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Mission effectuée au Pakistan du 30 mars au 4 avril 2006 au Pakistan

 

B. LA SCISSION DE 1971

Dès 1966, le président de la ligue Awami, très active au Bengale, Mujibur Rahman, réclame la pleine application de la résolution de Lahore de 1940, visant à former une confédération pakistanaise. Il est arrêté pour complot contre la sécurité de l'Etat, et suspecté d'être soutenu par l'Inde.

Pour dénouer la crise, le général au pouvoir à Islamabad, Yahya Khan, dissout le « One Unit Scheme », et organise en 1971 des élections législatives dans tout le pays. Elles sont remportées, au Pakistan occidental, par le parti du peuple pakistanais d'Ali Bhutto, et par la Ligue Awami au Pakistan oriental. Ce dernier étant la partie la plus peuplée du pays3(*), la victoire de la ligue Awami aurait dû conduire à la désignation d'un Premier Ministre bengali, perspective inacceptable pour les Ourdous.

Le pouvoir central envoie alors des troupes au Bengale pour tenter d'écraser le succès électoral des bengalis, déclarés séparatistes. Avec l'aide de l'Inde, ces derniers résistent, font sécession et créent, le 16 décembre 1971, le Bangla-Desh, amputant le Pakistan de 144.000 km2 de territoire.

Cette deuxième guerre indo-pakistanaise se termine en juillet 1972, par un accord entre Indira Gandhi et Ali Bhutto.

La scission renforce l'intransigeance d'Islamabad face aux tentations indépendantistes qui ont toujours existé au Baloutchistan, et accroît le poids symbolique de la question du Cachemire, dont la partition est, selon le Pakistan, l'oeuvre de l'Inde.

C. UNE ÉVOLUTION POLITIQUE INTERNE HEURTÉE

Les gouvernements se succèdent à Karachi, devenue capitale du Pakistan en 1967. Ces changements résultent le plus souvent de coups d'Etats militaires.

La défaite de 1971 qui débouche sur la secession du Bengale conduit l'armée vaincue à remettre le pouvoir à un civil, Zulfikar Ali Bhutto, qui prend le titre d'« administrateur civil de la loi martiale » (« civilian martial law administrator »).

Son parti remporte largement les législatives de 1977 (155 sièges sur 200), mais ces résultats sont violemment contestés par l'opposition regroupée dans le Pakistan National Alliance. L'armée, dirigée par le chef d'état-major Zia-ul-Haq, pourtant nommé en 1976 par Bhutto, l'arrête. La loi martiale est décrétée. Bhutto est jugé et exécuté en 1979, après que Zia-ul-Haq se soit installé au pouvoir dès l'arrestation de ce dernier.

Le nouveau pouvoir engage alors le pays qui se réclamait jusque là d'un islam « laïc » sur la voie d'une stricte mise en oeuvre des préceptes du Coran. La charia est appliquée par des tribunaux religieux qui sanctionnent la consommation d'alcool, le vol et l'adultère. L'impôt religieux, le « zakat » est introduit. Parallèlement, les partis politiques sont interdits.

Après la disparition de Zia dans un accident d'avion, en 1988, le parti du peuple pakistanais (PPP) remporte les élections législatives, et Benazir Bhutto devient Premier ministre pour deux ans. De nouvelles élections sont, en effet, organisées dès 1990 et Nawaz Sharif prend sa place, jusqu'en 1993. Mme Bhutto revient à la tête du gouvernement pour trois ans (1993-1996), puis est démise par le président du pays, Farooq Leghari à la suite de scandales financiers où son mari est compromis.

Nawaz Sharif la remplace et son gouvernement reconnaît, dès mai 1997, celui des talibans au pouvoir à Kaboul.

Les essais nucléaires indiens de mai 1998 sont suivis, en juin, d'essais pakistanais. Les deux séries d'essais suscitent la réprobation de la communauté internationale à l'exception du monde islamique, ainsi que de sévères sanctions économiques américaines.

Les infiltrations pakistanaises au Cachemire déclenchent, de mai à juillet 1999, la crise de Kargil, avec l'Inde. Le retrait de l'armée pakistanaise, ordonné par Nawaz Charif, est très mal perçu par la hiérarchie militaire, dont le sentiment d'humiliation conduit au coup d'Etat qui porte au pouvoir le général Pervez Moucharraf, Chef d'Etat-major des armées, en octobre de la même année.

* 3 Le Bengale compte alors 70 millions d'habitants, contre 60 au Pakistan occidental ; 169 députés sur un total de 313 sont élus au Bengale.