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Mission effectuée en Estonie et en Lituanie du 3 au 7 juillet 2005

 

B. LA DOUBLE ADHÉSION À L'UNION EUROPÉENNE ET À L'OTAN

Ces relations particulières avec la Russie entraînent aujourd'hui un très grand besoin de sécurité, moteur des candidatures simultanées à l'Union européenne et à l'OTAN.

1. De l'enthousiasme à l'euro-scepticisme ?

Les pays baltes ont adhéré à l'Union européenne avec un enthousiasme certain, car cette adhésion consacrait leur appartenance au « club » des démocraties libérales occidentales. Ainsi la Lituanie et l'Estonie ont adhéré par référendum avec respectivement 91 % et 67 % d'opinions favorables. En outre, symbole important, la Lituanie est le premier Etat à avoir ratifié la Constitution européenne, et ce par la voie parlementaire.

Forts de leurs résultats économiques, ces pays ont ancré leur monnaie à l'euro depuis 2002, et sont entrés dans le mécanisme de change européen MCE II depuis juin 2004. Ils souhaitent entrer dans l'Union économique et monétaire le 1er janvier 2007, c'est-à-dire avant la date prévue pour les autres (Lettonie en 2008, Slovaquie en 2009, autres pays en 2010).

Toutefois, plusieurs éléments contrebalancent l'enthousiasme de l'adhésion. D'une part, ces pays cumulent ce qui leur apparaît souvent comme un handicap : « petits » et « nouveaux », ils craignent que les « grands » et « anciens » n'entendent pas leur voix. D'autre part, la spécificité de leur histoire entraîne un certaine euro-scepticisme : « ces anciennes républiques soviétiques se sont battues pour garder leur identité après leur annexion par l'URSS, puis ont lutté encore pour obtenir leur indépendance, en 1991 seulement. Cette histoire explique en grande partie que les Baltes sont les plus euro-sceptiques des Européens de l'Est. Comment abandonner un peu de cette souveraineté chèrement acquise ? »4(*)

2. Un « tropisme » américain en matière de sécurité et de défense

Ces éléments expliquent en partie un certain « tropisme » américain en matière de défense et de sécurité, qui s'est manifesté par le soutien à la guerre en Irak et par la confiance accordée aux Etats-Unis pour assurer leur défense. Ces pays se positionnent, d'une certaine façon, comme un pont entre l'Union européenne et l'OTAN, ce qui peut sembler parfois difficile, vu de France. Cette position s'explique notamment par le rapport historique compliqué entretenu par les baltes avec l'Europe, ceux-ci conservant le sentiment d'une « trahison » historique de celle-ci, lors de leur annexion puis de leur occupation par l'Union soviétique.

3. Une position traditionnellement favorable au Royaume-Uni infléchie lors des récentes négociations sur les perspectives financières

Traditionnellement, les pays baltes sont plutôt favorables aux positions britanniques, qu'il s'agisse de la défense du modèle libéral, ou des priorités à accorder au niveau communautaire. Toutefois, les négociations, compliquées, qui se sont déroulées sur les perspectives financières de l'Union européenne, d'abord au mois de juin 2005 puis de décembre, ont eu un impact non négligeable sur leurs relations avec le Royaume-Uni.

Au mois de juillet, juste après l'échec des négociations sous la présidence luxembourgeoise, lorsque la mission s'est rendue en Lituanie et en Estonie, ces Etats apparaissaient quelque peu déçus par l'attitude britannique, et tendaient à imputer à celle-ci une part de la responsabilité de l'échec. Plus récemment, la visite du Premier ministre britannique dans ces pays, dans le cadre de la préparation du Conseil européen de décembre, a pu être perçue comme une volonté de faire pression sur eux pour qu'ils acceptent ses propositions de réduire de 10 % les fonds structurels, notamment au détriment des nouveaux Etats-membres. Une telle proposition, consistant à réduire les fonds structurels et à conserver le « rabais » britannique, a été qualifiée dans la presse de « Robin des bois à l'envers ».

Ces réserves faites, ces pays conservent une attitude favorable aux positions anglaises, avec une approche teintée de libéralisme, marquée par un soutien fort au processus de Lisbonne et aux politiques en faveur de la recherche, ainsi que par un grand attachement aux fonds structurels. Les interlocuteurs de la délégation ont également souligné qu'ils souhaitaient que la directive européenne sur les services puisse aboutir.

* 4 Jean-Luc Eyguesier, Pays Baltes, trois surdoués aux marches de l'Europe, Le moniteur du commerce international, n° 1617, 25 septembre 2003.