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L'évolution du secteur de l'exploitation cinématographique.

 

4. Le cinéma : « un luxe populaire »

Ce que l'on a coutume de qualifier de « crise du cinéma » entre 1957 et 1992 repose sur un paradoxe : une baisse de la fréquentation sans diminution correspondante du chiffre d'affaires du secteur de l'exploitation. Cela veut dire qu'un public réduit de moitié a continué à fréquenter les salles au prix fort.

« Le cinéma a acquis la réputation fausse d'être un loisir cher. Fausse parce que les comparaisons avec l'indice général des prix démontrent à l'évidence que le cinéma a moins augmenté que la majorité des autres loisirs, fausse parce que cette réputation de cherté du cinéma provient de l'addition de dépenses parallèles au prix réel de la place, fausse enfin parce qu'une enquête auprès du public démontre que le prix des places n'est pas réellement l'obstacle à la fréquentation des salles. » Cette analyse, issue de la brochure publiée en octobre 1979 par la Fédération nationale des cinémas français, en dépit de sa date, reste pour partie pertinente.

Pour partie seulement car le cinéma est, à la fin des années 70, effectivement devenu un « luxe populaire ». Au vu des statistiques, il paraît très audacieux de prétendre le contraire :

- De 1960 à 1970, le prix d'une place de cinéma fait plus que doubler alors que l'ensemble des prix à la consommation augmente de 52 %. Les chiffres publiés dans une étude du CNC intitulée « le cinéma français en 1970, situation, perspective et plan de redressement » traduisent cet état de fait : le cinéma est une distraction assez coûteuse pour 58 % des spectateurs interrogés et très coûteuse pour 15 % d'entre eux.

- Entre 1970 et 1980, en dépit d'une inflation élevée, le prix de la place continue d'augmenter fortement (plus d'un point au-dessus de l'inflation en moyenne).

- De 1980 à 1994, le ralentissement de l'inflation et le retour à la liberté des prix (le 1er janvier 1981) ne s'accompagnent pas pour autant d'une baisse du prix des places. Au contraire, leur hausse continue à un rythme qui dépasse de deux points celui de l'inflation.

Le tableau suivant permet d'appréhender plus clairement encore ce phénomène de renchérissement relatif du coût du cinéma au regard du coût de la vie.

 

1960

1970

1980

1990

Coût moyen réel de la place (en francs)

1,86

4,78

16,13

31,40

Coût moyen théorique de la place si celui-ci avait suivi l'évolution du coût de la vie (en francs)

 

2,82

12,20

30

Au total, en trente ans, le prix du billet aura été multiplié par 16,8 quand le prix moyen des biens de consommation l'aura été par sept.

Mais l'importance du facteur prix dans le processus de prise de décision des spectateurs doit être relativisée, et ce même si la concurrence de la télévision a fortement modifié la hiérarchie des prix. Car, d'après les études réalisées par le CNC, le prix des places ne constitue pas un obstacle majeur à la fréquentation cinématographique, même au cours des périodes où l'évolution de ce prix s'avère être supérieure à celle de l'indice général des prix. En fait, et au même titre que d'autres spectacles plus onéreux, le cinéma n'apparaît cher que lorsque le film n'a pas tenu toutes ses promesses.