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B. LA RÉALISATION DES GRANDS PROJETS MINIERS, FACTEUR CLEF DU RÉÉQUILIBRAGE ÉCONOMIQUE

L'extraction du nickel est exploitée aujourd'hui par une dizaine de sociétés dominées par la société Le Nickel (SLN) et la Société minière du Sud Pacifique (SMNP).

Plus ancien opérateur minier de la Nouvelle-Calédonie, la SLN exploite deux grands centres miniers sur la côte Est (Thio et Kouaoua - province Sud) ainsi que deux autres sites sur la côte Ouest (Népoui et Tiébaghi - province Nord).

La SMSP a été rachetée par l'Etat à M. Jacques Lafleur, puis cédée à hauteur de 87 % à la société d'économie mixte de la province Nord, la SOFINOR, dans le cadre du rééquilibrage économique prévu par les accords de Matignon. Ses exploitations minières se concentrent en province Nord (région de Poum, Poya, Ouaco, Kouaoua et Nakéty).

La Nouvelle-Calédonie ne compte qu'une seule usine métallurgique sur le territoire, appartenant à la SLN et située pointe Doniambo à Nouméa. Elle emploie environ 1.300 personnes et a produit près de 60.000 tonnes de nickel en 2002.

Le rôle du nickel dans l'économie calédonienne pourrait connaître un développement accru avec d'une part l'extension de l'usine de Doniambo et, d'autre part, la réalisation de deux nouveaux projets.

L'extension de l'usine de Doniambo représenterait un montant de 190 millions d'euros et permettrait de porter la production de 60.000 tonnes à 75.000 tonnes de métal contenu. Pour atteindre cet objectif, la SLN devra remplacer l'un de ses trois fours électriques afin d'augmenter la capacité actuelle de fusion d'environ 25 %13(*). Par ailleurs, la production de minerai de l'usine de Tiébaghi (province Nord) passerait de 250.000 tonnes en 2000 à plus de 1 million de tonnes en 2006 ; le minerai subira sur place un enrichissement dans une nouvelle usine de traitement avant d'être transporté jusqu'au bord de mer et convoyé sur des minéraliers grâce à un wharf de 1.300 mètres de long au-dessus du lagon.

Ces travaux se traduiront par la création de quelque 200 emplois nouveaux permanents en province Nord.

Dans la province Sud, le groupe australien Inco -premier producteur occidental de nickel- en partenariat avec la société japonaise Sumitomo au travers de la société Goro-Nickel a engagé un vaste projet d'usine hydrométallurgique (qui comporte également un port, une usine de préparation du minerai, une base de vie pour les employés, un barrage et des aires de captage). Face à l'augmentation du coût prévisionnel du projet, Inco a décidé à la fin de l'année 2002, de suspendre les travaux et de procéder à son réexamen complet afin d'en réduire le coût initialement évalué à 1,5 milliard de dollars. L'activité de l'usine pourrait permettre la création de près de 2.500 emplois directs et indirects.

Dans la province Nord, le projet d'usine métallurgique s'inscrit dans un contexte politique marqué par la volonté des représentants du FLNKS de maîtriser l'exploitation des ressources minières.

Il convient de rappeler en effet que le FLNKS avait fait en 1994 de la question de l'accès au nickel, un préalable à la reprise des négociations avec le Gouvernement français sur le futur statut institutionnel de la Nouvelle-Calédonie.

Les blocages n'ont pu être levés qu'au terme de l'échange des massifs miniers de Poum appartenant à la SMSP et de Koniambo relevant de la SLN, dans le cadre de l'accord de Bercy signé en février 1998 entre l'Etat, la Nouvelle-Calédonie, Eramet14(*), la SLN et la SMSP. L'Etat prenant en charge la soulte de l'échange pour un montant de 152 millions d'euros (1 milliard de francs).

Néanmoins l'échange ne sera définitif que si, d'ici le 1er février 2006, la décision est prise de réaliser un projet métallurgique à hauteur de 6 milliards de francs (valeur 1998) et qu'à cette date, 100 millions de dollars ont été engagés pour la réalisation de ce projet aux stades préliminaires.

Pour la réalisation de ce projet, la SMSP et le groupe canadien Falconbridge se sont associés, le premier apportant la mine, le second la technologie. Leur participation respective représente 51 et 49 % du projet. Les rapports financiers entre les deux partenaires pourront cependant évoluer ultérieurement dans le cadre de l'exploitation de l'usine.

Le projet porte sur la construction d'une usine pyrométallurgique d'une capacité minimale de 60.000 tonnes de métal contenu par an ainsi que sur une centrale électrique, un port en eaux profondes et un barrage hydroélectrique -soit au total un montant de 1,57 milliard de dollars à l'issue de l'étude de pré-faisabilité. La décision finale sera prise au cours de l'année 2004 au terme de l'étude de faisabilité bancaire engagée en septembre 2003.

La mise en place du projet mobilisera 2.500 emplois et la phase d'exploitation, 870 emplois directs, 150 emplois en sous-traitance et 1.200 emplois indirects.

Au cours des échanges entre votre délégation et les principaux responsables du projet, les représentants de Falconbridge ont rappelé leur objectif de privilégier l'emploi local et de limiter à moins de cent le nombre d'expatriés.

Il n'en reste pas moins que le projet par son ampleur requerra un effort particulier dans le domaine de la formation. L'enjeu de la formation est jugé essentiel par M. Paul Neaoutyine, président de l'assemblée de la province Nord. Or les filières d'enseignement technique apparaissent encore insuffisantes. Le vice-recteur, M. Michel Barat, a insisté au cours de ses échanges avec la délégation sur la nécessité de développer les BTS afin de répondre aux besoins nés des projets métallurgiques. Actuellement, plusieurs jeunes mélanésiens ont été formés ou sont en cours de formation au Canada. Les incertitudes sur les projets en cours pèsent aussi nécessairement sur les perspectives d'emploi.

L'effort devra porter également sur les investissements collectifs supplémentaires (logements et infrastructures). Le projet pourrait en effet entraîner un quasi-doublement de la population locale aujourd'hui de l'ordre de 8.000 personnes (dans la région de Koné-Pouembout-Voh). Les conditions d'intégration de ces nouveaux venus constituent l'un des principaux défis liés à la réalisation de ce projet. Un comité Koniambo a d'ailleurs été mis en place en mai 2000. Il réunit les représentants de l'Etat, du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, de la province Nord, du syndicat intercommunal Koné-Pouembout-Voh, du sénat coutumier, de la SMSP-Falconbridge et de la Sofinor (société d'économie mixte de la province Nord). Les quatre groupes de réflexion constitués au sein du comité -« formation », « travailleurs immigrés », « logement » et « maîtrise du foncier et de l'urbanisme »- reflètent les principaux sujets de préoccupation liés à la réalisation du projet.

Au total, les trois projets génèreront près de 3.500 emplois directs et porteront de 4 à 10 % la part de la population active concernée par ce secteur. En outre, la balance commerciale du territoire deviendrait structurellement excédentaire.

Si ces projets ouvrent des perspectives prometteuses pour la Nouvelle-Calédonie dans son ensemble, une mise en oeuvre décalée conduisant à la réalisation de l'usine de Goro avant celle de Koniambo pourrait creuser encore l'écart entre la province Sud et la province Nord. Comme l'avait souligné le Président de la République lors de son séjour en Nouvelle-Calédonie, le projet du Nord apparaît « essentiel et incontournable pour réussir le rééquilibrage ». Or, la situation financière de la SMSP (perte de 860 millions CFP sur l'exercice 2001-2002) laisse peser des incertitudes sur la nature du montage financier qui devrait permettre à cette société de détenir 51 % de la future entreprise.

Compte tenu des enjeux politiques et économiques soulevés par la réalisation de Koniambo, une initiative de l'Etat sous la forme d'une aide financière supplémentaire ne saurait être écartée.

* 13 Parallèlement à ces travaux, la SLN réduira la pollution atmosphérique générée par l'usine en améliorant la récupération des poussières.

* 14 Eramet est un groupe associant l'Etat à des actionnaires privés et étrangers.

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