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Fait au nom de la commission des Affaires étrangères de la Défense et des Forces armées à la suite d'une mission effectuée du 3 au 10 mars 2002 en Inde et au Pakistan

24 juin 2002 : Inde Pakistan : de la crise au dialogue ? ( rapport d'information )

 

 

B. LES CONSÉQUENCES STRATÉGIQUES ET DIPLOMATIQUES DES ESSAIS DE 1998

1. Les conséquences sur les relations indo-pakistanaises

Depuis 1998, les observateurs s'interrogent pour savoir si les mécanismes de la « guerre froide » vont jouer entre l'Inde et le Pakistan comme entre les Etats-Unis et l'Union soviétique. Pour reprendre l'expression de Raymond Aron, la guerre serait-elle devenue impossible sans toutefois que la paix soit probable ?

Un premier indice a été apporté par la « crise de Kargil ». Les deux pays se sont affrontés, mais pas de manière frontale et vraisemblablement avec la volonté d'éviter l'escalade. Le Pakistan avait décidé d'agir à travers les militants cachemiris et l'Inde s'est efforcée de ne répliquer que contre ces militants tout en engageant des moyens importants. L'intervention rapide des Etats-Unis comme médiateur a en outre permis d'éviter tout dérapage.

Cependant, la situation reste extrêmement préoccupante. Les deux pays gardent un différent majeur entre eux et il ne peut être exclu qu'il soit à nouveau la cause d'un conflit entraînant les deux pays dans une guerre nucléaire. En effet, le déséquilibre des forces conventionnelles entre l'Inde et le Pakistan est un facteur d'instabilité. A la supériorité conventionnelle de l'Inde s'ajoute la position vulnérable du Pakistan. Il ne dispose pas de « profondeur stratégique », les zones vitales du Pakistan (Karachi, Islamabad, Lahore) étant proches de la frontière. La géographie du pays laisse par ailleurs penser qu'une offensive indienne dans le désert du Rajasthan pourrait conduire à couper le pays en deux. Cette situation pourrait conduire le Pakistan à être rapidement acculé à utiliser l'arme nucléaire contre l'Inde, ses intérêts vitaux ou la survie même du pays étant en jeu.

De plus, la relative supériorité indienne dans les domaines balistique et nucléaire, l'Inde disposant vraisemblablement d'un plus grand nombre d'armes et de vecteurs, pourrait l'inciter à opérer une frappe préventive sur l'arsenal pakistanais pour éviter toute riposte nucléaire à une attaque conventionnelle.

Le raisonnement inverse pouvait conduire le Pakistan, dans certaines circonstances, à attaquer le premier pour obtenir un avantage décisif par surprise ou améliorer sa position relative, ce qui semble avoir été l'objectif au moment de la crise de Kargil. Au niveau nucléaire, le Pakistan peut aussi être conduit à sur-réagir, en anticipant, à tort ou à raison, une attaque contre son arsenal nucléaire. N'ayant pas ou peu de capacité de seconde frappe, il pourrait décider d'utiliser l'arme nucléaire pour dissuader l'adversaire, avant que ce moyen ne soit détruit.

En dehors d'un conflit d'une grande gravité entre les deux pays, restent les problèmes de contrôle des arsenaux nucléaires et des mesures de sécurité entre les deux pays pour éviter toute erreur en cas de tir accidentel. Les craintes les plus importantes sont liées à la situation interne du Pakistan. L'arme nucléaire y est contrôlé par l'armée, semble-t-il dans des conditions de sécurité maximale, mais certains n'écartent pas l'hypothèse d'une déstabilisation du pays, d'un changement de régime ou d'une action terroriste de grande envergure.