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Les inondations de la Somme, établir les causes et les responsabilités de ces crues, évaluer les coûts et prévenir les risques d'inondations (rapport)

 

II. UNE MOBILISATION TROP LENTE

A. UN DÉMARRAGE DIFFICILE QUI LAISSE UN GOÛT AMER AUX ÉLUS LOCAUX

1. Une communication déficiente en début de crise

a) Un retard habituel...

Dans son rapport de novembre 199464(*), la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les causes des inondations et les moyens d'y remédier, présidée par M. Philippe Mathot et dont M. Thierry Mariani était le rapporteur, avait porté « une appréciation mitigée sur l'information des maires » à l'occasion des crues, estimant que celle-ci était « perfectible ».

La même commission d'enquête avait aussi souligné l'importance de l'information de la population qui, « convenablement avertie, se rangera plus facilement aux arguments des sauveteurs » et fait valoir l'importance pour elle de « recueillir en temps réel des informations fiables et précises, car il a été constaté que, dans de nombreux cas, des rumeurs non fondées avaient contribué à inquiéter inutilement les habitants ».

M. Claude Lefrou, dans son rapport d'expertise sur les crues de novembre 1999 dans quatre départements du sud de la France 65(*) a également déploré une « sous information de la part des services » en direction des communes.

Cette difficulté pour les services de l'État de communiquer précisément avec les élus et la population, surtout en début de crise, a été une fois de plus constatée dans la Somme à l'occasion des inondations de 2001.

b) Un défaut de culture d'inondations

Devant une délégation de la commission d'enquête, le 23 mai 2001, M. Daniel Cadoux, préfet de la Somme, a indiqué qu'en dépit des inondations qui s'étaient produites précédemment, il est vrai avec une moindre ampleur, la prévention des inondations et la gestion d'une éventuelle crue ne constituaient pas des sujets habituellement traités au cours des réunions entre élus et services préfectoraux.

Votre rapporteur, ainsi que M. Pascal Lefebvre, maire d'Epagne-Epagnette, ont fait valoir cependant que la question avait été abordée par des élus locaux au cours de la réunion cantonale du 24 novembre 2000 à Abbeville.

Le défaut de « culture d'inondations » dans la Somme et l'absence de prévisibilité d'un phénomène d'une telle ampleur ont certes largement contribué à une carence de « communication préventive » des services de l'État en direction des élus locaux.

Chacun est d'ailleurs convenu de ce que le risque d'une inondation aussi importante était sorti de la mémoire collective.

Pour autant, M. Claude Lefrou, comme la plupart des personnes entendues par la commission d'enquête, a exposé dans son rapport d'expertise que « quelques caves inondées et quelques mouvements de terrain, causés par l'humidité, sont habituels, chaque année, en hiver et au printemps en Picardie ».

La crue la plus importante depuis au moins un demi-siècle, celle de l'hiver 1993-1994 n'a, en aucune façon, préparé les esprits aux événements de cette année. On sait d'ailleurs que l'atlas des zones inondables dans la Somme, établi à la suite de ces inondations, s'est avéré obsolète cette année.

* 64 Document AN n° 1641 (dixième législature) : tome I, pp. 101 et 102.

* 65 Page 54.