Allez au contenu, Allez à la navigation



Préserver la compétitivité du "site Allemagne" : les mutations de la protection sociale outre Rhin

 

D. DES PERSPECTIVES MACRO-ÉCONOMIQUES À LONG TERME INQUIÉTANTES POUR LE FINANCEMENT DE LA PROTECTION SOCIALE

À l'instar de la plupart des pays développés, le système de protection sociale allemand est mis à mal par la dérive des coûts de santé, les mutations du travail et le vieillissement de la population.

Toutefois, les deux derniers facteurs, emploi et démographie, présentent des caractéristiques qui révèlent une particulière fragilité de l'Allemagne en comparaison de ses partenaires.

Depuis le début des années 2000, l'Allemagne est confrontée à l'irruption d'un chômage de masse, alors que le pays avait affiché des performances enviables en matière d'emploi tout au long des années 1970 et 1980. Ce chômage présente quatre caractéristiques principales :

- c'est un chômage en grande partie de nature structurelle, qui ne descend pas en dessous de 7,5 % de la population active, même pendant les points hauts des cycles économiques ;

- le chômage de longue durée est particulièrement massif : il concerne plus d'un demandeur d'emploi sur deux, soit l'un des taux les plus élevés des pays de l'OCDE ;

- le taux de chômage des travailleurs les moins qualifiés est parmi les plus élevés au monde9(*) ;

- enfin, l'âge effectif de cessation de l'activité est relativement précoce : si les 55-59 ans affichent un taux d'activité de 80 %, celui-ci tombe à moins de 30 % pour les 60-64 ans.

A la charnière entre le domaine de l'emploi et l'analyse de la situation démographique, il apparaît qu'entre 1993 et 2005 le nombre des salariés est resté à peu près stable, avec environ 34 millions de personne employées, cependant que la proportion de ceux qui acquittent une cotisation vieillesse et donc participent au financement des retraites par répartition subissait une chute assez marquée, passant de 84,3 % à 76,2 %. L'économie allemande a vu se développer notamment ces dernières années les « mini-jobs », emplois de service très peu payés et largement exonérés de prélèvements sociaux.

S'agissant du volet démographique pur, l'Allemagne connaît l'un des taux de fécondité les plus bas d'Europe, avec 1,4 enfant par femme.

Selon les projections démographiques de l'Office fédéral de la statistique, l'évolution de la population deviendrait particulièrement défavorable à partir de 2015. Dans un scénario central, qui inclut une hypothèse d'un solde migratoire positif de l'ordre de 200.000 unités par an, la population totale diminuerait de 9 % d'ici à 2050.

Le déclin démographique devrait être particulièrement sévère à l'Est, avec une chute de population de 27 % d'ici 2050 (toujours selon les projections centrales), contre une baisse de 5,6 % seulement à l'Ouest.

La population âgée de quinze à soixante-cinq ans devrait diminuer de près de 10 millions entre 2000 et 2040. Parallèlement, la part des personnes âgées de plus de soixante-cinq ans dans la population totale, qui représentait 16,4 % en 2000, s'élèvera à 20 % en 2010 et 30 % en 2040.

En 2050, l'espérance de vie des hommes après soixante-cinq ans atteindrait 19,6 années (contre 16,3 en 2004) et, pour les femmes, 23,6 années (contre 19,8).

Prévisions démographiques à l'horizon 2050

 

2005

2010

2020

2030

2040

2050

Population
(en millions d'habitants)

82,9

83,1

82,8

81,2

78,5

75,1

Ratio de dépendance
(+ de 65 ans/
15-64 ans en %)

28,5

30

33,8

43,7

49,1

50,5

Emploi
(en millions d'actifs)

38,3

39,3

39,1

37,7

36,1

34

Taux de chômage
(% au sens
du BIT)

8,4

7,3

6,3

3,9

3,3

3,3

Nombre des retraités au régime général

21,3

22,4

24,6

29,2

30,8

30,1

Source : Office fédéral de la statistique - DB Research

Sans modification de l'âge légal de départ à la retraite, actuellement fixé à soixante-cinq ans, le ratio de dépendance augmenterait de 50 % d'ici à 2030 et de 80 % à l'horizon 2050, de même que le ratio du nombre de retraités par contributeur pour le régime général (avec une hypothèse de hausse de l'espérance de vie à la naissance d'un peu moins de six ans). D'une personne âgée de plus de soixante-cinq ans pour quatre individus âgés de quinze à soixante-cinq ans en 2000, le ratio de dépendance passera à un pour deux en 2040.

Le contexte de cette dégradation serait pourtant celui d'une nette hausse du taux d'emploi et d'un taux de chômage ramené à à peine plus de 3 %. En d'autres termes, ces projections, pourtant pessimistes, reposent sur l'hypothèse optimiste d'un environnement économique en sensible amélioration.

D'après les simulations du comité de politique économique de l'OCDE10(*), le vieillissement devrait conduire, si aucune réforme n'est entreprise, à une augmentation du poids des dépenses de protection sociale de l'ordre de 5,5 points de PIB d'ici à 2050. Cette hausse serait due pour 4 points environ aux retraites et pour 1,5 point aux dépenses de santé.

* 9 En 2003, l'écart de taux de chômage entre les travailleurs n'ayant pas atteint le deuxième cycle de l'enseignement secondaire et les diplômés de l'enseignement supérieur atteignait près de 13 points en Allemagne et 6 points en France et dans l'Union européenne - OCDE - Perspectives de l'emploi - 2005.

* 10 Comité de politique économique de l'OCDE - « The impact of ageing populations on public finances » - octobre 2003.