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La France et la gestion des crises africaines :quels changements possibles ?

 

III. LA RÉGIONALISATION  ET L'APPROPRIATION, UNE DÉMARCHE « PAR LE HAUT »

L' « appropriation » africaine est devenue un concept-clé pour la gestion des crises sur le continent, les puissances extérieures y voient un gage de légitimité et un moyen de « partager le fardeau », tandis que pour leur part, les Etats africains y expriment la prise en mains de leur destin.

Le processus d'intégration régionale, relancé dans les années 1990, a conduit à réactiver des projets d'intégration économique forgés après les indépendances et désormais considérés comme indispensables à l'insertion dans le processus de mondialisation: le traité de Windhoek du 17 août 1992 porte création de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) en Afrique australe (succédant à la CCDAA), en Afrique centrale le traité de N'Djamena du 16 mars 1994 porte création de la Communauté économique des Etats d'Afrique centrale (CEEAC) (succédant à l'UDEAC), le traité d'Abuja de 1993, porte révision de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) pour l'Afrique de l'Ouest. L'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) a été créée le 21 mars 1996. Elle a succédé à l'Autorité intergouvernementale sur la sécheresse et le développement (IGADD), créée en 1986 par six pays d'Afrique orientale.

Ces organisations se sont progressivement orientées vers les questions de sécurité tandis que parallèlement, l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) se transformait en Union Africaine (UA) pour renforcer l'intégration à l'échelle continentale.

A. L'UNION AFRICAINE, UNE ORGANISATION EN GESTATION

1. Des objectifs ambitieux et une rupture conceptuelle

En juillet 2001, l'Organisation de l'Unité africaine, créée en 1963, est devenue l'Union africaine.

La nouvelle organisation, dont les structures s'inspirent de celles de l'Union européenne, a pour but d'oeuvrer à la promotion de la démocratie, des droits de l'homme et du développement à travers l'Afrique, notamment par la mise en oeuvre du programme du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD).

LES OBJECTIFS DE L'UNION AFRICAINE :


· Réaliser une plus grande unité et solidarité entre les pays africains et entre les peuples d'Afrique;

· Défendre la souveraineté, l'intégrité territoriale et l'indépendance de ses Etats membres;

· Accélérer l'intégration politique et socio-économique du continent;

· Promouvoir et défendre les postions africaines communes sur les questions d'intérêt pour le continent et ses peuples;

· Favoriser la coopération internationale, en tenant dûment compte de la Charte des Nations Unies et de la Déclaration universelle des droits de l'homme;

· Promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité sur le continent;

· Promouvoir les principes et les institutions démocratiques, la participation populaire et la bonne gouvernance;

· Promouvoir et protéger les droits de l'homme et des peuples conformément à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples et aux autres instruments pertinents relatifs aux droits de l'homme;

· Créer les conditions appropriées permettant au continent de jouer le rôle qui est le sien dans l'économie mondiale et dans les négociations internationales;

· Promouvoir le développement durable aux plans économique, social et culturel, ainsi que l'intégration des économies africaines;

· Promouvoir la coopération et le développement dans tous les domaines de l'activité humaine en vue de relever le niveau de vie des peuples africains;

· Coordonner et harmoniser les politiques entre les Communautés économiques régionales existantes et futures en vue de la réalisation graduelle des objectifs de l'Union;

· Accélérer le développement du continent par la promotion de la recherche dans tous les domaines, en particulier en science et en technologie;

· OEuvrer de concert avec les partenaires internationaux compétents en vue de l'éradication des maladies évitables et de la promotion de la santé sur le continent.

L'Union africaine a mis en place une nébuleuse institutionnelle (Conférence, Conseil exécutif, Commission, Conseil de paix et de sécurité (CPS), Parlement panafricain, ECOSOCC, Cour de justice, Comités Techniques Spécialisés et institutions financières), dont le Conseil de paix et de sécurité, doté d'un centre pour la gestion des conflits et d'une direction pour les opérations de paix.

Avec cette instance, l'Union africaine opère une rupture avec le dogme de la non-intervention qui prévalait dans le cadre de l'OUA. L'Acte constitutif de l'Union africaine prévoit ainsi le droit « d'intervenir dans un Etat membre sur décision de la Conférence, dans certaines circonstances graves, telles que les crimes de guerre, le génocide et les crimes contre l'humanité », ou de répondre au « droit des Etats membres de solliciter l'intervention de l'Union pour restaurer la paix et la sécurité ».

L'UA envisage de pouvoir, d'ici 2010, déployer 15 000 hommes, une force permanente appelée « force africaine en attente » qui comprendrait 5 brigades régionales.