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L'ampleur des changements climatiques, de leurs causes et de leur impact possible sur la géographie de la France à l'horizon 2005, 2050 et 2100 (Tome 1 : Rapport)

 

B. L'IMPACT DU RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE SUR LA SANTÉ

La mission interministérielle de l'effet de serre (MIES), dans son rapport sur les Impacts potentiels du changement climatique en France au XXIème siècle , a étudié également les influences possibles des changements climatiques sur la santé en France métropolitaine et dans les DOM-TOM au XXIème siècle (49(*)). Après avoir noté que les saisons normales du XXIème siècle devraient reproduire les saisons connaissant des températures anormalement élevées du XXème siècle, il a été observé qu'un réchauffement moyen de 2°C serait suffisant pour produire un impact direct sur le fonctionnement de l'organisme humain (coups de chaleur, déshydratation aiguë, accidents cardio-vasculaires ou cérébro-vasculaires). De plus, les effets cumulatifs d'un ensoleillement renforcé pourraient multiplier les cas de cancer cutané ; ce qui ne serait constaté que dans trois ou quatre décennies.

Les personnes seraient inégalement touchées, les plus menacées étant les personnes âgées, les malades chroniques, les jeunes enfants et les nourrissons. De plus, le vieillissement de la population ne fait qu'augmenter sa vulnérabilité aux aléas climatiques.

Pour le Professeur Jean-Pierre BESANCENOT , la mortalité en hiver reculerait de 5 % à 7 % vers le milieu du XXIème siècle, tandis que la mortalité d'été s'accroîtrait chez les personnes âgées et chez les catégories sociales les moins favorisées, ainsi que chez les femmes au delà de la soixantaine. Les précédents des étés les plus chauds des cinquante dernières années (1947, 1949, 1952, 1961, 1962, 1964, 1976, 1978, 1982, 1985, 1986, 1989, 1990, 1991) permettent d'extrapoler, pour le milieu du siècle prochain, un taux moyen d'augmentation des décès de 12 % à 18 %. Cette prévision, bien inférieure à celles effectuées aux Etats-Unis d'Amérique (doublement ou triplement de la mortalité) reste assez raisonnable.

La répartition géographique de l'évolution du rythme annuel de la mortalité pourrait faire que la sur-mortalité se concentre presque exclusivement dans les grandes agglomérations urbaines (quartiers centraux densément bâtis, villes méridionales de plusieurs centaines de milliers d'habitants). L'auteur cité a d'ailleurs relevé que « le citadin qui vit dans une ambiance artificielle (réchauffée l'hiver et réfrigérée l'été) aggrave son intolérance vis à vis des conditions climatiques adverses et le rend incapable d'y faire face ».

Il a noté également, le retour plus fréquent de phénomènes extrêmes : des chaleurs comme celles de l'été 1976, considéré comme le record du XXème siècle, risqueraient de survenir tous les trois à cinq ans au milieu du siècle prochain.

Comme l'ont relevé les climatologues, le réchauffement concernerait essentiellement les températures nocturnes, ce qui provoque généralement le maximum de mortalité dans la mesure où l'organisme, après avoir supporté la chaleur de la journée, ne trouve plus le moyen de récupérer pendant la nuit.

Les interrogations demeurent sur l'existence ou non de seuils critiques de température par rapport à la santé publique.

Dans cette communication, il a été également souligné que les rhino-conjonctivites (rhume des foins) risqueraient de présenter des pics énormes aux périodes de dissémination maximale des grains de pollen qui malheureusement ont cours presque toute l'année (à la fin de l'hiver et au début du printemps, il s'agit du pollen d'arbres et d'arbustes ; à la fin du printemps et au début de l'été, du pollen de graminées et, à la fin de l'été, comme au début de l'automne, du pollen d'armoise et d'ambroisie).

En outre, il a été signalé, qu'un réchauffement du climat amènerait des déplacements vers le nord de nombreuses espèces végétales dont certaines très allergisantes (les pollens de cyprès et de pariétaire pourraient remonter jusqu'en Bourgogne ou en Touraine, tandis que le pollen d'arganier remonterait du sud du Maroc jusqu'en Provence ou en Languedoc-Roussillon). Les journées de beau temps chaud et ensoleillé augmenteraient les quantités de pollen libérées.

D'autres effets sont également à redouter, quant aux crises d'asthme et aux bronchiolites estivales liées à l'accroissement de la teneur de l'air en oxyde d'azote, en ozone et en autres polluants photochimiques qui produisent un brouillard photo-oxydant particulièrement irritant et toxique.

Immanquablement, il y aurait une répercussion directe de la qualité de l'air extérieur sur celui des locaux où les pics de pollution se trouvent généralement renforcés.

Deux ans plus tard, dans l'ouvrage cité, le Professeur Jean-Pierre BESANCENOT a précisé que les risques principaux que le réchauffement climatique ferait courir à la santé seraient le développement de maladies infectieuses et parasitaires comme le paludisme inoculé par la salive du moustique anophèle (50(*)) femelle.

Ces moustiques se reproduisent à proximité de l'eau (zones marécageuses, mares) vers 28 °C dans une ambiance humide.

D'où une possibilité d'extension de la zone d'endémie vers le nord et vers le sud.

Pourraient être concernés le nord du Sahel, le Maghreb, la Turquie, l'essentiel du Proche et du Moyen-Orient, l'Afrique du sud, les tierras Calientes du Yucatan et du Centre-Est mexicain, le Brésil méridional et le sud de la Chine.

En outre, la maladie pourrait gagner, du fait du réchauffement, des altitudes plus élevées que 1.400 m ou 1.600 m.

En France, les moustiques vecteurs sont présents mais le paludisme a disparu avec l'assainissement des terres humides et des marais. Des cas de paludisme importé sont toutefois constatés à proximité des aéroports.

Au-delà des maladies infectieuses et parasitaires, les changements climatiques pourraient entraîner une diminution de la surmortalité hivernale et une surmortalité estivale nettement accrue. La différence entre les deux évolutions opposées est imprévisible et sans doute liée à la rapidité avec laquelle interviendrait le réchauffement annoncé.

Toutefois, avec les auteurs les plus autorisés, votre Rapporteur tient à rappeler que beaucoup de données demeurent encore ignorées, que les conséquences des changements climatiques seront liées aussi à la multiplication des événements extrêmes et qu'elles toucheraient très différemment les divers milieux sociaux et culturels.

Doivent être aussi signalés, en plus des risques de recrudescence des rhinites et de l'asthme, notamment du fait de l'augmentation des quantités de pollen libérées dans l'air, une croissance des cas de lithiase urinaire, une élévation du taux de naissances prématurées et un renforcement du taux de mortalité périnatale, une multiplication des intoxications du fait d'une moins bonne conservation des aliments, des risques plus grands de contamination des systèmes de climatisation ou d'humidification (légionnelle, par exemple).

Dans le domaine de la santé, comme il l'a déjà mentionné dans d'autres domaines, dans le début du présent rapport, votre Rapporteur ne peut manquer de souligner que certains agissements de l'homme viennent considérablement renforcer les facteurs climatiques dans la réalisation des risques encourus.

Ainsi, est-ce la diminution de l'épaisseur de la couche d'ozone ou le comportement de plus en plus héliotropique des populations s'exposant inconsidérément au soleil qui se trouveront à l'origine de la multiplication des cas de cancers cutanés ?

Est-ce le vieillissement de la population ou le réchauffement qui entraîneront, l'été, au cours des vagues de chaleur, en particulier dans les grandes villes, la surmortalité des personnes âgées malades ?

Sont-ce les changements climatiques ou la pollution qui entraîneront la recrudescence des crises d'asthme ou des bronchiolites l'été lors des pics d'ozone ?

A propos des maladies à vecteurs, le Professeur François RODHAIN, de l'Institut Pasteur [ M.I.E.S. et ], a noté concernant les maladies à tiques (encéphalite, borreliose de Lyme, babébioses, fièvre boutonneuse, fièvre récurrente dite hispano-nord-africaine) que la borreliose de Lyme et les babébioses pourraient voir leur incidence clinique multipliée -en liaison avec les populations de mulots, de campagnols et de cervidés impliqués dans la maintenance des populations de tiques.

Dans une moindre mesure, l'encéphalite à tique pourrait gagner d'autres régions que l'Alsace et les Vosges, de même que la fièvre boutonneuse, connue des régions méridionales, pourrait remonter vers le nord.

A l'inverse, la fièvre récurrente hispano-nord-africaine ne devrait pas apparaître en France.

Quant aux maladies à moustiques, le virus West Nile (affections fébriles, rares encéphalites) importé épisodiquement en Camargue par les oiseaux migrateurs, pourrait se manifester plus fréquemment qu'aujourd'hui. De même pour le virus Tahyna (syndromes fébriles aigus).

Les chiens pourraient être touchés davantage qu'actuellement par les filaires (51(*)) dans les régions méditerranéennes.

Les arbovirus déclenchant des fièvres à phlébotomes (affections aiguës bénignes survenant en été), et déjà présents en Italie, seraient capables de gagner le sud de la France.

Des leishmanioses, affectant l'homme et les animaux, risqueraient de se multiplier dont la leishmaniose viscérale (mortelle si non traitée), déjà présente dans les Alpes-Maritimes autour de Marseille et dans les Cévennes, qui peut connaître des interactions très défavorables en cas de co-infection avec le virus du Sida.

La leishmaniose cutanée, présente dans la région méditerranéenne, plus bénigne, pourrait aussi s'étendre.

Les maladies à puces ne devraient pas gagner du terrain, ces insectes demeurant plutôt insensibles au climat. En fait, c'est plutôt l'évolution des populations de rongeurs, infectés éventuellement par les puces qui serait à surveiller.

Les maladies à poux se développant plutôt dans le froid ne seraient pas favorisées par le réchauffement climatique.

Plus préoccupant serait le cas, déjà évoqué, du paludisme, dont la forme grave (Plasmodium falciparum) est étroitement liée aux conditions climatiques.

En effet, le développement du parasite cesse si la température de l'organisme des moustiques descend au-dessous de 18° à 20°.

Pour le Professeur François RODHAIN, seule une introduction massive de parasites risquerait d'entraîner une reprise de la transmission à condition encore que les souches de Plasmodium introduites soient compatibles avec les anophèles présents en France, ce qu'il juge peu probable.

Enfin, cet éminent spécialiste souligne les dangers de l'introduction en France du moustique Aedes albopictus, vecteur de la dengue.

D'origine asiatique, ce moustique se répand dans le monde depuis une dizaine d'années. Il a gagné successivement les Etats-Unis d'Amérique, le Mexique, le Brésil, le Nigeria, le Pacifique sud et, depuis 1990, le nord de l'Italie ; quelques spécimens ont été récemment recueillis en France.

La dissémination d'Aedes albopictus est surtout liée aux moyens de transports.

Une autre espèce, Aedes aegypti, principal vecteur de la fièvre jaune et de la dengue, pourrait se réimplanter en France.

Enfin, une introduction de la peste équine, maladie virale frappant les équidés, en Europe du sud, via l'Afrique du nord et la péninsule ibérique, pourrait résulter d'un réchauffement climatique.

En effet, le diptère qui la véhicule (Culicoides imicola) est une espèce subtropicale dont la limite nord d'implantation pourrait atteindre le sud de la France.

* (49) Contribution du Professeur Jean-Pierre BESANCENOT, CNRS : GDR Climat et Santé, Faculté de Médecine, Dijon.

* (50) nuisible, en grec.

* (51) Ver parasite des régions chaudes, mince comme un fil, vivant sous la peau ou dans le système lymphatique de divers vertébrés.