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Les inondations de la Somme, établir les causes et les responsabilités de ces crues, évaluer les coûts et prévenir les risques d'inondations (rapport)

 

b) Des sources d'information incomplètes et insuffisamment corrélées
(1) Des sources d'information partielles

L'examen des sources d'information des systèmes de surveillance et d'annonce des crues fait apparaître des lacunes graves. D'une part, ces systèmes ne permettent pas de prendre en compte la diversité des types de crues recensés, qu'il s'agisse de crues rapides, de coulées de boues ou encore d'inondations de littoral.

D'autre part, les données en matière de pluviométrie ne sont pas corrélées avec celles résultant de l'observation des cours d'eau et encore moins avec les informations disponibles sur les eaux souterraines.

Ainsi, lors de son audition devant la commission d'enquête, M. Jean-Pierre Besson, président-directeur général de Météo France, a jugé que les BAP émis étaient « en soi, totalement inutiles dans le cas des inondations de la Somme ». « Ces documents » a-t-il ajouté « informent de la quantité de pluie attendue. Mais l'élément majeur consiste à déterminer la réaction du bassin, le temps de réponse du bassin et le niveau des nappes. Il est indispensable qu'une personne dispose d'une compétence hydrologique lui permettant d'utiliser ces documents ».

En matière de réseau d'alerte des crues, il est clair que la collaboration reste très insuffisante entre météorologues, hydrologues et géologues, et qu'il n'existe pas de structure fédératrice, alors même qu'il s'agissait d'une recommandation forte de l'Instance d'évaluation de la politique publique de prévention des risques naturels, qui, sous la direction de M. Paul-Henri Bourrelier, a rendu ses conclusions en 1998.

(2) Une utilisation du BRGM inopérante

Il est ainsi apparu à votre commission que les compétences du BRGM n'étaient pas systématiquement exploitées dans les systèmes d'annonce des crues. Cet établissement public industriel et commercial, initialement chargé du suivi des mines, puis de la tenue des cartes géologiques, s'est plus récemment orienté vers les problèmes de risques naturels de sites pollués et de gestion de l'eau. Il a, à ce titre, reçu mission du ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement d'assurer le suivi des nappes souterraines, pour en permettre une meilleure gestion. Actuellement, le BGRM exerce effectivement une mission de recherche -pour comprendre les phénomènes- et une mission d'appui aux politiques publiques, à travers ses implantations régionales. Mais, comme le reconnaissait son président M. Bernard Cabaret, devant la commission d'enquête : « jusqu'à une date récente, les organismes en charge de la partie hydrographique et des eaux superficielles estimaient que notre rôle devait se limiter à l'examen des eaux souterraines, leurs agents pensant sans doute que l'indépendance relative des deux événements était suffisante pour justifier cette répartition des tâches ».

M. Thierry Pointet, membre du BRGM, a encore plus nettement indiqué que : « Le BRGM essaie depuis des années de faire accréditer la thèse de la contribution des eaux souterraines dans le déclenchement et l'entretien des crues, jusqu'à cette année sans aucun succès. Il lui fut parfois dit clairement de ne pas aborder le sujet qui relevait de l'hydrologie pure (les rivières). Les suivis sur le bassin de la Somme pour la prévision des crues ne tenaient compte que des écoulements de surface ».

Compte tenu des événements récents et de la diversité des différents types de crues, votre commission souligne l'incohérence de ce trop strict partage de compétences. Elle regrette ainsi que, dans le cas de la Somme, le BGRM n'ait été sollicité qu'après l'apparition des inondations, non pas par les services de l'Etat, mais par les collectivités locales qui constataient des dégâts dus à la montée des nappes phréatiques.

Elle considère, de plus, que les travaux du BGRM en ce qui concerne la gestion de l'eau restent utilisés de manière trop patrimoniale, ce qui souligne, s'agissant de la gestion de l'eau en France, la prééminence d'une culture de la sécheresse et non des inondations. Comme le faisait remarquer à la commission M. Michel Sappin, directeur de la défense et de la sécurité civiles au ministère de l'Intérieur : « aucun dispositif n'existe à l'heure actuelle pour mesurer la montée des nappes phréatiques, alors que le système d'alerte fonctionne en cas de sécheresse ».

Il apparaît donc indispensable désormais de prendre en compte dans les systèmes d'annonce des crues orientés vers les grands fleuves et les zones de plaine la réalité des eaux souterraines, dans une démarche dynamique. Ceci implique de développer des prévisions à moyen terme sur l'évolution supposée des nappes phréatiques, compte tenu de paramètres aussi divers que la pluviométrie, la mesure de l'évapotranspiration, les effets du ruissellement, ainsi que le temps de recharge des nappes phréatiques.

Ainsi, les inondations de la vallée de la Somme vont-elles permettre d'accélérer la mise au point des techniques permettant un meilleur suivi des nappes phréatiques pour prévoir les crues. On peut citer, à titre d'exemple, la filiale Iris Instruments du BRGM qui lance sur le marché un équipement de suivi de montée en saturation des nappes phréatiques.

Initialement destiné à la recherche d'aquifères, ce détecteur dit Numis repose sur la technologie de la résonance magnétique protonique : une onde électromagnétique est envoyée dans le sol à l'aide d'une sonde. Le signal en retour permet d'évaluer le degré de liaison de l'hydrogène avec le matériau du sous-sol et, en conséquence, l'état de saturation de la roche. Cette solution est préférable à la mesure par forage, car le percement perturbe le sous-sol.

Source : Le Moniteur Environnement, juin 2001