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La bataille des centres de décision : promouvoir la souveraineté économique de la France à l'heure de la mondialisation (rapport)

 

b) Les liens tissés avec les pays d'adoption
(1) L'insertion dans le système local

Les dirigeants d'un centre décisionnaire se trouvent de fait insérés dans le système économique et social du pays d'accueil et doivent rendre aussi des comptes aux autres parties prenantes de cet environnement territorial.

Quel que soit son niveau d'autonomie vis à vis de la maison-mère, son degré d'intégration dans la culture locale, ou même la nationalité des dirigeants, l'entreprise en question entretient par exemple des relations plus étroites avec les pouvoirs publics de l'Etat où elle réside qu'avec ceux des autres pays. Il est en effet plus naturel pour le ministre de l'Economie et des finances français de s'adresser à un dirigeant du siège européen d'un groupe américain basé à la Défense que si celui-ci était installé à Francfort, ce qui multiplierait les obstacles à l'échange. A l'inverse, un élu local français disposant d'une unité industrielle de Pechiney sur son territoire et qui souhaite trouver des interlocuteurs pour évoquer l'avenir stratégique de ce site devra désormais se rendre à Montréal, où se trouve le siège d'Alcan, qui a racheté Pechiney en 2003.

Ceci appelle, vis-à-vis de ce pays du siège, une plus grande attention et in fine une plus grande implication des dirigeants.

On considère ainsi que la localisation en France du siège de Motorola pour l'Europe a facilité les discussions des représentants du groupe américain avec les promoteurs du centre de développement de composants nanométriques109(*) de Crolles près de Grenoble.

La proximité a en effet permis d'entretenir dès la phase d'étude du projet un dialogue continu qui a abouti en 2002 à la constitution de « l'Alliance » entre Motorola Semi-Conductors (aujourd'hui appelé Freescale), STMicroelectronics et Philips semi-conducteurs.

La continuité et l'intensité de ces échanges ont d'ailleurs été aussi facilitées par le fait que, situé en France, Motorola Europe disposait d'un management français, de surcroît en contact permanent dans la préparation de ce projet, avec M. Michel Mayer, président de l'ensemble de Motorola Semi-Conductors, qui se trouvait lui aussi être français et avait travaillé sur les sites de recherche grenoblois.

(2) L'avocat de son territoire d'accueil

La mission commune d'information a constaté que les responsables de centres de décisions secondaires étaient en fait appelés à défendre leurs projets devant les instances centrales de leur groupe afin d'obtenir l'autorisation d'engager des actions stratégiques. Davantage soumis à la pression de son pays de domiciliation, il y a alors une fois de plus fort à parier qu'un responsable pour l'Europe basé à Paris défendra avec plus de force un projet s'il est situé dans notre pays.

Il ressort d'ailleurs qu'indépendamment même de toute pression locale ou de tout parti pris, le territoire siège d'un centre de décisions peut être tout simplement avantagé parce qu'il est simplement mieux connu des dirigeants.

* 109 A commencer par un laboratoire grenoblois du Commissariat à l'énergie atomique, le Leti (Laboratoire d'électronique et de technologies de l'information).