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Proposition de résolution relative à la création d'une commission d'enquête sur les conditions d'utilisation des farines animales : Les conditions d'utilisation des farines animales dans l'alimentation des animaux d'élevage et les conséquences qui en résultent pour la santé des consommateurs. Tome 1, rapport

 

2. Une couverture médiatique parfois excessive

L'ampleur des réactions suscitées par l'épizootie d'ESB a également été accentuée par sa couverture médiatique souvent dramatique.

A l'automne dernier, on pouvait lire à la une de différents quotidiens nationaux : « le péril du prion s'impose à l'Europe », « l'ESB infiltre la chaîne alimentaire française » ou « l'assiette folle : haro sur le boeuf, méfiance sur le mouton, doute sur le porc, crainte sur les fromages. Les épidémies se propagent, les experts s'interrogent ». Alors même que le corps de ces articles était souvent bien informé, les titres de ceux-ci ont avivé la crainte des consommateurs sans vraiment rendre compte d'une situation sanitaire, dont on peut objectivement estimer qu'elle s'améliorait.

A l'examen des coupures de presse et des émissions de télévision consacrées à ce sujet, la commission a été frappée par la volonté de certains médias d'exploiter l'émotion suscitée par cette crise. Sans volonté de nuire aucune et, sans doute, avec la seule intention d'attirer l'oeil du lecteur ou du téléspectateur, de nombreux articles et émissions de télévision ont délibérément amplifié des craintes déjà largement partagées, sans prendre la mesure de l'intensité des peurs ainsi suscitées et de l'ampleur des conséquences économiques occasionnées.

On ne peut, en effet, ignorer l'impact considérable de la couverture médiatique de la crise sur la consommation de boeuf, comme le montre les deux graphiques suivants qui, pour le premier, quantifie et synthétise la pression médiatique sur le thème de la vache folle dans l'ensemble des médias, pour le second, décrit l'évolution de la consommation de viande pendant une période comparable.

Source : SECODIP (L'unité de mesure l'Ubm prend en compte et l'audience du titre ou du programme qui diffuse une information, et l'espace qu'elle mobilise (surface exprimée en pages ou durée exprimée en minutes)).

Source : SECODIP

Dans ce climat, la tentation était forte de surenchérir dans le « catastrophisme ». Tous les médias sont loin d'avoir cédé à cette tentation. Les médias ont, en effet, dans l'ensemble relaté les faits, reflété les inquiétudes de l'opinion publique et exprimé la défiance des consommateurs à l'égard des pouvoirs publics et des professionnels de la filière bovine.

Certains médias n'ont cependant pas hésité, pour « faire l'événement », à donner dans une forme de « sensationnalisme ». Ainsi, certaines émissions de télévision ont cru bon de tirer parti de l'émotion sincère que pouvait susciter le spectacle de l'agonie des victimes de la nouvelle variante de la maladie de Creutzfeldt-Jacob. S'il était important de rendre compte de la situation des victimes, ce spectacle prolongé visait bien plus à susciter l'émotion, qu'à expliquer la réalité de la situation sanitaire.

De même, la diffusion quasi systématique, pendant plusieurs semaines, dans l'ensemble des journaux télévisés, des mêmes images de la même vache folle, titubant dans le même enclos, ne semblait que de peu d'intérêt pour l'information du consommateur. Cette vache folle « en boucle » sur toutes les télévisions a, en revanche, pu ancrer dans l'opinion publique l'idée que l'épidémie d'ESB était en France comparable à celle que connaît la Grande-Bretagne, où le nombre de bovins contaminés est pourtant mille fois supérieur.

Dans certains cas, la recherche du sensationnel a conduit à diffuser des informations erronées.

L'affaire Soviba est à cet égard typique de certains excès, qui furent minoritaires, mais regrettables. Car comme l'a souligné M. Jérôme Gallot, Directeur général de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes devant la commission, « la relance médiatique du problème, ayant conduit aux chutes de consommation est intimement liée à l'affaire Soviba ».

Dans cette affaire, un vétérinaire inspecteur de l'abattoir Soviba a détecté un animal suspect. Cet animal présentait des signes particuliers de faiblesse. Il a isolé l'animal et l'a testé. Cet animal qui s'est avéré positif au contrôle du test n'est pas rentré dans la chaîne alimentaire. Se reportant à la presse de l'époque, la commission a constaté qu'il avait été dit, dans une partie des médias, qu'un animal malade était entré dans la chaîne alimentaire, suscitant les craintes légitimes des consommateurs.

Quelques-unes des vaches provenant du même troupeau tuées cinq ou six jours avant ont été commercialisées, après avoir été contrôlées négatives. Par mesure de précaution, dans un souci de communication, Soviba, après discussion avec les services vétérinaires, a décidé de retirer les viandes issues de ce troupeau. Grâce au système de traçabilité, cette viande a été prélevée jusque chez les distributeurs. Or cette mesure a également été interprétée comme le signe que des produits contaminés avaient été commercialisés. Ainsi pouvait-on lire à la une des journaux le lendemain : « la distribution touchée à son tour par la vache folle », « un lot suspect chez Carrefour », etc.

Comme l'a observé M. François Toulis, président de la Fédération nationale de Coopératives bétail et viande (FNCBV), devant la commission, « ces animaux avaient été testés, n'étaient pas atteints. Dans l'état actuel des connaissances, le muscle n'est pas contaminant et les matériaux à risque sont enlevés. Néanmoins, c'est cet événement qui a déclenché la crise que nous vivons actuellement et la médiatisation qui a été faite autour ».

De même, lorsque la première série de tests de dépistage, effectuée sur une population de bovins à risques dans une région particulièrement touchée par l'ESB, aboutit à un taux de contamination de deux pour mille, de nombreux médias ont, en dépit des mises en garde répétées de l'ensemble des experts, extrapolé ces résultats à l'ensemble de la population bovine et en ont déduit une explosion du nombre de cas en France.

Il ne s'agit évidemment pas de remettre en cause l'attitude des médias en général. Ces derniers ont globalement bien informé l'opinion publique et mis en lumière des dysfonctionnements que la commission d'enquête a, elle-même, constatés. On ne peut, en outre, parler des médias en général tant la couverture médiatique de l'épidémie d'ESB a été différente selon qu'il s'agisse de la presse écrite ou audiovisuelle, ou selon leur audience, nationale ou locale. Il reste que les excès d'une minorité ont contribué au mouvement de panique que la France a connu en novembre dernier.

La commission estime toutefois que l'impact de cette médiatisation parfois excessive n'aurait jamais atteint cette ampleur si une crise de confiance ne s'était instaurée entre les consommateurs et les pouvoirs publics.