autres enjeux scientifiques majeurs, comme celui des neurosciences, qui requièrent elles aussi des efforts budgétaires considérables en faveur des techniques d'imagerie médicale qui leur sont propres

1. Les neurosciences et l'imagerie médicale, un enjeu scientifique majeur

Le premier enjeu des neurosciences est bien évidemment celui de la santé, avec la mise au point de traitements des maladies neurologiques, le développement de la neurochirurgie et les progrès de la psychiatrie.

L'actualité récente sur le nouveau variant de la maladie de Creutzfeldt Jacob souligne avec cruauté l'importance de la recherche dans ce domaine.

Son importance est également marquée par la révélation croissante, sinon le développement, des maladies neuro-dégénératives.

Mais un autre enjeu considérable est également la lutte contre le vieillissement cérébral et le développement des techniques de rééducation. Il s'agit là d'un enjeu de santé publique essentiel, avec l'allongement de l'âge de la vie.

La recherche en neurosciences peut également contribuer à améliorer la connaissance du développement de l'enfant ainsi qu'à approfondir les sciences cognitives dont les applications sont nombreuses dans le domaine de l'acquisition des connaissances et des modes de communication.

Or l'imagerie est une technique irremplaçable pour les neurosciences. En effet, il existe une relation entre la localisation anatomique et la fonction des aires corticales. Par ailleurs l'imagerie est un moyen non invasif qui permet l'étude non seulement de patients mais aussi de sujets normaux, voire d'enfants. De surcroît, l'imagerie contribue à une meilleure compréhension des données électrophysiologiques, à l'étude de l'expression des gènes chez l'animal et au développement des médicaments.

Il est à noter que les Etats-Unis ont reconnu l'importance des neurosciences en lançant un programme national intitulé " The Human Brain Project ".

2. Les équipements d'imagerie cérébrale

En matière " d'imageurs ", on distingue classiquement les équipements lourds des moyens mi-lourds.

Les équipements mi-lourds comprennent les " imageurs " mi-lourds au nombre desquels on compte les équipements d'imagerie gamma ou infrarouge.

Les équipements lourds comprennent les caméras à positons, les machines de magnéto-encéphalographie et les imageurs et les spectroscopes RMN (résonance magnétique nucléaire).

Les caméras à positons permettent de mettre en évidence les phénomènes de neurotransmission ainsi que l'expression génétique. D'un coût d'environ 10 millions de francs, les caméras à positons supposent la production sur place d'isotopes, l'utilisation d'un cyclotron et la présence d'un laboratoire de radiochimie.

Les machines de magnéto-encéphalographie donnent des informations fines sur les localisations. Les machines actuelles valent environ 12 millions de francs. Le coût des machines de nouvelle génération qui comportent un grand nombre de capteurs, devrait doubler pour atteindre 24 millions de francs.

L'imagerie et la spectroscopie par RMN (résonance magnétique nucléaire), comprennent deux familles d'équipements, d'une part les imageurs pour l'homme et d'autre part les machines pour les animaux.

Les imageurs pour l'homme comprennent les " imageurs " à 1,5 Tesla dont le coût est de 12 millions de francs et qui sont des machines destinées en priorité aux examens cliniques.

Les " imageurs " à 3-4 Tesla d'un coût de 24 à 25 millions de francs sont considérés comme des équipements de pointe en France pour l'étude du fonctionnement cérébral, alors qu'ils se banalisent aux Etats-Unis pour les applications cliniques. Des machines à très hauts champs, c'est-à-dire à 7-10 Tesla, d'un prix de 60 millions de francs, commencent à être installées aux Etats-Unis.

Les imageurs pour les petits animaux et les primates mettent en _uvre des champs de 4 à 17 Tesla. Leurs coûts vont de 10 à 25 millions de francs.

A tous ces équipements doivent être rajoutés les matériels d'informatique et de télécommunications indispensables à l'exploitation des résultats obtenus.

3. Les efforts à engager

Un plan national est recommandé par certains experts. Ce plan devrait comporter deux axes, le premier concernant la mise à niveau du parc existant en terme de compétitivité et le deuxième visant à prendre de l'avance en anticipant les évolutions technologiques.

S'agissant de l'augmentation de compétitivité du parc existant, la mise à jour des équipements anciens représente une enveloppe budgétaire de 100 millions de francs environ.

La France possède déjà deux pôles techniques où l'on trouve des moyens lourds, l'Ile-de-France avec Orsay (CEA) et l'hôpital de la Salpêtrière, et, Rhône-Alpes avec l'ensemble constitué par Lyon et Grenoble. Ces deux pôles, dont les masses critiques sont insuffisantes, constituent toutefois des bases de départ incontournables.

Ces deux pôles nationaux sont complétés par des centres régionaux, qui ne disposent pas chacun de tous les instruments mais détiennent des plateaux techniques respectables. Ainsi l'Est de la France est doté en instruments de magnéto-encéphalographie, en caméra à positons et en IRM, de même que Marseille, l'ensemble Toulouse-Bordeaux, l'Ouest avec l'ensemble Rennes-Caen.

Un autre effort est à consentir pour les dépenses de fonctionnement, qui représentent annuellement de 5 à 10 % de l'investissement.

Les personnels desservant ou utilisant ces machines doivent être renforcés. L'on constate trop souvent en effet que les financements, notamment ceux des collectivités locales, ne prévoient rien au delà de l'achat des matériels. Il faut donc une politique de ressources humaines coordonnée.

Au delà, une coordination nationale est indispensable, en incluant dans les prévisions des budgets de fonctionnement et de personnel suffisants.

En outre, il est indispensable de doter la recherche française de centres d'imagerie animale compétitifs, tant pour les primates que pour les souris. A cet égard, il faut remarquer que douze centres d'imagerie cérébrale appliquée aux petits animaux dotés de plusieurs types d'équipements ont été créés récemment aux Etats-Unis, le total devant atteindre la vingtaine dans les prochaines années.

L'autre volet du plan national concernerait l'innovation technologique.

L'un des objectifs technologiques de ce programme devrait être la mise au point dans les dix ans à venir au plus, de nouveaux systèmes d'imagerie permettant l'étude de l'activité de quelques dizaines de neurones avec une résolution temporelle passant de 1000 à 100, voire 10 millisecondes, afin de mieux comprendre le cerveau humain. La France, qui possède des spécialistes très performants en physique et en traitement d'image est capable de mener à bien un tel projet.

La création d'un Centre national ou européen d'imagerie cérébrale est à recommander.

L'investissement correspondant représente 150 millions de francs par an sur au moins 5 années.

Il s'agit en l'occurrence d'investir pour mettre au point l'IRM (imagerie par résonance magnétique) à très haut champ, c'est-à-dire 10 Tesla pour l'homme et 14 à 17 Tesla pour l'animal.

Un tel investissement représenterait-il une dépense exceptionnelle ? A titre d'exemple, la seule université d'Harvard a récemment décidé la création d'un institut comprenant 2 " imageurs " de 3 Tesla, une machine de 7 Tesla et deux machines de 14 Tesla pour la souris. D'autres institutions américaines ont une démarche similaire. Par ailleurs, un pôle du même type a été financé à Londres par le Wellcome Trust.

Un plan national relatif à l'imagerie cérébrale se justifie par les nécessités de la recherche dont les progrès sont particulièrement importants et urgents, en raison des défis considérables de santé publique à relever dans les prochaines années.