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La France et la gestion des crises africaines :quels changements possibles ?

 

IV. L'UNION EUROPÉENNE, UN ACTEUR NOUVEAU POUR LA SÉCURITÉ EN AFRIQUE

Les relations entre l'Union européenne et l'Afrique sont anciennes et étroites. Les membres fondateurs de la Communauté ont soutenu l'établissement de relations spécifiques avec l'Afrique, formalisées dès 1963 par les accords de Yaoundé.

La relation particulière de l'Europe avec l'Afrique préexiste à la construction de la politique étrangère et de sécurité commune. Elle se concentre surtout sur les questions d'économie et de développement avec la création du Fonds européen de développement (FED), issu de la Convention de Lomé signée en 1975.

La politique étrangère et de sécurité commune est née de la guerre d'ex-Yougoslavie, lorsque le déroulement de ce conflit aux portes de l'Europe eut convaincu les Etats membres les plus réticents de la nécessité de développer des politiques et des instruments d'intervention dans les conflits. L'Afrique apparaît donc comme un sujet nouveau pour « le deuxième pilier ».

Entre les tenants d'une responsabilité mondiale de l'Union européenne et ceux qui considèrent que l'action de l'Union doit se limiter à son environnement immédiat, le consensus est difficilement acquis, au prix d'une certaine ambiguïté et d'approches « au coup par coup ».

L'adoption, en juin 2003, de la Stratégie européenne de sécurité « une Europe sûre dans un monde meilleur », qui établit un lien entre les crises qui affectent le monde et la sécurité européenne, a permis de rapprocher les points de vue.

En intervenant durablement dans la gestion des crises africaines, l'Union européenne élargirait son horizon stratégique, démontrant qu'elle prend acte des conséquences directes, pour ses propres intérêts, des crises qui traversent l'Afrique. Elle affirme désormais sa volonté de contribuer à « faire de l'Afrique un continent stable et prospère ».

Le chemin est toutefois encore long et les difficultés nombreuses, avant que l'Union européenne, acteur de premier plan en Afrique, soit effectivement perçu comme tel.

A. UNE LÉGITIMITÉ PARTICULIÈRE

1. L'Union européenne, un acteur de premier plan en Afrique sub-saharienne

L'Union européenne a un intérêt évident à s'impliquer dans le règlement des crises africaines. Au voisinage direct de l'Afrique, elle subit les effets de toute évolution de la situation du continent africain.

Sur le plan économique, l'Union représente le plus grand marché d'exportation des produits africains, absorbant 85 % des exportations africaines de coton, de fruits et de légumes.

Dans une économie mondialisée qui place l'Union européenne dans une logique de concurrence, notamment face aux nouvelles puissances économiques que sont la Chine et l'Inde, le continent africain est un enjeu.

L'Union européenne est la première source d'aide publique au développement avec 60 % des flux d'aide destinés à l'Afrique. Quelque 4 milliards d'euros seront disponibles annuellement pour l'Afrique sub-saharienne au titre du prochain FED et de ses diverses lignes budgétaires.

Mais cet effort est vain en l'absence de stabilité, et de plus en plus, les problématiques de sécurité et de développement sont liées. Agir pour la stabilité, c'est donc poursuivre l'investissement réalisé en faveur du développement.

En outre, l'ampleur des efforts consentis par l'Union pour le développement justifie qu'elle cherche aussi à obtenir en Afrique des résultats politiques, notamment en faisant valoir un modèle d'intégration, une culture de consensus et une logique de coopération multilatérale.