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Accès des ménages au crédit en France

 

E- Les acteurs de l'offre de crédit à la consommation

Les établissements à vocation générale - banques commerciales, banques mutualistes ou coopératives, caisses de crédit municipales - et les établissements spécialisés hors crédits à l'habitat se partagent l'offre de crédit à la consommation60(*).

En 2003, les établissements spécialisés ont distribué 34,5 milliards d'euros de nouveaux financements à la consommation en Métropole, s'accaparant ainsi 59 % de la production de l'ensemble des établissements de crédit. Cette part est en légère baisse puisqu'elle avoisinait 62 % en fin d'année 1999. Face à eux, les établissements généralistes se sont renforcés sur ce créneau, à partir du milieu de la décennie 80, proposant de nouveaux services afin de fidéliser leur clientèle tout en captant de nouveaux profils. Cette extension s'est traduite dans les faits par des partenariats avec des spécialistes voire même par des prises de contrôle. Ces rapprochements leur ont permis de profiter d'une gamme de produits élargie et d'une expertise technique en termes de gestion des crédits et de maîtrise des risques (savoir-faire commercial, scores et systèmes d'experts, outil informatique et comptable).

Figure 27 : Répartition de crédits à la consommation en 200361(*)

1- Les établissements spécialisées

Ces établissements ont rapidement perçu les avantages de renforcer des relations étroites avec d'autres acteurs : acteurs hors secteur bancaire - commerce et grande distribution, établissements bancaires généralistes, compagnies d'assurance. D'un côté, mise en commun du savoir-faire en termes des gestions des crédits, et de l'autre, apport de la clientèle et du maillage géographique créant des synergies de développement. Les formes de coopération sont diverses s'échelonnant du stade de simples accords commerciaux à la création d'une structure commune. Ces partenariats peuvent être organisés dans le cadre d'une société en participation (SEP), constituant un outil juridique souple permettant la mise en commun des moyens et le partage des résultats.

Les établissements spécialisés disposent d'un maillage géographique différent de leurs concurrents généralistes. Ainsi, en 2003, les banques généralistes détenaient 25 24862(*) guichets bancaires en métropole.

Les réseaux d'agence des établissements spécialisés, bien que de dimension non négligeable pour certains, ne sont pas comparables. Ces établissements assurent surtout le développement de leur offre sur les lieux même des ventes de biens et services donnant lieu à financement, en prenant appui sur leur partenaire ou sur le groupe détenteur.

Les deux types d'établissement investissent dans le marketing direct avec la création de plates-formes téléphoniques, de serveurs vocaux, l'envoi de mailings spécifiques ou par le biais des relevés de compte réguliers, d'Internet et leur présence s'intensifie sur les voies médiatiques que ce soient la presse, la radio ou la télévision.

Les établissements spécialisés sont variés : ils peuvent être agréés comme société financière, et plus rarement comme banque.

En 2003, les parts de marché des établissements spécialisés sont les suivantes :


· les groupes bancaires dominent avec 68 % (53 % en 1999). Cette croissance a été soutenue par l'acquisition de Finaref par le groupe Crédit agricole et la prise de contrôle de Facet par BNP-Paribas ;


· les grandes enseignes et les groupes de la grande distribution couvrent 20 % du marché (31 % en 1999) ;


· les filiales des constructeurs automobiles disposent de 8 % de parts de marché (12 % en 1999) ;


· les filiales d'assurance ont une part de marché de 4 % (équivalente en 1999).

Figure 28 : Parts de marché des établissements spécialisés selon leur profil en 2003

Les mouvements de restructuration sont nombreux, le nombre d'établissements spécialisés étant passé de 71 à 62 établissements entre 1999 et 2004. Rationalisation, rachat (Finalion du Crédit Lyonnais a été absorbé par Sofinco, suite à la prise de contrôle de sa maison mère par le Crédit agricole au début de l'année 2004) ou nouveaux accords à l'image de la filiale de financement spécialisée «  Domofinance » née des accords entre Cetelem et EDF au début de l'année 2004. Regardons de plus près les profils de ces acteurs et leur positionnement sur l'activité de crédit. Les stratégies sont diverses et variées.

a- Les filiales des grands groupes bancaires

Deux intervenants majeurs sur ce segment : Cetelem (BNP Paribas) et Sofinco (Crédit agricole). Ils réalisent des activités pour leur propre compte ou interviennent dans la gestion de crédit proposée par leur maison mère. L'extension des activités reste un leitmotiv, BNP-Paribas ayant pris le contrôle de Facet et Sofinco de Finaref sur la fin d'année 2002. Ces deux établissements spécialisés constituaient le pôle financier du groupe Pinault-Printemps-Redoute.

Des établissements bancaires disposent de leur propre établissement de crédit :


· la Société Générale a créé Franfinance en 1989 regroupant les sociétés du groupe Thomson rachetées en 1983. Cette structure assure la gestion des crédits permanents adossés à une carte de paiement et des prêts personnels du réseau ;


· le Crédit Mutuel dispose de plusieurs filiales dont Financo, Sofemo et Créfidis ;


· des groupes bancaires ont choisi de s'associer avec des établissements spécialisés afin de mettre en commun leurs compétences et réseau. C'est le cas des Caisses et des Banques Populaires qui se sont rapprochées de Cetelem et ont constitué la Caisse d'épargne financement et Novacrédit ;


· le Crédit commercial de France a créé une filiale assurant la gestion du crédit consommation sur Internet, fin 1999, nommée Netvalor.

b- Les filiales des grands groupes de distribution

Les groupes de distribution ont peu à peu créé des établissements de crédit dédiés au financement des achats de leurs clientèles. Se forgeant une expérience croissante sur ce domaine les groupes ont acquis le savoir faire nécessaire à la gestion de ces établissements et assurent également un développement de leur activité, élargissant le panel de leur clientèle et de leur offre produit.

Par domaine d'activité, nous pouvons citer :


· Groupes de distribution : Galeries Lafayette (Cofinoga) - le Printemps (Finaref)


· Groupes de vente par correspondance : Trois Suisses (Cofidis) - Camif (Camif C2C)

Groupes de grande distribution : Carrefour (S2P) - Auchan (liens avec la Banque Accord) - Casino Guichard (liens avec la banque du groupe Casino)


· Groupes de l'équipement du foyer : But et Ikea (Cetelem) - Darty, Castorama et Décathlon (associé à Sofinco)

Remarque : le 30 mars 2005 a été annoncée la mise en place d'un véritable partenariat industriel entre Cetelem et Cofinoga. Depuis avril 2004, le crédit revolving du réseau de la banque PNB Paribas, jusqu'alors géré par Cofinoga, avait été repris par Cetelem. BNP a présenté un plan où elle souhaite transformer sa participation financière dans Cofinoga en véritable partenariat entre les deux sociétés de crédit à la consommation. La banque attend les autorisations des autorités concurrentielles françaises de la concurrence. En France, la part de marché de Cofinoga est de 4 % et celle de Cetelem et BNP Paribas est de 14 %.

c- Les autres acteurs

Dans le secteur automobile, les constructeurs ont créé des « captives », filiales spécialisées dans l'octroi de crédit automobile et dédiées à la marque ou groupe d'appartenance. Peuvent être cités la Diac (Renault) ou Crédipar (Peugeot). Aujourd'hui, la majorité des constructeurs disposent de leur captive.

Dans le secteur de l'assurance, des groupes ont également opéré un repositionnement stratégique afin de proposer des produits financiers et bancaires à leurs clientèles. C'est le cas du groupe Allianz lié à la banque AGF (2000), Axa a acquis Banque directe à BNP-Paribas (2002), Groupama a décidé de créer Groupama Banque avec la Société Générale (2002).

2- La concentration de l'offre de crédit à la consommation

Le niveau de concentration du secteur de l'offre de crédit peut être calculé par le montant des encours sains, à disposition des acteurs leaders par rapport à l'ensemble des acteurs. Ainsi, la figure suivante montre que les cinq premiers acteurs du crédit à la consommation couvrent 29 % de l'offre totale. Ce ratio dénote un faible degré de concentration. En se focalisant sur les établissements spécialisés cette proportion progresse et s'élève à 51 %. Une comparaison opérée par rapport à 1999 dénote une augmentation du niveau de concentration avec la montée en puissance des cinq premiers acteurs.

Figure 29 : Concentration du marché du crédit à la consommation par type d'établissement, les spécialistes et les généralistes

3- Le développement à l'international

Afin d'assurer un relais à leur développement sur un marché français relativement mature, les établissements financiers se sont positionnés sur la scène internationale depuis les années 80 avec une intensification de ce mouvement sur les dernières années. Cetelem est ainsi aujourd'hui présent dans vingt pays, et les captives des constructeurs automobiles assurent le financement de l'offre sur les divers marchés où ils sont présents. Après avoir investi l'Europe, ce sont les marchés des nouveaux pays membres qui semblent être les prochains axes de croissance. Les enjeux sont ici différents, imposant la prise en compte d'une culture consommateur propre et une gestion des risques pays spécifique.

La stratégie de développement à l'international est variable. Les acteurs peuvent choisir d'ouvrir des succursales, de créer des filiales, de racheter des structures déjà existantes, de profiter du réseau des groupes industriels dont ils dépendent ou dont ils sont partenaires, de nouer des accords avec des établissements de crédits locaux ou français.

La présence à l'international des acteurs français se traduit par un accroissement du montant des encours des filiales des entreprises consolidés au niveau global. Ces encours représentaient 30 % en 2002 (contre 26  % en 1999), soit une augmentation en valeur de 44 %. Par ailleurs, la part des encours générés par des succursales étrangères est passée de 8,9 % en 1999 à 12,9 % en 2003.

Figure 30 : Évolution des encours des filiales internationales par rapport aux encours consolidés - Établissements spécialisés

Nous avons représenté la chaîne de valeur et les modèles économiques liés à la distribution de crédit à la consommation au sein du développement sur l'Europe (Tableau 20).

* 60 Étude de la Commission Bancaire réalisée sur la base d'un échantillon d'établissements de crédits. Estimation ne prenant pas en compte les encours de crédits titrisés, minorant de ce fait le poids des établissements spécialisés.

* 61 Production estimée à partir de l'état détaillant les différentes catégories de financement à la consommation des particuliers en métropole remis par les établissements dont l'encours de crédits à la consommation est supérieur à 60 millions d'euros.

* 62 Source : Banque de France