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LES TÉLÉVISIONS LOCALES AU CANADA

Afin de mieux appréhender l'évolution du paysage audiovisuel canadien, il convient de préciser que les premières licences de diffusion accordées par le CRTC41(*) dans les années 1950 concernaient des chaînes locales de télévision, d'expression anglaise et française. Ces autorisations avaient pour vocation première de proposer une alternative canadienne afin de contrer l'importance (déjà !) des télévisions américaines diffusées au Canada. Dans cette perspective, et pour des raisons linguistiques et culturelles évidentes, les télévisions québécoises francophones ont vite bénéficié d'une popularité particulière.

Dans le secteur public (SRC/CBC, société duale reflet de la dualité linguistique du Canada), la Société Radio-Canada (radio et télévision de langue française) a été créée avec le mandat de répondre aux besoins spécifiques de la population canadienne francophone, essentiellement concentrée sur la province du Québec. Force est de constater aujourd'hui que la télévision française de Radio-Canada et RDI, son Réseau de l'Information, bien que chaînes publiques diffusées sur l'ensemble du territoire fédéral, reflètent d'abord la société et rendent compte de l'information du Québec.

Du côté du secteur privé, Télémétropole (devenue TVA), fut la première télévision locale privée, lancée à Montréal au début des années 1960. Jusqu'au milieu des années 1980, le tissu des télévisions locales québécoises est resté très riche, avec de petites entités qui couvraient parfois de très petits bassins de population (jusqu'à 20.000 habitants), appartenant à de richissimes familles québécoises, dans une province immense, encore peu industrialisée, où les distances et la rigueur de la météo induisaient une vie communautaire souvent repliée sur elle-même.

Par ailleurs, la dualité linguistique du Canada a conforté la vitalité des télévisions francophones. Par la suite -et c'est encore le cas aujourd'hui- la politique d'immigration très offensive menée par les gouvernements fédéral et provinciaux a entraîné une modification de la structure ethnique et linguistique de la population canadienne et favorisé la création de nombreuses télévisions ethniques nationales ou locales.

Dans le même temps, les « anciennes » télévisions locales, francophones et anglophones, ont été absorbées par les grands groupes de télévision à la faveur de contrats d'affiliation qui permettent aux locales de « vendre » du temps d'antenne aux grandes chaînes (qui multiplient ainsi les fenêtres d'exposition de leurs programmes) tout en gardant certaines prérogatives, notamment en matière de publicité (plafonnée à 12 minutes par heure) et de programmation locales. Les plus populaires de ces télévisions « locales » pouvant même être affiliées, selon les horaires et les types d'émissions, à plusieurs réseaux concurrents.

Ainsi, au Québec, la plupart des télévisions locales sont-elles affiliées à La Société Radio-Canada, Cogéco, TVA (Québecor), Radio-Nord et TQS.

Au Canada anglophone, CTV Television possède et exploite 26 stations de télévision de langue anglaise. Elle a également des ententes d'affiliation avec 4 stations de télévision privées indépendantes. Ses activités réseau rejoignent 99 % de l'auditoire anglophone canadien. Canwest Global possède et exploite 21 stations de télévision de langue anglaise et une station indépendante à caractère ethnique à Montréal. Ses activités réseau rejoignent 94 % de l'auditoire anglophone canadien.

Chum possède et exploite 8 stations de télévision de langue anglaise, dont six en Ontario et deux en Colombie-Britannique. Depuis novembre 2004, ce groupe, devenu le troisième groupe canadien de stations multiples de langue anglaise, contrôle également quatre autres stations en Alberta et au Manitoba. Enfin Craig Media possède et exploite 5 stations de télévision de langue anglaise.

Lorsqu'une même télévision a signé plusieurs contrats d'affiliation, le CRTC veille notamment, dans un souci de pluralité de l'information, à ce qu'il appelle « l'étanchéité des salles de nouvelles ».

Les télévisions locales sont diffusées sur les bouquets analogiques et numériques. Certaines se lancent même dans la haute définition, comme Toronto One à Toronto.

Les autres télévisions canadiennes que l'on peut qualifier de « locales » sont les canaux dits « communautaires » qu'un câblo-distributeur est autorisé par le CRTC à exploiter sur des marchés locaux. Ces canaux sont en général consacrés à de l'auto-promotion et à des émissions locales de services et d'information de proximité.

Au Canada, les collectivités locales que sont les provinces ne sont autorisées à financer des télévisions qu'à condition que ces dernières soient exclusivement à vocation éducative et culturelle. C'est le cas de Télé-Québec et, en Ontario, de TFO et TVO (chaînes francophone et anglophone de l'Ontario), financées par des subventions provinciales, des recettes publicitaires très encadrées et de maigres revenus d'abonnements. Ces télévisions sont diffusées sur le câble analogique et numérique et sur les bouquets satellite.

Seules les chaînes publiques de Radio-Canada et CBC disposent d'un financement public. Les autres chaînes sont exclusivement financées par la publicité et les revenus d'abonnement. Les câblo-distributeurs sont de leur côté tenus de verser une part de leurs bénéfices aux opérateurs des petits marchés.

La question du financement par la presse locale ne se pose pas au Canada... car il n'existe plus de presse locale. Seules subsistent, dans le dénuement le plus total, quelques « feuilles de choux » communautaires francophones liées aux communautés francophones hors Québec. Aucune de ces publications n'a les moyens d'une quelconque diversification télévisuelle.

En conclusion, le tissu des télévisions locales canadiennes est certes assez dense mais peu diversifié en raison du maillage des réseaux des grandes chaînes de télévision. Il suffit, aux heures de grande écoute, de « zapper » sur les quelque 657 canaux canadiens de télévision pour constater qu'il s'agit d'une diversité en trompe l'oeil.

* 41 Canadian Radio-television and Telecommunications Commission (CRTC), Commission canadienne pour la télévision, la radio et les télécommunications.