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Regards sur l'enseignement supérieur et l'action culturelle des Etats-unis : l'autonomie au service de la diversité

 

II. UNE ACTION CULTURELLE ÉCLATÉE ENTRE DE MULTIPLES ACTEURS

Les Etats-Unis ne disposent pas plus d'un ministère de la culture fédéral qu'ils ne se sont dotés d'un ministère de l'éducation nationale à part entière.

Il n'existe pas, en conséquence, aux Etats-Unis de politique culturelle relevant de la responsabilité de l'Etat, et les tentatives de l'exécutif pour renforcer son influence en ce domaine se sont toujours heurtées à l'opposition du Congrès. La vie culturelle, d'une très grande richesse et d'une très grande diversité, relève très largement, aux Etats-Unis de ce que l'on appelle la « philanthropie ». Elle prend la forme d'une mosaïque d'actions culturelles reposant sur une multitude d'organismes, le plus souvent privés et à but non lucratif, qui constituent une sorte d'« économie culturelle non marchande13(*) ».

En outre, et contrairement à la France qui privilégie un financement public direct de la culture, et qui a dû surmonter une certaine réticence naturelle à l'égard de l'argent privé pour encourager le mécénat, les Etats-Unis sont, au contraire, par tradition, très hostiles à tout ce qui pourrait passer pour une culture d'Etat ou pour une forme de contrôle de l'Etat sur la culture. Si le secteur public contribue cependant, dans une mesure plus importante qu'on ne le dit parfois au financement des arts et de la culture, c'est surtout à travers des formes de partenariat qui mêlent financements publics et financements privés, ou plus encore, peut-être, à travers une fiscalité extrêmement favorable au développement de la philanthropie.

Les visites que la délégation a effectuées à la « National Gallery of Art », au « John Kennedy Center for the performing arts », et les nombreux responsables d'institutions culturelles qu'elle a rencontrés, lui ont permis de mieux saisir l'originalité foncière d'un système si opposé au système français, où l'Etat fédéral essaie de se faire aussi discret que possible, et où les institutions et les mécanismes clefs sont de nature privée.

A. LE RÔLE OSTENSIBLEMENT MODESTE DES POUVOIRS PUBLICS

Contrairement à la France, où le pouvoir central revendique ostensiblement son rôle de protecteur des arts et de garant de la démocratisation de la culture, l'Etat fédéral américain se montre par tradition aussi discret que possible dans le soutien, non négligeable, qu'il apporte à l'action culturelle. Le président Kennedy, qui était partisan d'une plus grande implication de son administration dans la vie culturelle, disait toutefois prudemment que cette action devait être menée « sans fanfare ».

1. La tradition américaine : un domaine qui ne doit relever que de l'initiative privée

Comme l'ont souligné certains des interlocuteurs de la mission, en particulier, M. Leonar L. Silverstein, président de la French american Foundation, dans la tradition américaine, la culture relève de l'initiative privée et non de la responsabilité d'Etat.

Cette tradition remonte aux premiers colons, qui fuyant des persécutions religieuses ou politiques, étaient très attachés à la défense de la liberté contre d'éventuels empiétements des pouvoirs publics. Arrivant en outre sur une terre où tout était à construire, ils ont dû compter tout d'abord sur leur esprit d'initiative et d'entraide mutuelle pour répondre aux besoins communs, sans attendre qu'une organisation de type étatique s'en charge. Dans « de la démocratie en Amérique », Alexis de Tocqueville a bien compris combien l'initiative privée et l'esprit associatif étaient consubstantiels à la culture américaine.

Cette impulsion originelle est restée très présente aujourd'hui, dans la société américaine, et elle règne sans trop de partage dans un certain nombre de secteurs, et tout particulièrement dans celui de la culture.

Il est très significatif de cette méfiance à l'égard de l'Etat qu'un écrivain comme Walt Whitman, qui constitue en quelque sorte le poète symbole de l'Amérique au XIXe, ait critiqué la littérature européenne comme ayant « ses origines dans les cours » [royales] et comme sentant « les faveurs du prince » au rebours de la littérature américaine qui devait, selon lui, refléter le peuple dans sa diversité.

* 13 C'est la notion que propose notamment Frédéric Martel dans un ouvrage récent qui a vocation à devenir un ouvrage de référence « De la culture en Amérique », Gallimard 2006, cf. page 365.