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Accès des ménages au crédit en France

 

C. UN ENDETTEMENT DES MÉNAGES NETTEMENT MOINS IMPORTANT QU'À L'ÉTRANGER

Les Français apparaissent « sous-endettés » par rapport à leurs homologues des pays développés. Leur taux d'épargne est ainsi comparativement élevé et leur taux de recours au crédit est faible.

L'importance du taux d'épargne des ménages peut expliquer un faible « appétit » pour le crédit. Mais, la causalité peut tout aussi bien être inverse : le faible recours au crédit peut se solder par un fort taux d'épargne.

Sur ce point, il est essentiel de manier avec discernement l'approche comptable et de l'enrichir d'un niveau d'analyse plus économique. Dans la mesure où le financement par emprunt des dépenses des ménages augmente leur consommation et réduit leur taux d'épargne calculé dans les termes de la Comptabilité nationale, on peut commettre l'erreur d'en déduire que la capacité d'épargne financière des ménages est affectée négativement par un surcroît de crédit.

Une baisse du taux d'épargne, au sens de la Comptabilité nationale, ne signifie pas que la capacité d'épargne financière des ménages diminue.

Les enchaînements économiques engendrés par un surcroît de consommation laissent plutôt penser que le résultat contraire est le plus probable.

1. L'endettement des ménages français est nettement moins élevé que pour leurs homologues de l'OCDE

Les Français sont très nettement moins endettés que leurs homologues des autres pays européens, en particulier sous l'effet d'un recours très modeste au crédit au logement. A l'inverse, le taux d'épargne des ménages français apparaît relativement élevé. Il est justifié de s'interroger sur l'existence d'une causalité entre le niveau élevé du taux d'épargne des Français et de bas niveau de leur taux de recours au crédit. Il semble qu'en France, la contrainte de liquidité pesant sur les ménages s'exerce avec plus de rigueur que dans les pays où le recours au crédit est plus répandu.

ENDETTEMENT PAR HABITANT ET EN % DU REVENU DISPONIBLE BRUT (RDB)

 

Endettement par habitant
2002 (2001), en EUR

Encours d'endettement
2002 (2001), en % du RDB

Allemagne

Autriche

Belgique

Danemark (2001)

Espagne

Finlande

France

Italie

Pays-Bas

Portugal (2001)

Royaume-Uni1

Suède

18 507

10 917

9 812

31 832

9 422

9 266

9 592

5 254

28 301

8 025

23 186

16 293

111,5

66,1

60,6

194,2

86,4

72,4

59,4

34,1

198,2

105,2

120,2

113,6

Europe2

17 963

109,6

1 Pour les données relatives au Royaume-Uni en euros, nous utiliserons dans tous les tableaux qui suivent le taux de change en fin d'années pour les données de stocks et la moyenne annuelle des taux de change courants pour les données de flux.

2 Moyenne des pays représentés pondérée par les encours d'endettement totaux en 2001.

Source : Comptes nationaux, OCDE

 L'endettement par habitant est près de trois fois plus faible qu'au Danemark où il atteint son sommet européen, et encore environ deux fois moindre que pour l'Europe en moyenne.

Au regard du revenu disponible brut des ménages, l'endettement des ménages français est à l'avant-dernière place dans la hiérarchie européenne avant l'Italie.

 En outre, entre 1995 et 2002, c'est en France (et en Allemagne) que l'endettement des ménages a le moins augmenté avec une progression annuelle moyenne de 4,3 % (3,7 % en Allemagne), contre 14,8 % et 12,6 % en Espagne et aux Pays-Bas, et 8,6 % au Royaume-Uni et en Italie.

ENCOURS D'ENDETTEMENT DES MÉNAGES (BASE 100 EN 1995)

Source : Comptes nationaux

 L'endettement à long terme des ménages français est tout particulièrement en retrait par rapport à la moyenne européenne.

ENCOURS DE CRÉDIT LONG TERME
(en % du revenu disponible brut)

Source : Comptes nationaux

Dans l'encours total en Europe des crédits hypothécaires recensés par la Fédération Hypothécaire Européenne7(*), la France occupe une place très modeste avec 8,1 %, soit nettement moins que son poids dans le PIB des douze pays concernés (17,6 %), comme le montre le tableau ci-dessous.

EUROPE (12) - ENCOURS DE CRÉDIT HYPOTHÉCAIRE
RECENSÉ PAR LA FHE EN 2001

 

En millions d'euros

% du total européen

Belgique

Allemagne

Danemark

Grèce

Espagne

France

Irlande

Italie

Pays-Bas

Portugal

Royaume-Uni

Suède

69 138

1 122 809

127 440

15 652

205 774

278 219

38 343

123 922

340 860

57 333

946 298

113 540

2,0 %

32,6 %

3,7 %

0,5 %

6,0 %

8,1 %

1,1 %

3,6 %

9,9 %

1,7 %

27,5 %

3,3 %

Total

3 439 328

100,0 %

Source : FHE

 Dans le cadre d'une tendance à l'augmentation du crédit à la consommation depuis le début des années 80, la France est également en retrait quoique moins nettement.

Les pays européens se répartissent en trois groupes :

- un premier groupe, composé du Royaume-Uni et de la Suède avec une utilisation importante du crédit à la consommation ;

- les ménages finlandais, italiens, néerlandais, belges et portugais, avec un endettement consommation inférieur à 9 % de leur revenu disponible ;

- les autres pays - Allemagne, France, Espagne et Irlande - qui sont dans une position intermédiaire.

ENCOURS DE CRÉDITS À LA CONSOMMATION EN 2001 EN POURCENTAGE...

 

... du PNB

... de la consommation privée

... du revenu
disponible
des ménages

Autriche

12,3

22,0

-

Belgique

5,2

9,5

8,1

Allemagne

10,8

18,9

16,4

Danemark

7,7

16,5

-

France

8,0

14,7

12,4

Finlande

2,3

4,8

4,7

Espagne

9,6

16,5

14,9

Irlande

8,1

16,6

14,9

Italie

3,6

6,1

4,8

Luxembourg

5,2

13,0

-

Pays-Bas

5,2

6,6

6,4

Portugal

6,6

11,1

9,8

Suède

11,4

23,8

22,6

Royaume-Uni

14,3

32,5

20,6

États-Unis

16,7

24,1

-

Japon

4,1

7,5

-

Source : ECRI

Cependant, la hiérarchie de l'endettement des ménages au regard des crédits à la consommation n'est pas pleinement significative.

En effet, une partie des crédits hypothécaires servent à financer de la consommation, en particulier dans les pays où ce crédit est le plus développé. Par ailleurs, même quand ce mécanisme n'est pas à l'oeuvre, l'importance relative des crédits au logement peut influer sur le besoin de recours au crédit à la consommation. Plus le financement externe du logement est important, plus des ressources propres sont disponibles pour financer la consommation, et moins fortes sont les « incitations » à recourir à un crédit à la consommation pour consommer, d'autant que celui-ci est systématiquement plus coûteux.

Ces effets de substitution poussent à s'intéresser à des agrégats plus globaux que sont les tableaux de financement des ménages.

* 7 Il faut signaler qu'une partie seulement de ces prêts sont consentis aux ménages et que les formes de crédit habitat autres qu'hypothécaires ne sont pas prises en compte par la FHE.