Allez au contenu, Allez à la navigation



La bataille des centres de décision : promouvoir la souveraineté économique de la France à l'heure de la mondialisation (rapport)

 

3. L'importance de la localisation du siège social juridique

Comme on l'a déjà souligné en première partie en s'appuyant notamment sur une citation de M. Jean-Cyril Spinetta, président-directeur général d'Air France-KLM, « Le lieu du siège social est (à mon sens) un élément important. »

De façon plus explicite, M. Jean François Dehecq, président du conseil d'administration de Sanofi-Aventis, a exposé le rôle déterminant qu'avait joué, dans la stratégie de développement de son groupe, la localisation du siège social de ce dernier : « Jamais je n'aurais pu faire Aventis si le centre avait été en Allemagne ; heureusement, quand Jean-René Fourtou a fait Aventis, il a positionné le siège social à Strasbourg. Même si tout était géré depuis les Etats Unis et l'Allemagne, juridiquement, le siège social était à Strasbourg. [...] Les Américains dirigeaient mais le siège social était là, sans aucun pouvoir du monde germanique pour empêcher cette opération par des moyens juridiques. [...] Si le siège social n'avait pas été en France, on ne l'aurait jamais fait. Ce serait parti chez Novartis, en Suisse, ou aux Etats-Unis. »

Bien évidemment, ces effets d'ancrage de la culture comme de la direction des entreprises sont portés à leur intensité maximale lorsque le siège social statutaire correspond à un centre de décision authentique. A l'inverse, le simple choix de situer à l'étranger le siège juridique peut entraîner, à plus ou moins longue échéance, une perte de substance de l'identité nationale de l'entreprise en cause.

M. Christian Streiff, président-directeur général du groupe PSA Peugeot-Citroën, a clairement exprimé ce point de vue : « Il s'agit peut-être d'un raccourci, mais j'estime qu'Arcelor a commencé à ne plus être français à partir du moment où l'on a accepté que son siège social s'installe au Luxembourg, et dès que Francis Mer a renoncé à la coprésidence simultanée. Ce siège social est un point de repère pour tous les cadres dirigeants. »

M. Henri de Castries, président du directoire d'Axa, a également mis cet aspect en relief, à partir d'un autre exemple : « Schlumberger, dont le centre de décision et l'actionnariat étaient français à l'origine, a déplacé son centre de décision ; on a presque oublié aujourd'hui que Schlumberger a un jour été un groupe français. » Il a ainsi présenté l'hypothèse où le siège du groupe Axa, aujourd'hui à Paris, se trouverait déplacé à Bruxelles, à Londres ou à New York : « La première année, aucune différence ne serait visible. Au bout de cinq à dix ans, la différence serait considérable. »