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Les français et les actions : pour une relation de confiance au service de la croissance

 

D. DIFFUSION DE LA DÉTENTION D'ACTIONS, MAIS PERSISTANCE DE FORTES INÉGALITÉS

1. Diffusion graduelle de la détention d'actions parmi les ménages

Les données disponibles indiquent que le nombre de ménages détenteurs d'actions est en augmentation lente, mais régulière, depuis le milieu des années 1980.

Les enquêtes « Patrimoine », réalisées à intervalle régulier par l'INSEE, attestent de la diffusion croissante de la détention directe d'actions au sein de la population française (cf. graphique). Un nombre croissant de ménages choisit, de plus, d'investir dans des produits collectifs susceptibles d'être placés en actions (assurance-vie, épargne-retraite).

Toutefois, seule une minorité de ménages détient des actions, alors que six ménages sur dix détiennent un bien immobilier, et que huit sur dix sont titulaires d'un livret d'épargne. Ce constat, conforté par des comparaisons internationales (voir infra), permet de penser qu'il existe encore une importante marge de progression pour la diffusion de la détention d'actions dans la société française.

Taux de détention par grands types d'actif patrimoniaux depuis 1986

Sources : enquêtes sur les actifs financiers 1986 et 1992, enquête Détention d'actifs (EPCV, janvier 1996), enquête Patrimoine 1998, enquête Détention de patrimoine (EPCV, mai 2000), INSEE

Selon le rapport Garnier, 23 % des ménages détiendraient des actions en 1998, en additionnant détentions directe et indirecte. Il s'agit là d'une estimation, car les données statistiques existantes ne permettent pas une connaissance immédiate de cette donnée. Il n'existe pas d'estimation portant sur une année plus récente.

Ce chiffre marque une progression remarquable par rapport au début de la décennie 1990. En 1991, seuls 13,9 % des ménages français possédaient des actions. Mais il reste moitié moindre que le chiffre correspondant aux Etats-Unis et reste éloigné du chiffre anglais, comme l'indique le tableau suivant.

Part des ménages détenant des actions
(direct et/ou via des parts d'OPCVM et des fonds de pension)

 

1989
(1991 pour la France)

1998
(1997 pour la France)

Etats-Unis

31,6

48,9

Royaume-Uni

n.d.

34,8

Allemagne

12,4

n.d.*

Italie

10,5

15,2

Pays-Bas

n.d.

24,1

France

13,9

23,1

Source : Observatoire de l'Epargne Européenne (OEE)

* La qualité de l'enquête en 1998 est moins bonne que pour les autres années puisqu'elle ne donne pas le montant de la détention par l'intermédiaire des organismes de placements collectifs.

Si la détention d'actions se diffuse, leur répartition parmi les ménages demeure très inégalitaire.

2. Une très forte concentration de la détention d'actions

A nouveau, les données disponibles sont relativement anciennes, puisque la dernière enquête patrimoine de l'INSEE utilisable porte sur l'année 1997. Elles indiquent cependant des ordres de grandeur qui demeurent certainement valables aujourd'hui.

Le fait saillant est le suivant : la distribution des actions parmi les ménages est très inégalitaire, ce qui induit un actionnariat très concentré. Près de la moitié des actions sont détenues par 1 % des ménages. Près des trois quarts le sont par 5 % des ménages.

La détention d'actions est donc principalement le fait d'un tout petit nombre de très gros actionnaires, qui s'opposent à une multitude de petits épargnants, détenteurs chacun d'une poignée d'actions. Une présentation graphique permet de mieux visualiser ce phénomène de concentration du patrimoine en actions.

Courbe de Lorenz : concentration du patrimoine en actions en France

Source : Rapport Garnier

L'indice de Gini13(*) est un indicateur couramment utilisé pour évaluer le degré de concentration des revenus ou des patrimoines. Un coefficient proche de 1 révèle une très forte concentration. Avec un coefficient de 0,917 en 1998, la concentration du patrimoine en actions des ménages apparaît effectivement très forte. A titre de comparaison, le coefficient de Gini pour le patrimoine global des ménages oscille, selon les années, entre 0,6 et 0,7. La détention directe d'actions est encore plus inégalement répartie que la détention indirecte (0,97 contre 0,91).

Cette forte concentration a toutefois légèrement diminué entre 1991 et 1998. La détention d'actions s'est un peu « démocratisée » durant cette période, ce qui a contribué à augmenter le poids des actions dans le patrimoine financier des ménages.

Dans les pays étrangers, la distribution des actions est, là aussi, fortement concentrée dans le haut de la hiérarchie des patrimoines. La courbe de Lorenz pour 1998 aux Etats-Unis montre un niveau de concentration très proche de celui de la France.

Courbe de Lorenz : concentration du patrimoine en actions
aux Etats-Unis en 1998

Source : Rapport Garnier, d'après le « Survey of Consumer Finances »
Indice de Gini : 0,915

Comme le souligne le rapport Garnier, « la forte différence entre la France et les Etats-Unis dans les taux de détention (respectivement 23 et 49 %) [...] ne doit pas faire illusion quant à l'impact macroéconomique de cette différence de structure : la frange de la population qui est actionnaire aux Etats-Unis mais qui ne l'est pas en France ne détient que 3 % des actions des ménages américains ». Une forte augmentation du nombre de ménages détenteurs d'actions peut donc ne s'accompagner que d'une faible augmentation du nombre d'actions détenues.

L'écart entre le poids des actions dans le patrimoine financier des ménages aux Etats-Unis et en France s'explique donc par le fait que les ménages américains actionnaires détiennent beaucoup plus d'actions que leurs homologues français.

* 13 L'indice de Gini est une mesure synthétique de la différence entre la répartition effective des revenus, des patrimoines, ou d'autres variables connexes, et une répartition hypothétique dans laquelle chaque agent recevrait une part égale. Géométriquement, l'indice de Gini est égal à deux fois la surface entre la courbe de Lorenz et la diagonale.