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Accès des ménages au crédit en France

 

II. LES RISQUES DE L'ENDETTEMENT SONT SOUVENT EXAGÉRÉS TANDIS QUE SES AVANTAGES NE DOIVENT PAS ÊTRE MINIMISÉS

Alors que les travaux de modélisation économique ont longtemps peiné à identifier une contribution spécifique et durable du crédit aux ménages à la croissance, contrastant en cela avec les intuitions suscitées par les faits, des améliorations de méthode, liées principalement à la prise en compte des « effets de richesse », semblent apporter de nouveaux éclairages.

Pour la France, l'apport du crédit aux ménages à la croissance aurait été significatif dans la période récente de ralentissement économique. Ce constat est d'abord celui d'un très net contraste avec l'épisode cyclique comparable antérieur du début des années 90.

Si la période 1985-1995 avait été marquée par un essor du crédit et de la croissance suivi d'une contraction parallèle de l'activité et des emprunts des ménages, depuis 1995 l'endettement des ménages augmente avec continuité, même après le retournement conjoncturel du début des années 2000.

Il faut se féliciter de cette évolution qui a permis à la croissance de résister, dans une certaine mesure. Elle témoigne d'un changement de contexte, avec une politique monétaire plus pertinente et mieux relayée par des intermédiaires bancaires plus réactifs.

Techniquement, il est à souligner que c'est moins par ses effets directs que par son impact indirect que le crédit aux ménages aurait soutenu la croissance.

A. ESSOR DU CRÉDIT AUX MÉNAGES ET CROISSANCE, UNE « LITTÉRATURE » EMPIRIQUE LONGTEMPS DÉCEVANTE

 Dans les approches traditionnelles de la croissance, ainsi que dans la plupart des travaux économétriques, le crédit aux ménages a, pour l'essentiel, un rôle de lissage de la demande. Il permet certes de desserrer les contraintes de liquidité - fonction qu'illustre parfaitement l'endettement pour l'achat d'un logement -, mais il n'a pas en soi d'autres vertus.

La demande des ménages est essentiellement déterminée par les variables non financières lourdes : leur revenu, le chômage ou l'inflation, qui, elles-mêmes, sont normalement déterminées par le fonctionnement de l'économie réelle.

Cette insensibilité de la croissance au crédit trouve un reflet dans les difficultés récurrentes que rencontrent les « modélisateurs » à mettre en évidence un impact des taux d'intérêt sur la croissance.

 Ce n'est qu'assez récemment que quelques travaux ont pu déboucher en ce domaine, mais sur des résultats peu « spectaculaires », présentés, en outre, comme confirmant l'absence d'effet durable du crédit.

Le rapport sur les Comptes de la Nation de 2000, sur « les déterminants de la consommation des ménages au cours des années 90 » devait ainsi montrer que, si celle-ci avait été moins rapide que prévu au début de la décennie, c'était comme un contrecoup du surcroît de consommation, observé entre 1986 et 1990 après la libéralisation financière intervenue au milieu des années 80, qui s'était traduite par une poussée de l'endettement des particuliers.

CONTRIBUTIONS À LA CROISSANCE DE LA CONSOMMATION TOTALE
(évolution annuelle moyenne en %)

 

1990-1999

1990-1994

1995-1999

Dépenses de consommation

1,4

0,8

1,9

Contributions :

- Pouvoir d'achat du revenu

- Inflation

- Taux de chômage

- Libéralisation financière

- Prime à la casse

- Résidu

1,4

0,2

0,0

- 0,3

0,0

0,1

1,5

0,1

0,0

- 0,5

0,0

- 0,3

1,3

0,2

0,0

0,0

0,0

0,4

Source : Rapport sur les comptes de la Nation. 2000. MINEFI

Lecture : à partir de l'équation de consommation estimée, on peut isoler le rôle de chaque déterminant dans les évolutions de la consommation. Ce tableau présente leurs contributions aux évolutions annuelles de la consommation sur la période allant de 1990 à 1999. La somme de leurs contributions n'est en général pas égale aux évolutions de la consommation. La différence correspond à la partie non expliquée de l'équation, le résidu. On lit par exemple que sur la période 1990-1994, le pouvoir d'achat du revenu et l'inflation ont contribué à augmenter la consommation de 1,5 % et 0,1 % par an en moyenne et les effets de la libéralisation financière à la baisser de 0,5 %. La croissance de la consommation est surestimée de 0,3 % sur cette période.

Le diagnostic ainsi posé revient à admettre que le développement du crédit aux ménages a pu avoir un impact sur leur consommation, et la croissance, dans la fin des années 80, tout en insistant sur son caractère seulement transitoire et réversible.

L'accroissement de l'endettement des ménages et de leur consommation aurait été « temporaire » et « payé » à partir de 1990, lorsque le revenu a ralenti et la charge de la dette des ménages a augmenté, par des tensions sur leur situation financière, qui auraient nécessité un ajustement de leur consommation.

Pour expliquer le caractère simplement temporaire de l'effet favorable de la dynamique du crédit sur la demande des ménages, l'étude du MINEFI précitée ne se contente pas de suggérer l'implacabilité des variables lourdes de la consommation (et donc de confirmer les approches traditionnelles) mais affirme encore que : « la libéralisation financière aurait entraîné un accroissement temporaire de l'endettement des ménages et de leur consommation, le temps que les banques s'adaptent aux nouvelles conditions des marchés. »

Cette dernière formule, pour le moins allusive, paraît indiquer que les auteurs estiment que le développement des crédits aux particuliers, intervenu après la libéralisation financière du milieu des années 80, serait à mettre au compte d'une période d'apprentissage des banques, elle-même transitoire ou, du moins, non reproductible. Autrement dit, le canal du crédit se serait desserré sous l'impact de la libéralisation financière, puis aurait repris ses dimensions « naturelles ».