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II. UNE DÉPENDANCE ENCORE EXCESSIVE

Le territoire apparaît encore tributaire des transferts publics. Les efforts ont néanmoins porté dans la période récente sur la mise en place d'une stratégie de développement durable destinée à jeter les bases d'une économie moins vulnérable.

A. UNE ÉCONOMIE DUALE

L'économie présente un caractère très contrasté. Elle combine en effet la sphère des productions traditionnelles, encore largement organisée par les systèmes d'échanges réglés par la coutume, et la société de consommation nourrie par les flux financiers provenant de l'Etat, ainsi qu'à un moindre titre des Wallisiens et Futuniens résidant à l'extérieur.

La production locale repose essentiellement sur la pêche et l'agriculture. La population locale pratique surtout la pêche lagonaire ; encore celle-ci n'est-elle réellement possible qu'à Wallis dotée d'un lagon de l'ordre de 60 km². A Futuna, faute de lagon, la pêche s'organise sur le platier entourant l'île. La pêche au grand large, malgré le potentiel considérable ouvert par une zone économique exclusive de quelque 266.000 km², ne semble pas encore entrée dans les usages locaux.

Cette activité conserve ainsi un caractère artisanal essentiellement dévolu à l'autoconsommation -seule la collecte d'un coquillage, le troca, source unique d'exportation du territoire, a présenté un caractère systématique au prix, du reste, d'un épuisement des ressources (après une production de 70 tonnes en 1981, l'activité dut ensuite être suspendue afin de permettre la reconstitution des stocks).

L'activité agricole se résume quant à elle à la culture de plantes alimentaires océaniennes - taro, ignames, manioc, arbres à pain, bananes- destinées à la satisfaction des besoins locaux. Par ailleurs, l'élevage concerne presque exclusivement les porcs (dont le troupeau est estimé à 30.000 pour les deux îles) consommés à l'occasion des cérémonies coutumières.

L'agriculture se heurte aux limites inhérentes aux îles de faible superficie -en outre, à Wallis, près de 30 % des sols ont un caractère argileux et peu fertile. Surtout les méthodes culturales traditionnelles fondées sur les défrichements avec brûlis sur des pentes fortes ont contribué à l'aggravation de l'érosion.

Par ailleurs, certains experts ont également mis en avant le poids des comportements traditionnels : « la grande majorité de la population travaille et commercialise jusqu'à l'obtention du pécule nécessaire pour acheter le scooter ou le réfrigérateur. Une fois le besoin satisfait, l'approvisionnement s'arrête, au grand dam des commerçants et des clients. Aucune disette, aucune taxe, aucun besoin supplémentaire ne force l'épargne, les besoins monétaires courants se limitent aux factures d'eau et d'électricité. On peut dire qu'une fois le falé construit -aujourd'hui une villa confortable et moderne- l'individu a atteint son objectif et les plus grandes dépenses se réduisent aux cérémonies »23(*).

De manière générale, l'agriculture et la pêche ne procurent aucun emploi salarié. Les revenus monétaires sont l'apanage de l'économie administrée ou des migrants mais ils bénéficient à la population dans son ensemble en raison du mode traditionnel de fonctionnement coutumier fondé sur le partage.

Malgré les incertitudes des statistiques, 70 % de la population en âge de travailler n'aurait pas accès à l'économie monétaire. La partie restante est à 70 % employée dans l'administration. En effet, le secteur public emploie l'essentiel de la main d'oeuvre avec près de 1.060 agents locaux en 2003 tandis que le secteur privé (et semi public) compte quelque 750 personnes. Enfin, en 2002, 560 personnes ont été employées dans les chantiers de développement pour une durée de trois mois représentant l'équivalent de 135 emplois à plein temps. Au cours des trente dernières années, l'emploi public aura ainsi connu une progression notable : il ne représentait en effet en 1976 que 400 emplois (administration - santé - enseignement) sur 4.000 actifs recensés.

Néanmoins, d'après l'administrateur supérieur, tandis que quelque 300 jeunes sortent chaque année du système scolaire, dix à quinze emplois seulement, dans le meilleur des cas, leur seraient ouverts.

Le poids du secteur public a un effet sur la masse salariale. Celle-ci avait progressé de 9 % en 2001 (les données plus récentes manquent en raison de retards de déclarations des cotisations sociales). En fait, sous la pression syndicale, les salaires se sont accrus régulièrement - en 1994, des grèves ont permis le décrochage de la grille des agents de la fonction publique de l'indice du SMIG et un train de revalorisations successives des salaires.

Le montant moyen des rémunérations limite nécessairement les perspectives de développement des exportations dans un environnement régional où les niveaux de vie apparaissent beaucoup plus faibles.

Le plus lourd handicap pour le développement du territoire est sans doute son éloignement et son isolement. Dans ces conditions, la question des communications revêt une importance cruciale. Elle a été très souvent évoquée lors de la visite de votre délégation qui a d'ailleurs coïncidé pour partie avec le déplacement du secrétaire d'Etat aux transports et à la mer, M. Dominique Bussereau.

La première liaison aérienne régulière entre Wallis et la Nouvelle-Calédonie a été inaugurée en 1970. La mise en oeuvre de la nouvelle voie de communication a permis de développer encore les flux migratoires, déjà existants, des Wallisiens et des Futuniens vers la Nouvelle-Calédonie afin de répondre aux besoins suscités par la croissance de la production de nickel. Un petit aéroport a également été construit à Futuna même si la liaison demeure encore aujourd'hui tributaire des aléas météorologiques.

L'ouverture de la liaison aérienne a naturellement marqué une ère nouvelle dans l'histoire d'un territoire desservi jusqu'alors -et de manière irrégulière- par de petits cargos. Cette liaison demeure toutefois l'objet de critiques récurrentes portant sur son coût, son caractère exclusif vers Nouméa (la desserte de Wallis est en effet le monopole de Air Calin -ex Air Calédonie- avec un vol bi-hebdomadaire), son inadaptation, enfin, aux liaisons avec Futuna.

Longue de 1.100 mètres, la piste de Futuna, en herbe et sans sous bassement, ne reçoit, de jour seulement, que de petits appareils de type Twin Otter. Cette situation empêche en particulier les évacuations sanitaires de nuit. En outre, la liaison est assurée par un avion unique, déjà ancien, propriété du territoire -dont la maintenance est assurée par Air Calin- et qui ne peut emporter qu'une quinzaine de passagers et une faible charge de fret. Votre délégation estime que sans une piste mieux adaptée à ses besoins, l'île de Futuna surmontera très difficilement l'isolement qui bride aujourd'hui son développement.

Quant aux liaisons maritimes, elles sont assurées à titre principal par une compagnie24(*) qui n'embarque pas de passagers. La desserte de Futuna présente des difficultés particulières en raison du faible volume du fret et du retour à vide de cargaison.

* 23 Les potentialités économiques et les conditions d'un développement autocentré du territoire de Wallis-et-Futuna, rapport de l'Institut de recherche pour le développement (IRD) et du secrétariat d'Etat à l'outre-mer, mai 2001.

* 24 Pacific Direct Line (PDL) dont les deux navires accomplissent le circuit : Sydney - Auckland - Nouméa - Suva (Fidji), Wallis et Futuna.

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