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L'ampleur des changements climatiques, de leurs causes et de leur impact possible sur la géographie de la France à l'horizon 2005, 2050 et 2100 (Tome 1 : Rapport)

 

V. L'HABITAT ET LES GAZ A EFFET DE SERRE

Parmi les sources de gaz à effet de serre, l'habitat dans lequel on inclut aussi bien l'habitat individuel que les locaux de bureaux, voire le secteur tertiaire dans son ensemble, figure parmi les sources principales d'émission de gaz à effet de serre, en particulier dans les pays développés.

Pour la France, en 1998, le secteur résidentiel/tertiaire représentait 23 % des émissions de CO2 d'après le CITEPA.

Ce rôle de l'habitat dans les émissions de gaz à effet de serre peut être envisagé sous cinq aspects : l'urbanisme, la construction, les modes de chauffage et de climatisation et, enfin, la consommation électrique.

A. L'URBANISME

Aujourd'hui, l'interrogation sur la possibilité de réduire les émissions de gaz à effet de serre passe par l'étude des structures urbaines existantes ou à créer sur l'ensemble de la planète.

A cet égard, il peut être constaté que, comme de juste, les choix d'urbanisme effectués au long des siècles engagent déjà largement l'avenir et qu'une remise en cause, même justifiée du point de vue théorique, ne pourrait intervenir qu'au cours de plusieurs décennies, voire de plusieurs siècles, à supposer qu'une volonté politique continue, relayée par des choix individuels, se manifeste sur une telle durée.

Le constat actuel aujourd'hui est celui d'un monde où les mégalopoles grandissent et se multiplient avec les avantages résultant de leur concentration mais aussi leurs handicaps, notamment dans les pays en voie de développement où les mégalopoles se constituent par agglutination des populations ayant fui les zones rurales sans que le niveau économique des structures urbaines géantes ou leur état d'organisation soit pour autant en mesure de proposer un mode de vie satisfaisant.

S'ajoutent à cela les implantations, souvent côtières, de ces mégalopoles qu'une élévation du niveau de la mer ou une érosion accrue pourrait venir sérieusement menacer en cas de changements climatiques.

B. LA CONSTRUCTION

A travers la nouvelle préoccupation d'une moindre émission de gaz à effet de serre, les matériaux ou les procédés de construction doivent être passés au crible, qu'il s'agisse de la construction individuelle ou de la construction collective.

Par exemple, la comparaison entre le carbone dégagé par la fabrication d'une poutre, métallique, en béton ou en bois, conduit à constater que les deux premières émettent une quantité non négligeable de carbone alors que la troisième en stocke.

Cependant, jusqu'à présent, les choix architecturaux n'ont pas été effectués à partir du critère de moindre émission de carbone, mais à partir de considérations esthétiques, de coût et de facilité à se procurer les matériaux.

Cette simple considération rappelle que la priorité nationale reconnue par voie législative à la lutte contre l'intensification de l'effet de serre ne peut être qu'un voeu pieux dans la mesure où, de fait, beaucoup de priorités nationales existent, sans être forcément proclamées par voie législative et que, dans la pratique, les choix sont effectués en fonction d'un classement qui n'est publié nulle part.

Dans la construction, c'est le secteur de la maison individuelle qui utilise davantage de bois : 30 % des fenêtres étant fabriquées en bois contre 44 % en PVC et 26 % en aluminium. Toutefois, ce sont des bois tropicaux que consomment près de 55 % de la menuiserie industrielle.

Dans le cadre de la réflexion sur le stockage du carbone par le bois utilisé dans les constructions, il a été constaté que le regain du recours au bois, pour l'instant, se limite essentiellement, en France, aux salles de sports, alors que tel n'est pas le cas en Allemagne ou aux Pays-Bas. En effet, le réflexe maison-bois n'est pas fréquent en France où, même pour des passerelles, des clôtures ou des garages, il est souvent nécessaire de s'approvisionner en Allemagne.

Cependant, les avantages du bois comme matériau de construction sont nombreux. En effet, sa production nécessite trois fois moins d'énergie que celle exigée pour réaliser un bâtiment en béton. De plus, si, pour sa production, une tonne de bois consomme 1,5 tonne de gaz carbonique, elle rejette 1,1 tonne d'oxygène dans l'atmosphère à travers la photosynthèse.

Le bois possède aussi des qualités tout à fait exceptionnelles de régulation hygrométrique, thermique ou acoustique. Par exemple, le bois est 12 fois plus isolant que le béton, 350 fois plus que l'acier et 1.500 fois plus que l'aluminium. En outre, des progrès techniques ont bénéficié également au bois, à travers notamment des bois reconstitués ou des bois composites aussi fiables que le béton. Dans le rapport BIANCO sur la forêt est citée une étude du Professeur W. WINTER comparant les coûts d'une structure en béton et acier à ceux d'une structure en bois. Ceux-ci sont retracés dans le tableau suivant :

Répartition des coûts comparés de structures selon les matériaux utilisés
(en pourcentage)

Structure

Coût

Béton-acier

Bois

Énergie

Capital

Main d'oeuvre

30-40

30-40

20-30

5

10-20

70-80

Compte tenu de l'ensemble des éléments rappelés ci-dessus, le rapport BIANCO a recommandé la mise en oeuvre d'un plan pour le bois matériau qui pourrait se résumer en six actions :

1. Appliquer la loi sur l'air de 1996 en imposant un pourcentage minimum de bois dans les constructions publiques.

2. Former aux systèmes constructifs bois des architectes, des élus, des services techniques, des bureaux d'études.

3. Favoriser des actions en direction de la maison nouvelle et des bâtiments agricoles.

4. Diversifier l'offre des techniques constructives bois.

5. Monter sur l'ensemble du territoire des programmes spécifiques d'information sur tous les bâtiments en bois.

6. Inciter les particuliers au choix du bois, et ce déjà à travers l'application des mesures fiscales existantes.

Un tel plan pourrait avoir un réel impact dans la mesure où le matériau bois ne représente que 9 % de la valeur des matériaux consommés par le bâtiment et les travaux publics en France, alors que ce taux atteint 10 % en Allemagne et 35 % en Amérique du Nord et dans les pays scandinaves. Par ailleurs, les contrats emplois-régions comme la politique de recherche pourraient encourager le recours au bois matériau de construction.