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La France et la gestion des crises africaines :quels changements possibles ?

 

2. Des fragilités persistantes

Les mutations de l'Union africaine n'ont cependant pas aboli les difficultés d'un processus d'intégration long et malaisé.

Les progrès de l'UA en matière de gestion des crises restent entravés par des réticences politiques, héritage d'une tradition de non-ingérence, dans un contexte de compétition entre Etats.

Le manque de capacités financières n'est pas sans conséquences également : le budget de la Commission de l'UA, doté de 70 millions de dollars, souffre de retards dans le paiement des cotisations, comme c'était le cas pour l'OUA.

3. Une faible efficacité opérationnelle

En avril 2003, l'UA a déployé sa première force de maintien de la paix au Burundi (AMIB)10(*). Ce déploiement s'est opéré avec retard et partiellement, (2500 hommes sur les 3500 prévus). En juin 2004, l'ONU a repris l'opération, devenue ONUB.

Depuis avril 2004, l'Union africaine a pris l'initiative de mener, de front, un processus politique et une opération militaire au Darfour, s'impliquant dans une crise où la mobilisation concrète de la communauté internationale faisait défaut.

Avec 7 000 hommes déployés, la mission AMIS (African mission in Sudan), pour la surveillance du cessez le feu et dont les principaux contributeurs sont le Nigeria, le Rwanda et le Sénégal, est la plus importante à ce jour.

La tâche de l'Union africaine au Darfour est particulièrement difficile, en l'absence d'une véritable feuille de route politique à faire appliquer et de mécanisme de sanctions en cas de violation du cessez le feu. D'emblée, le mandat de la force africaine, la surveillance de l'application des accords de N'Djamena, s'est révélé inadapté à l'état de la situation sécuritaire.

La mission au Soudan a souffert d'un déficit de capacités de planification, de commandement, de communication, et de transport. L'effectif, l'entraînement et la protection des troupes déployées se sont révélés insuffisants et la force a subi des pertes, notamment dans les rangs nigérians.

Son financement est resté tributaire des bailleurs de fonds (Etats Unis et Union européenne) qui, réticents à une nouvelle montée en puissance d'AMIS au vu de ses résultats mitigés, ont mesuré leur soutien.

La force n'a pas réussi à faire respecter le cessez le feu, ni à assurer la protection des populations civiles, ni à empêcher l'extension de la crise à l'Est du Tchad.

Le bilan d'AMIS est donc clairement insuffisant. Les interlocuteurs sud-africains de vos rapporteurs se sont refusé à parler d'échec, soulignant l'inadéquation du mandat de la force africaine. Au Sénégal, autre Etat impliqué dans AMIS, le déficit capacitaire a été souligné, l'Union africaine n'ayant tout simplement pas « les moyens de sa politique ».

L'Union africaine a tenté d'apporter une réponse à une crise laissée « orpheline », en raison d'un terrain singulièrement difficile. En dépit de l'appui fourni par l'Union européenne et, pour la première fois en Afrique, par l'OTAN, AMIS a surtout permis de différer un engagement plus résolu de la communauté internationale elle-même.

Le 10 mars 2006, l'UA a accepté que sa force AMIS soit remplacée par une Force sous contrôle des Nations unies et a prolongé son mandat de six mois pour en permettre la mise en place. La force des Nations unies devrait être mieux équipée et mieux soutenue sur le plan logistique mais elle se heurtera à des difficultés comparables pour imposer l'application d'accords politiques a minima.

AMIS illustre le paradoxe de l'appropriation africaine qui risque à l'avenir de se définir « par défaut » : tandis que les opinions publiques occidentales ne soutiennent le déploiement de leurs troupes que dans des conditions de risque maîtrisées et pour une durée limitée, des missions particulièrement périlleuses échoient à des troupes mal préparées et mal équipées, dans des conditions de sécurité fortement dégradées.

* 10 African mission in Burundi.