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L'enseignement agricole : une chance pour l'avenir des jeunes et des territoires

 

II. RENOUER AVEC L'AMBITION : VALORISER LE POTENTIEL DE FORMATION ET RÉAFFIRMER SON IDENTITÉ

A l'issue de ses auditions et de ses rencontres sur le terrain, votre rapporteur a clairement perçu que l'enseignement agricole avait besoin, dans ce contexte de mutation, de transition et d'interrogations, d'un nouveau projet fédérateur, affichant un cap ambitieux et des engagements durables.

S'il apparaît tout d'abord primordial de promouvoir une image plus moderne de cet enseignement, pour lui redonner toute sa place au sein du système éducatif, il est aussi nécessaire d'adapter ses formations aux enjeux d'avenir. Cela suppose de renforcer le pilotage du système, afin de renouer avec la réactivité, la capacité d'innovation et l'excellence qui fondent son efficacité et son identité.

A. CHANGER D'IMAGE : UN EFFORT DE PROMOTION NÉCESSAIRE

Un effort renouvelé et renforcé de communication sur l'enseignement agricole s'avère indispensable, afin d'actualiser une image qui apparaît aujourd'hui souvent décalée.

Ce serait, par ailleurs, un message fort adressé à l'ensemble des partenaires, quant à la volonté de promouvoir ce système de formation et de revendiquer sa place et son rôle au sein du paysage éducatif.

1. Une image restrictive qui ne correspond plus à la réalité

La méconnaissance de l'enseignement agricole, au sein de l'opinion publique comme du système éducatif en général, est perçue comme l'un de ses principaux handicaps : elle est vivement ressentie par les acteurs de l'enseignement agricole, qui se sentent relégués aux marges du système, dans une voie de formation considérée comme « secondaire ».

Confirmant les propos tenus par la quasi-totalité des personnes auditionnées pour la préparation du présent rapport, les résultats de l'enquête menée par l'institut Ifop41(*), à la demande du ministère de l'agriculture posent très clairement le problème de perception dont souffre l'enseignement agricole : en effet, celui-ci « apparaît spontanément méconnu des différentes cibles, sauf pour celles qui y ont été confrontées personnellement (...). Cette méconnaissance favorise la diffusion d'idées reçues autour de l'enseignement agricole et des métiers qui y sont associés, en particulier auprès des jeunes ».

Cette étude relève ainsi que les jeunes et leurs familles en ont une vision « extrêmement restrictive et plutôt négative » : « spontanément, l'enseignement agricole est réduit à la finalité de former au métier d'agriculteur et/ou d'éleveur » ; par ailleurs, « la filière agricole reste destinée, dans les esprits, aux enfants issus du monde agricole ».

Cette perception limitée et quasi caricaturale résulte d'un déficit d'information. Il existe en effet « un véritable décalage de perception selon le niveau de connaissance sur l'enseignement agricole ».

Si, selon la même enquête, une grande partie des professeurs de collège y voient « une filière à part, en dehors de l'éducation nationale, ce qui génère certains blocages et réticences « corporatistes » », l'enseignement agricole bénéficie d'une image beaucoup plus positive auprès des professeurs et des conseillers d'orientation les mieux informés, qui mettent en avant ses atouts, au premier rang desquels le large spectre de passerelles possibles.

Néanmoins, votre rapporteur constate qu'il reste extrêmement rare que des élèves qui n'en font pas spontanément la demande soient orientés vers l'enseignement agricole.

Pourtant, cette filière pourrait correspondre aux aspirations de nombre d'entre eux, de par son caractère concret et les multiples débouchés qu'elle offre, en phase avec des préoccupations de plus en plus actuelles et des centres d'intérêt des jeunes générations, comme l'environnement.

2. Les enjeux de l'information et de l'orientation

a) Sensibiliser les jeunes et les acteurs du système éducatif

Alors qu'il existe une certaine profusion de documentations -via les brochures de l'ONISEP42(*) ou le portail de l'enseignement agricole récemment ouvert sur Internet par le ministère de l'agriculture (www.portea.fr)- il semble, toutefois, que cette information n'atteint pas forcément sa cible.

L'enseignement agricole reste en grande partie l' « oublié » du système d'orientation. Cela vaut à la fois pour l'orientation « vers » et « dans » l'enseignement agricole :

- en amont, l'inscription dans un établissement d'enseignement agricole est parfois vécue par les familles comme un véritable « parcours du combattant » ; l'éducation nationale est peu encline, bien souvent, à y envoyer « ses » élèves ; aussi, cette orientation ne fait pas partie des choix qui leur sont conseillés en fin de 3e ou de Terminale notamment ;

- au sein de l'enseignement agricole, les élèves ne bénéficient pas des services des conseillers d'orientation, qui n'interviennent qu'en direction des jeunes scolarisés dans des collèges et lycées relevant de l'éducation nationale.

Ces constats appellent à dépasser les logiques de concurrence pour avancer vers une collaboration renforcée avec les services ou organismes relevant de l'éducation nationale.

Il s'agit, tout d'abord, de sensibiliser les différentes « cibles » -les jeunes et leur famille, les professeurs principaux de collège et de lycée, les conseillers d'orientation et directeurs des centres d'information et d'orientation (CIO)- à l'intérêt et aux atouts de l'enseignement agricole, de mieux faire connaître ses filières et débouchés, de présenter les cursus qu'il est possible d'y suivre et les passerelles existantes.

Un progrès serait, ensuite, de généraliser l'intégration des formations relevant de l'enseignement agricole dans la « carte des formations » diffusée au niveau de chaque académie, et d'harmoniser les procédures43(*) informatisées d'affectation des élèves en fin de 3e, qui varient d'une région à l'autre.

En outre, des partenariats et rencontres gagneraient à se développer entre chefs d'établissement de l'éducation nationale et de l'enseignement agricole d'un même bassin de formation, comme cela se fait déjà par endroits.

La mise en place, depuis la rentrée 2005, de l'option ou module de « découverte professionnelle » proposés aux élèves de 3e, constitue une opportunité de présenter les formations relevant de l'enseignement agricole et les métiers préparés, dans le cadre de visites d'établissements ou de séquences d'information.

De façon générale, sur le modèle de l'opération « A l'école de la forêt », les échanges avec l'éducation nationale sont à intensifier pour sensibiliser les écoliers, collégiens ou lycéens aux thématiques de l'alimentation, de l'environnement, aux sciences de la nature et du vivant : les exploitations agricoles, ateliers technologiques et les équipements techniques dont disposent les établissements d'enseignement agricole sont pour cela d'excellents supports pédagogiques à mieux valoriser.

L'OPÉRATION « À L'ÉCOLE DE LA FORÊT » :
UN EXEMPLE DE COOPÉRATION RÉUSSIE

Définie et mise en place en 1990, l'opération a pour objectif de faire découvrir aux élèves de classes primaires la forêt, ses différentes fonctions et sa gestion durable, les produits du bois, ses dérivés et les métiers.

Environ 1200 classes et 30 000 élèves y participent chaque année.

500 projets sont labellisés dans toute la France. Ils portent au moins sur une année scolaire et sont intégrés au projet d'école. Le label apporte un soutien technique au projet de l'enseignant de classe primaire.

L'opération, qui s'intègre dans les programmes d'éducation à l'environnement vers un développement durable, repose sur la démarche d'investigation (observations, enquêtes, visites, recherches de documents, expérimentation) et permet l'implication des élèves dans une action concrète (plantation, aménagement, réalisation d'objets en bois...).

Les objectifs de cette opération sont centrés sur la compréhension des relations de l'homme et de la forêt. L'intérêt pédagogique est notamment de développer la curiosité des élèves sur leur environnement de proximité.

b) Associer les milieux professionnels à l'effort collectif de promotion des filières de formation et des métiers

Alors que des initiatives sont prises ici et là pour valoriser un établissement, une filière ou un secteur de formation, l'information sur l'enseignement agricole gagnerait en efficacité et en portée en étant également gérée de façon plus collective et mieux coordonnée.

A cet égard, la récente Agence française d'information et de communication agricole et rurale (AFICAR), installée le 27 mars dernier par le ministre en charge de l'agriculture, constitue un outil approprié pour valoriser les filières de l'enseignement agricole et les métiers auxquels il prépare. En effet, cette agence a pour mission de « restaurer le lien de proximité entre le monde agricole et le grand public ».

L'AGENCE FRANÇAISE D'INFORMATION
ET DE COMMUNICATION AGRICOLE ET RURALE (AFICAR)

Créée par la loi du 23 février 2005 relative au développement des territoires ruraux, l'AFICAR est un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), placé sous la tutelle du ministère de l'agriculture.

Présidée par M. Philippe Vasseur, ancien ministre de l'agriculture, de la pêche et de l'alimentation, elle réunit des représentants de l'État et des organismes professionnels. Elle doit devenir, selon les mots de son président, un dispositif fédérateur, « un lieu de convergence où sont balayés les préjugés ».

Le premier conseil d'administration de l'AFICAR a été installé le 27 mars 2006 par M. Dominique Bussereau, ministre de l'agriculture et de la pêche. Comme ce dernier l'a alors souligné, « l'AFICAR doit promouvoir une image positive, dynamique et innovante de l'agriculture. Pour cela, l'agence devra s'appuyer sur un projet d'envergure capable de consolider les liens entre l'agriculture et la société. »

Ses missions sont triples :

- promouvoir une image renouvelée de l'agriculture, en valorisant les métiers, les territoires et les produits qui en sont issus, les paysages, l'alimentation, etc. ;

- rétablir auprès des consommateurs le lien existant entre leur animation et les matières premières ou les produits qui en sont à l'origine ;

- assurer la cohérence et la coordination des actions de communication réalisées par chacun des acteurs des secteurs concernés : agriculture, pêche, alimentation, affaires rurales.

Dès cet été, l'AFICAR a lancé deux opérations en direction des enfants (un jeu-concours pour les centres de loisirs et 200 000 jeux de l'oie distribués sur les aires d'autoroutes, les gares et les aéroports), sur le thème : « L'agriculture, elle sait tout faire » (alimentation, chimie verte, textile-habillement, environnement, biocarburants).

En outre, le site Internet grand public de l'agence -www.toutelagriculture.fr- a été inauguré le 11 juillet dernier. Il propose notamment des dossiers thématiques sur des applications innovantes et inattendues de l'agriculture, des fiches pédagogiques pour les enseignants, etc. Enfin, un « train-forum-exposition » circulera dans toutes les régions de France, du 1er au 22 février 2007.

En outre, les médias régionaux et nationaux, ainsi que les élus locaux, sont d'autres cibles à sensibiliser, en vue d'appuyer et de relayer plus largement ces efforts de communication et d'information.

Par ailleurs, les organisations et branches professionnelles doivent collaborer, en lien étroit avec les acteurs « institutionnels » nationaux et régionaux, par exemple dans le cadre de conventions de coopération, à la promotion des métiers des filières agricoles.

Les secteurs qui souffrent d'une pénurie de recrutement, en raison de l'image négative qui leur est rattachée, sont les premiers concernés. C'est notamment le cas des métiers des industries agroalimentaires -dans le secteur de la viande en particulier- ou de l'agroéquipement, perçus par les jeunes comme pénibles et peu rémunérateurs. Or ils offrent aux diplômés de nombreux débouchés et la quasi-certitude de trouver un emploi.

En effet, comme l'a rappelé M. Dominique Bussereau, ministre de l'agriculture et de la pêche, le 10 octobre dernier, à l'occasion des Premières Assises de l'industrie alimentaire, les opportunités offertes par ce secteur -qui représente, avec 400 000 salariés et 10 000 entreprises, le deuxième gisement d'emplois industriels en France- sont insuffisamment exploitées puisque « chaque année, 10 000 emplois offerts ne trouvent pas preneurs ». Il est donc essentiel d'accroître l'attractivité de ces métiers pour favoriser les recrutements : la délégation interministérielle aux industries agroalimentaires, confiée à M. Nicolas Forissier, ancien secrétaire d'État à l'agriculture, à l'alimentation, à la pêche et aux affaires rurales, devrait y contribuer.

A l'heure où le débat sur le système éducatif et universitaire se focalise sur les préoccupations liées à l'insertion professionnelle des diplômés, le souci de l'adéquation entre l'orientation des élèves, l'offre de formation et la demande des secteurs doit continuer de faire l'objet de toutes les attentions. C'est en effet l'une des principales forces de l'enseignement agricole que d'y avoir répondu, jusqu'à présent, avec succès.

3. Mieux communiquer : une dénomination à repenser

Dans le sens d'une meilleure communication sur la diversité des formations et des métiers préparés, votre rapporteur a pu constater un consensus, chez les personnes auditionnées, sur la nécessité de repenser la dénomination de l'enseignement agricole, ou, pour le moins, de lui retrouver un « slogan » fédérateur, tel que le fut « le savoir vert »44(*) il y a quelques années.

Il s'agit notamment d'actualiser et de valoriser l'image de cet enseignement, pour mettre fin à l'assimilation restrictive et connotée qui perdure, dans les esprits, entre cette filière et le « monde paysan ».

Ce souhait unanime d'abandonner l'appellation d'enseignement « agricole » ressort également de l'enquête de l'IFOP précitée, sans toutefois qu'une formulation adéquate n'émerge des propositions avancées -suggérant, notamment, de la compléter avec les termes « environnement », « métiers », « sciences du vivant », etc-.

M. François Grosrichard évoque, quant à lui, en conclusion de son rapport, « l'enseignement agricole et rural » et les « lycées des espaces ruraux ».

Votre rapporteur partage cette conviction que la dénomination actuelle ne sert pas la promotion d'un système de formation ancré dans la modernité. Il s'agit donc de l'élargir, autour du socle « agricole », auquel les professionnels des secteurs sont attachés.

Un « enseignement aux métiers de l'agriculture, de l'environnement et du développement rural » permettrait d'être plus parlant sur ce qu'est vraiment ce système de formation, tout en mettant mieux en avant des facettes attractives et pleines d'avenir :

- en soulignant la « finalité métier » d'un système de formation ancré dans les réalités de son environnement professionnel ;

- en valorisant des champs de formation émergents, qui correspondent à des créneaux porteurs.

* 41 « Etude d'image sur l'enseignement agricole » réalisée par l'Ifop pour le ministère de l'agriculture en janvier 2006, à partir d'une enquête menée auprès de jeunes urbains, de jeunes ruraux, de professeurs principaux, parents d'élèves, conseillers d'orientation et responsables de centres d'information et d'orientation.

* 42 Office national d'information sur les enseignements et les professions.

* 43 Procédure « PAM » (pré-affectation automatisée multicritères).

* 44 L'EPLEFPA d'Auzeville, où s'est rendu votre rapporteur lors de son déplacement à Toulouse, a choisi, pour la communication, le slogan « La Cité des Sciences vertes ».