III. SÉLECTIONNER LES TECHNIQUES AGRICOLES

Comme signalé ci-dessus, avant même de s'interroger sur les techniques émettant moins de gaz à effet de serre, il faudrait désormais toujours se demander quelle quantité d'eau est nécessaire à la protection d'un kilo de matière sèche afin de ne pas abuser de l'irrigation .

A. AGRICULTURE

Comment réduire les émissions de gaz à effet de serre par l'agriculture ? En réduisant les émissions de protoxyde d'azote (N 2 O) comme de méthane (CH 4 ) au moyen d'instruments diversifiés.

1. la réduction des émissions de protoxyde d'azote (N2O)

Pour réduire les émissions de protoxyde d'azote, des solutions peuvent exister au niveau des pratiques agronomiques comme à celui de l'aménagement de l'espace.

C'est ainsi que la suppression des apports d'azote en excès à travers les fertilisants apparaît un préalable à la réduction des émissions, le but étant de maintenir aussi bas que possible le niveau d'azote minérale du sol ou en fractionnant les apports soit en les ajustant plus strictement aux besoins des plantes. En outre, le maintien de la porosité du sol à un niveau élevé et en réduisant les périodes d'excès d'eau sont essentiels.

De plus, il serait souhaitable que les sols présentant les caractéristiques les plus favorables aux émissions, par exemple des sols facilement engorgés et n'ayant qu'une faible activité réductrice de N 2 O soient retirés en priorité d'un usage agricole.

En outre, il faudrait éviter de créer artificiellement des zones fortement émettrices de N 2 O. Ainsi, la création de bandes enherbées tendant à régulariser les échanges entre le territoire agricole et les cours d'eau et destinée notamment à favoriser la dénitrification pour améliorer la qualité des cours d'eau risque aussi de multiplier les lieux favorables aux émissions de N 2 O.

2. La régulation des émissions d'origine agricole

La sélection des techniques agricoles peut être facilitée par des réflexions économiques sur la régulation des émissions de méthane et de protoxyde d'azote afin d' intégrer le secteur agricole dans une politique d'incitation à la réduction des émissions .

Si l'on se souvient que les émissions de méthane et de protoxyde d'azote représentent respectivement deux tiers et un tiers du bilan brut des émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole , il peut être observé qu'à l'occasion de la réforme de la politique agricole commune en 1992 la transformation des grandes cultures et des prairies en surfaces de jachère avait eu deux effets contraires, à savoir la baisse du stockage du carbone par les sols tandis que, parallèlement, la baisse des apports d'engrais azotés avait diminué les émissions de N 2 O.

Au total, l'effet environnemental de la réforme de la politique agricole commune s'était révélé légèrement négatif, ce qui illustre bien la difficulté de prendre des mesures tenant compte de tous les paramètres.

Pour l'avenir, en supposant que l'information des agriculteurs soit parfaite, et que le marché fonctionne bien, il a été estimé que l'adoption d'une taxe destinée à limiter les émissions de gaz à effet de serre pourrait modifier le comportement des agents économiques dès le seuil de 450 francs par tonne de carbone. Certains ont évoqué un mécanisme prenant la forme d'une taxe sur les engrais ou de primes proportionnelles aux surfaces et différenciées par activité végétale.

Une amélioration du bilan environnemental pourrait être également obtenue en diminuant faiblement les effectifs des animaux et en modifiant leur mode d'alimentation ; une alimentation concentrée achetée se substituant aux aliments grossiers et à l'intraconsommation.

Toutefois, la mise en oeuvre d'une telle politique pose le problème du contrôle du niveau des émissions . Compte tenu de l'imperfection probable de l'information et des difficultés du contrôle, une taxe sur l'aliment des bétails risquerait d'encourager l'intraconsommation qu'il semble souhaitable d'éviter par ailleurs.

Par ailleurs, les jachères pourraient être transformées en forêts.

L'autorisation d' exploiter les productions ligneuses permettrait de réduire l'effet de serre d'origine agricole d'environ 8 % , soit bien plus que l'effet des taxes sur l'animal ou sur l'aliment.

C'est donc sur les réductions résultant de ces productions ligneuses que l'effet maximal devrait être obtenu.

Toutefois le potentiel de réduction des émissions par les productions ligneuses, c'est-à-dire la reconnaissance du rôle régulateur de l'effet de serre par les puits de carbone tels que le bois, en particulier en Europe et en France, aurait dû figurer sans ambiguïté dans les accords internationaux portant sur la réduction des pollutions globales, ce qui n'a pas été le cas jusqu'à la Conférence de Bonn tenue en juillet 2001.

Il semble qu' un recours plus grand au dialogue entre les disciplines soit là encore la piste à suivre pour que les travaux de modélisation effectués dans les domaines technique et biologique puissent être complétés par des travaux de modélisation en économie, le tout intervenant dans un contexte juridique approprié.

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