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L'évolution du secteur de l'exploitation cinématographique.

 

III. LES PERSPECTIVES DE L'EXPLOITATION

Alors que, depuis le début de l'année 2003, la reprise de la fréquentation semble vaciller, la mission a souhaité s'interroger sur l'avenir du secteur de l'exploitation.

Celui-ci paraît lié à deux questions essentielles : l'évolution de la fréquentation et la numérisation de la projection.

A. LA REPRISE DE LA FRÉQUENTATION : UN PHÉNOMÈNE DURABLE ?

1. L'existence d'une demande insatisfaite

En dépit de l'essoufflement actuel de la fréquentation (- 10% pour les quatre premiers mois de 2003 par rapport à l'année précédente), quelques éléments objectifs permettent d'être optimiste quant à son évolution future. En effet, certains d'entre eux, tels que le succès jamais démenti des opérations tarifaires et la modernisation encore incomplète du parc de salles des villes moyennes, laissent penser qu'il existe encore, dans notre pays, une demande de cinéma insatisfaite.

a) Le succès des opérations tarifaires

Comme on l'a déjà indiqué, les mois de mai, juin, juillet et septembre sont traditionnellement peu propices à la consommation cinématographique. Aussi, pour inciter les spectateurs, en dépit de l'attrait des plages et la concurrence du soleil, à se rendre dans les salles obscures pendant ces périodes « creuses », la Fédération Nationale des Cinémas français et les différentes collectivités locales, ont pris l'initiative d'organiser des opérations tarifaires destinées à promouvoir le cinéma et à « doper » la fréquentation.

· La Fête du Cinéma

Créé en 1985 par l'ancien ministre de la culture M. Jack Lang, et organisé par la fédération nationale des cinémas français (FNCF), ce rendez-vous annuel est étalé sur trois jours depuis 1993. Pour participer à la fête, qui se déroule fin juin ou début juillet selon les années, le spectateur se voit remettre, contre un premier billet à tarif plein, un « carnet-passeport » lors de la première séance. Muni de ce sésame, il peut ensuite voir autant de films qu'il veut (ou peut), à raison de 1,5 euro par séance supplémentaire, dans le cinéma de son choix.

En moyenne, chaque spectateur se rend trois fois au cinéma et la fréquentation augmente de 300 à 400 pour cent par rapport aux mêmes jours de la semaine précédente.

En 2002, 3,6 millions de spectateurs sont venus fréquenter les salles durant la fête. Sans atteindre les niveaux records de 2000 (3,8 millions) ou de 1999 (4,3 millions), la 18e édition de cette opération montre néanmoins qu'elle n'a rien perdu de son attractivité.

· Le Printemps du Cinéma

Sur le modèle de la Fête du Cinéma, la Fédération Nationale des Cinémas Français, avec le soutien de l'ensemble des professions du cinéma, organise, depuis 1999, une nouvelle opération de promotion en mars de chaque année, au cours de laquelle les 5 000 salles de France proposent, à tous les spectateurs, une place à prix réduit (3 euros en 2003) pour tous les films à l'affiche.

· Les opérations tarifaires organisées par les collectivités locales

Outre la Fête et le Printemps du cinéma, dont le succès ne se dément pas, de nombreuses opérations tarifaires sont organisées en été notamment, sur l'initiative des différentes collectivités territoriales.

Au cours de l'été 2002, les habitants de l'Eure ont-ils ainsi pu profiter, à l'instigation du conseil général, de l'opération « Place aux cinémas » proposant aux spectateurs, entre le 21 et le 27 août, des places à trois euros dans onze villes du département.

De même, en Alsace, l'opération Ciné-cool (28 août-3 septembre), soutenue par la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), le conseil général du Bas-Rhin et l'Agence culturelle d'Alsace a permis à tous les spectateurs de bénéficier, pendant une semaine, de places de cinéma à 3,81 euros, tous les jours, à toutes les séances et dans toutes les salles.

Enfin, la ville de Paris a, quant à elle, inauguré l'opération « 3 euros pour tous » (du 25 au 27 août), au terme d'un été marqué par la traditionnelle opération « Paris fait son cinéma » (destinée aux jeunes uniquement avec le soutien des cinémas indépendants de la capitale).

Le succès de ces diverses opérations démontre qu'au-delà de l'attrait évident des tarifs réduits, il existe encore une demande potentielle insuffisamment prospectée dans notre pays, qu'un assouplissement de la politique tarifaire des exploitants contribuerait certainement à satisfaire.

b) Un marché encore sous exploité : les villes moyennes

Force est de constater que si l'équipement des agglomérations de plus de 100 000 habitants, dont on a déjà eu l'occasion de souligner tant la qualité que la diversité, semble désormais en mesure de répondre aux attentes des spectateurs les plus exigeants, tel n'est pas encore le cas de celui de la totalité des villes moyennes.

Ces salles, pour la plupart indépendantes des réseaux nationaux, dont le taux de fréquentation reste faible en comparaison de ceux enregistrés dans les salles des agglomérations les plus importantes, pourraient constituer, dans les prochaines années un relais de croissance essentiel pour la fréquentation. Dans un secteur où l'offre de programmes mais aussi d'équipements détermine l'assiduité du public, la modernisation de ces salles représente un enjeu de première importance.

Certes, comme l'illustre parfaitement l'inauguration en septembre 2001, du Palace d'Epernay, rénové et agrandi, quelques exploitants indépendants se sont déjà lancés dans la construction de « miniplexes ». Ces établissements bénéficient des mêmes caractéristiques techniques que les multiplexes (écran géant, son haut de gamme, hall d'accueil...) mais offrent moins d'écrans (ente 4 et 8). Leur capacité réduite est donc adaptée aux villes moyennes (moins de 50 000 habitants) dans lesquelles ils s'implantent. Leur développement répond à une nécessité pour les communes concernées, car le cinéma traditionnel y est souvent menacé par la prolifération des multiplexes dans les grandes agglomérations alentour.

Néanmoins, l'exemple d'Epernay reste malheureusement encore relativement isolé. En effet, la majorité des exploitants indépendants ne peuvent plus aujourd'hui se permettre de se lancer dans la modernisation de leurs salles et a fortiori dans la construction de nouvelles installations : la confiance des banques reste difficile à obtenir et les investissements à réaliser sont si élevés que le caractère incitatif du soutien automatique est devenu inopérant.

Dans ces conditions, il est de la responsabilité des pouvoirs publics d'encourager les exploitants indépendants à moderniser leur exploitation. C'est pourquoi la mission propose la création, sur le budget du ministère de la culture, d'un fonds permettant de garantir les emprunts réalisés par les exploitants indépendants pour moderniser leurs salles.