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III. LES AUTORITÉS ROUMAINES EXPRIMENT DE FORTES ATTENTES À L'ÉGARD DE LA FRANCE ET, EN PARTICULIER, UN SOUTIEN À L'ADHÉSION DE LA ROUMANIE A L'UNION.

1. La France dispose de nombreux atouts en Roumanie.

Elle y dispose, d'abord, d'un capital de sympathie exceptionnel. Les liens d'amitié entre nos deux pays sont, en effet, anciens, puisqu'ils remontent au rôle joué par le France dans la création du jeune État roumain au XIXe siècle et qu'ils se sont maintenus durablement depuis.

À ces liens s'ajoutent de fortes affinités culturelles. Enclave latine en Europe centrale, la Roumanie est un pays francophile, qui est membre à part entière de la francophonie. D'après le ministre des affaires étrangères, le français serait étudié par plus de la moitié des élèves, alors qu'un tiers seulement apprend l'anglais, et parlé par un Roumain sur quatre. La place de notre langue serait toutefois aujourd'hui menacée par la forte progression de l'anglais, qui occupe une place quasi-exclusive dans les relations avec Bruxelles, mais aussi de l'allemand et de l'italien, respectivement au centre et à l'ouest du pays.

Notre pays n'est, en effet, que le troisième partenaire commercial de la Roumanie, avec une part de marché de 6 %, loin derrière l'Italie (22 %) et l'Allemagne (18 %). Seule une chaîne de télévision de langue française (TV5) est diffusée dans le pays et la presse francophone a disparu de Bucarest.

La France figure, en revanche, au premier rang des investisseurs étrangers. De nombreuses grandes entreprises françaises, qui emploient au total près de 40.000 employés, sont implantées en Roumanie, comme Renault, Michelin, Lafarge, France Telecom, Carrefour ou la Société générale. A cet égard, les prochaines privatisations représentent une occasion à saisir pour nos entreprises. Ainsi, on aurait pu espérer que la compagnie nationale Petrom suscite l'intérêt de Total, étant donné la situation géostratégique de la Roumanie au bord de la mer Noire et à proximité des gisements pétroliers de la Caspienne et de l'Asie centrale, mais il semblerait que ce ne soit pas le cas. Par ailleurs, la présence de nos PME pourrait encore être largement renforcée. Ceci vaut en particulier pour les secteurs du textile, de la confection et de la chaussure, qui ont fait l'objet de nombreuses délocalisations de la part d'entreprises italiennes ou allemandes, si bien que la Roumanie est réputée être devenue l'atelier manufacturier de l'Europe occidentale.

Bien que Bucarest est surnommé « le petit Paris des Balkans », la capitale de la Roumanie ne dispose pas d'un lycée français comparable par exemple à celui de Budapest, comme votre rapporteur avait déjà pu le constater lors de sa visite précédente. En effet, le lycée français de Bucarest « Anna de Noailles » jouit d'une réputation justifiée d'excellence, mais il souffre de l'exiguïté de son emplacement. Dans ces conditions, le lycée n'est en mesure d'accueillir que de 300 à 400 élèves, alors qu'il existe un potentiel très supérieur. L'actuel ministre des affaires étrangères roumain, qui est pourtant diplômé du cycle international de l'ENA, aurait ainsi préféré envoyer ses enfants à l'école américaine plutôt qu'au lycée français en partie pour cette raison. A titre de comparaison, l'école américaine dispose, en effet, de moyens sans commune mesure avec ceux du lycée français. Il est vrai que les droits de scolarité y sont six fois plus élevés ! Un précédent projet d'achat immobilier à proximité de l'établissement n'a pas abouti et l'on s'orienterait dorénavant vers une relocalisation partielle ou totale.

Votre rapporteur a eu plusieurs fois l'occasion de sensibiliser les plus hautes autorités roumaines, et notamment le Premier Ministre, M. Adrian Nastase, à cette délicate question.

2. Une coopération bilatérale très dense, placée sous le signe de la préparation à l'adhésion

Malgré des tensions récentes suscitées par le soutien appuyé de la Roumanie aux Etats-Unis dans le conflit en Irak et par la signature d'un accord avec les Etats-Unis garantissant l'immunité des militaires américains au regard de la Cour pénale internationale, qui ont provoqué un certain rafraîchissement des relations entre Bucarest et Paris, ces relations apparaissent aujourd'hui apaisées.

La densité des récentes visites au plus haut niveau témoigne, en effet, de l'excellente qualité des relations bilatérales entre nos deux pays. Du côté roumain, on peut en particulier mentionner pour la seule année 2003 trois déplacements du premier ministre M. Adrian Nastase et la prochaine visite officielle en France du Président M. Ion Iliescu. Du côté français, on peut également mentionner la visite de la ministre déléguée aux Affaires européennes, Mme Noëlle Lenoir, du ministre du Commerce extérieur, M. François Loos, et du ministre de l'Agriculture, M. Hervé Gaymard. Ces échanges devraient connaître un approfondissement avec la création du Forum de personnalités franco-roumaines, co-présidé par le président du groupe d'amitié France-Roumanie du Sénat, M. Henri Revol, et l'ancien joueur de tennis roumain, M. Ilie Nastase.

Les représentants du Gouvernement roumain rencontrés par votre rapporteur ont souligné leur intérêt pour une coopération étroite avec la France dans tous les domaines.

Cet intérêt se manifeste par notre forte présence en ce qui concerne les jumelages organisés dans le cadre du programme Phare : la France participe, en effet, depuis 1998, à 34 jumelages, dont 30 en tant que chef de file, ce qui situe notre pays au premier rang des partenaires de la Roumanie. Actuellement, onze conseillers préadhésion français sont détachés par leurs administrations auprès des autorités roumaines et un conseiller français pour les affaires européennes ainsi qu'un éminent conseiller pour les questions de justice (M. Pierre Truche) ont été placés auprès du Premier ministre.

Votre rapporteur a pu lui-même constater la qualité de leur engagement et la réalité de leur rôle dans les progrès accomplis par la Roumanie.

La coopération militaire entre nos deux pays est également très intense, ainsi que l'illustre l'accord relatif à la coopération dans le domaine de la défense, et elle prend un relief particulier avec la perspective de l'entrée de la Roumanie dans l'OTAN l'année prochaine. Une école de gendarmerie à vocation régionale a été ainsi créée avec le concours de la France.

La tradition de relations privilégiées unissant nos deux pays explique les fortes attentes exprimées par les autorités roumaines à l'égard de la France du point de vue de la double candidature de la Roumanie à l'adhésion à l'Union européenne et à l'OTAN. Toutes les personnalités entendues par votre rapporteur ont souligné le rôle important joué par la France pour appuyer et soutenir cette double candidature.

Votre rapporteur considère donc que la France devrait continuer à soutenir la candidature de la Roumanie à l'Union européenne et renforcer encore sa coopération dans cette optique. En particulier, l'enseignement du français devrait être encouragé à tous les niveaux, car cette question revêt une importance cruciale pour la place de notre langue et de notre pays dans l'Europe élargie.