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Les nouveaux apports de la science et de la technologie à la qualité et à la sûreté des aliments (rapport)

 

B. QUELS RISQUES ?

Aucun des risques que génère la mondialisation de l'agroalimentaire n'est nouveau. Ces risques ne sont pas non plus propres aux pays émergents. Plus simplement, la libre circulation mondiale des aliments les multiplie.

1. La délocalisation du contrôle des consommations intermédiaires et des premières transformations

Dans certains cas, les risques qu'impliquent les consommations intermédiaires utilisées dans la fabrication d'aliments sont identifiés et contrôlés. Par exemple, l'Union européenne prohibe les importations de viande de boeufs élevés aux hormones de croissance ou les produits contenant des résidus de certains antibiotiques et d'autres pays ne le font pas.

Dans d'autres cas, le contrôle de ces consommations intermédiaires est conféré, en première analyse, à la diligence des autorités locales.

Il en résulte une montée potentielle de certains risques.

a) Le risque chimique

L'affaire du Soudan, ce piment indien importé en France en 2003, et ne contenant pas son colorant naturel habituel mais un colorant employé dans l'industrie des peintures, illustre parfaitement les dangers d'une délocalisation des premiers contrôles des transformations alimentaires.

b) Le risque microbien

Lorsque, dans l'industrie agroalimentaire, l'on casse des oeufs, le procédé employé produit un résidu de coquilles - évalué à 2 % de la masse initiale - recelant un risque microbien, ce qui n'est pas négligeable.

Ce résidu doit être éliminé ou transformé après traitement thermique en composant pour nourriture animale.

Or, à plusieurs reprises on a relevé, dans des produits à base d'oeufs fabriqués au Benelux, des résidus de coquilles provenant d'importations d'oeufs du Brésil et de Pologne.

c) Les toxicités naturelles

En 2003, une tisane à base de badiane, fabriquée en Chine, a été introduite en France.

Mais cette tisane a été fabriquée, pour des raisons de coût, non avec de la badiane chinoise mais avec son homologue japonais qui contient des toxines naturelles.

La DGCCRF, qui a identifié ce risque, a aussi décelé des taux d'aflatoxines très élevés sur des pistaches en provenance de Turquie.

Pour chacun des types de risques mentionnés ci-dessus, les contaminations ont été identifiées. Mais cela ne signifie pas que cela soit toujours le cas...

2. Les zoonoses virales

On ne reviendra pas sur l'évaluation de ce type de risque évoqué précédemment, mais qui met parfaitement en évidence les dangers que la libération des échanges fait courir lorsqu'elle n'est pas accompagnée de contrôle sanitaire dans les nouveaux pays exportateurs.

Récemment, la crise de la grippe aviaire, en Asie du Sud-Est, a apporté une illustration des risques liés aux zoonoses. Elle conduit non seulement à s'interroger sur l'ampleur du contrôle, mais également sur la capacité et la transparence de la gestion des crises zoonotiques par certains pays.

3. Les biorésistances

a) La présence d'antibiotiques importés

La mondialisation se traduit également dans le domaine agricole et agroalimentaire par des délocalisations de productions de matières premières et de transformation.

S'agissant de la montée des biorésistances, c'est un facteur important de risques, comme le montre l'exemple qui suit.

Deux pays, la Thaïlande et le Brésil, sont des pays émergents de délocalisation dans le domaine des élevages avicoles.

L'Union européenne surveille les importations de viande de volaille afin d'y détecter la présence d'antibiotiques qui sont interdits. Fin 2002, une alerte communautaire renforçant cette surveillance a été lancée.

De novembre 2002 à septembre 2003, près de cinquante contrôles positifs aux antibiotiques ont été décelés dans des lots (chacun de plusieurs tonnes) en provenance de ces deux pays.

Ce qui frappe, c'est que les autorités sanitaires des pays concernés, informées de ces contrôles, n'ont apparemment pas réagi à cette présence d'antibiotiques qui a été constatée sur plus de dix mois. Si elles ont réagi ? on n'en a pas mesuré l'effet.

b) La montée des multirésistances

Il s'agit là d'un risque particulièrement inquiétant parce que, comme celui porté par le SIDA ou les maladies à prion, il est différé et donc occulté jusqu'à sa réalisation. Ce risque est d'autant plus préoccupant qu'il interfère avec l'utilisation des antibiotiques en médecine humaine et que, derrière, ces biorésistances provoquent des maladies nosocomiales qui Sont déjà la cause de plusieurs milliers de morts chaque année.

Le laboratoire de l'AFSSA de Lyon, parmi d'autres, a étudié les mécanismes de résistance aux antibiotiques des bactéries de la filière bovine : les gènes codent des pompes d'efflux qui expulsent les antibiotiques des bactéries et produisent des enzymes qui soit les dégradent définitivement, soit les altèrent.

Or l'étude montre également :

- qu'un mécanisme de résistance à un antibiotique met en jeu des mécanismes de résistance à d'autres antibiotiques, créant ainsi des « locus » de multirésistances,

- que ces multirésistances passent d'une bactérie animale à une autre,

- et qu'elles peuvent aussi transmettre des bactéries humaines.

Certes, il existe des freins à ces zoonoses bactériennes :

- peu de bactéries passent la barrière d'espèce,

- l'interdiction en Europe de l'utilisation chez l'animal d'antibiotiques employés en médecine humaine et la limitation de leur emploi à des besoins vétérinaires a également un effet limitatif sur la probabilité de ces transmissions.

Mais l'utilisation anarchique des antibiotiques dans certains pays d'Asie aboutit à créer des risques de zoonoses bactériennes.

On a, par exemple, détecté sur des crevettes provenant de Taïwan des locus de multirésistances sur des bactéries qui peuvent se communiquer à l'homme.

L'identification et le confinement de ces risques dans le cadre de l'organisation actuelle de la mondialisation est donc une nécessité.