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La bataille des centres de décision : promouvoir la souveraineté économique de la France à l'heure de la mondialisation (rapport)

 

2. Les effets positifs de l'intégration au sein d'ensembles d'envergure mondiale

Il ne faut pas méconnaître les avantages consécutifs aux prises de contrôle ; cela n'est pas contestable s'agissant d'entreprises en difficulté mais peut concerner également des entreprises en croissance. Des alliances « entre égaux » peuvent également être créatrices de synergies favorables à l'économie française.

a) Les conséquences jusqu'ici favorables de certains investissements étrangers

On a pris des exemples correspondant à ces deux cas de figure.

(1) L'entrée du CCF au sein d'HSBC : décentralisation et effet de marque

Seule banque française à être à ce jour passée sous contrôle étranger137(*), l'ex Crédit commercial de France (CCF) (aujourd'hui HSBC France) a incontestablement bénéficié de cette opération en terme d'activité et d'emplois en France et ce pour deux types de raison, les unes relativement classiques, les autres plus spécifiques.

D'une part, de façon similaire à ce qui a été obtenu par l'industrie138(*), l'acquisition par un groupe étranger a permis une meilleure valorisation de la matière grise française, désormais mise au service d'un ensemble productif plus vaste. Dans le cas d'HSBC, il s'est agi pour le groupe de tirer pleinement parti de l'avantage de compétences reconnues dans le domaine des mathématiques financières.

Il a ainsi été décidé de faire de la France la plateforme mondiale du groupe pour tous les produits d'asset management faisant appel à des techniques de garanties financières ainsi que les produits dérivés sophistiqués de taux et d'actions.

La restructuration de l'ensemble de ce secteur s'est traduite par des délocalisations d'emplois vers la France et donc un gain net d'emplois pour celle-ci.

D'autre part, l'entité française a pu bénéficier de l'effet de la marque HSBC, banque globale très présente en Asie, ayant une véritable signification de sécurité pour des clients géographiquement mobiles139(*). Attirés par cette marque et par les réseaux à l'étranger qui lui sont associés, de nouveaux clients particuliers et professionnels sont ainsi venus s'ajouter à ceux du CCF.

Dans le cas d'HSBC, la marque semble avoir constitué réellement un apport de substance du groupe à sa filiale française. D'ailleurs, alors que la partie française avait obtenu, lors du rachat en 2000, que le nom CCF soit conservé140(*), c'est à l'initiative du nouveau dirigeant que la filiale française141(*) que la marque HSBC a été adoptée.

Toutefois, à partir du moment où le centre de décision principal est situé à Londres, dès lors que les Anglais sont majoritaires au management board, on peut dire que l'entreprise est culturellement anglaise : l'histoire particulière de cette banque est d'abord - comme son nom l'indique - celle d'une compagnie financière fondée par un Ecossais de Hong-Kong et qui s'était principalement développée en Chine continentale. Cette expansion ayant été interrompue par l'avènement du communisme en Chine, le groupe s'est alors engagé dans une croissance externe dans le reste de l'Asie, mais aussi en Amérique et en Europe. Ce n'est qu'en 1993 que le siège central du groupe a du être transféré à Londres, conformément à une exigence de la Banque d'Angleterre à la suite du rachat d'une banque de ce pays. Vécue comme une contrainte, voire un déchirement, en même temps que récente, cette délocalisation du centre de décision n'a pas changé la culture du groupe.

La volonté première du développement de ses filiales - acquises par croissance externe - dans leur contexte local142(*) est sans doute une des clés de l'apport de potentiel de développement au CCF qu'a constitué son intégration dans HSBC.

Ceci étant dit, l'histoire de l'intégration du CCF au groupe HSBC n'est pas terminée et le bilan positif que l'on est en mesure de tirer en l'état actuel des choses -et des informations dont dispose la mission commune d'information-, devrait subir l'épreuve du temps et notamment du changement de contexte économique général consécutif à un différentiel de croissance désormais nettement défavorable à l'Europe de l'Ouest, sachant que la maison mère de Londres exerce une tutelle très étroite sur sa filiale française143(*).

* 137 A la suite d'une opération d'acquisition à 100 % réalisée en 2000.

* 138 Cf. supra le cas d'Arcelor-Mittal et surtout d'Alcan.

* 139 Tels que l'ouverture de comptes jeunes à l'étranger ou les services de transfert d'argent.

* 140 Et que seul le logo rouge et blanc serait adopté.

* 141 M. Charles-Henri Filippi ayant remplacé M. Charles de Croisset en janvier 2005.

* 142 Ces entités étant de surcroît des entreprises nationales rachetées.

* 143 M. Charles-Henri Filippi doit être ainsi remplacé par un Britannique au 1er septembre 2007, dans ses fonctions de directeur général de l'entreprise.