Allez au contenu, Allez à la navigation



Médias et enseignement supérieur au Japon et en Corée du sud : entre traditions et modernité

 

N° 402

SÉNAT

SESSION EXTRAORDINAIRE DE 2006-2007

Annexe au procès-verbal de la séance du 19 juillet 2007

RAPPORT D'INFORMATION

FAIT

au nom de la commission des Affaires culturelles (1) à la suite d'une mission effectuée en Corée et au Japon du 25 mars au 1er avril 2007,

Par MM. Jacques VALADE, Jean-Léonce DUPONT, Mme Monique PAPON, MM. Serge LAGAUCHE, Louis de BROISSIA, Jean-François HUMBERT, Jean-Marc TODESCHINI et Mme Annie DAVID,

Sénateurs.

(1) Cette commission est composée de : M. Jacques Valade, président ; MM. Ambroise Dupont, Jacques Legendre, Serge Lagauche, Jean-Léonce Dupont, Ivan Renar, Michel Thiollière, vice-présidents ; MM. Alain Dufaut, Philippe Nachbar, Pierre Martin, David Assouline, Jean-Marc Todeschini, secrétaires ; M. Jean Besson, Mme Marie-Christine Blandin, MM. Jean-Marie Bockel, Yannick Bodin, Pierre Bordier, Louis de Broissia, Jean-Claude Carle, Jean-Pierre Chauveau, Gérard Collomb, Yves Dauge, Christian Demuynck, Denis Detcheverry, Louis Duvernois, Jean-Paul Émin, Mme Françoise Férat, M. Bernard Fournier, Mme Brigitte Gonthier-Maurin, MM. Philippe Goujon, Jean-François Humbert, Mme Christiane Hummel, MM. Soibahaddine Ibrahim, Alain Journet, Philippe Labeyrie, Pierre Laffitte, Mme Valérie Létard, M. Simon Loueckhote, Mme Lucienne Malovry, MM. Jean Louis Masson, Jean-Luc Mélenchon, Mme Colette Mélot, M. Jean-Luc Miraux, Mme Catherine Morin-Desailly, M. Bernard Murat, Mme Monique Papon, MM. Jean-François Picheral, Jack Ralite, Philippe Richert, Jacques Siffre, René-Pierre Signé, Robert Tropéano, André Vallet, Jean-François Voguet.

INTRODUCTION

Mesdames, Messieurs,

Une délégation de la commission des affaires culturelles s'est rendue au Japon et en Corée du sud du 25 mars au 1er avril 2007.

Alors que l'année 2006 a été marquée par la célébration du 120ème anniversaire des relations diplomatiques franco-coréennes et que 2008 permettra de fêter le 150ème anniversaire des relations franco-japonaises, cette mission a permis à la délégation de mesurer in vivo l'intensité et la qualité des liens privilégiés unissant la France à ces deux pays.

Mais ce déplacement a surtout permis à ses membres d'étudier sur place deux dossiers au coeur de l'actualité politique française, apportant ainsi un éclairage nouveau et des informations complémentaires concernant deux secteurs récemment réformés ou en voie de l'être.

Le premier a trait aux évolutions structurelles du secteur des médias. Moins d'un mois après la promulgation de la loi n° 2007-309 relative à la modernisation de la diffusion audiovisuelle et à la télévision du futur confortant le cadre juridique de la télévision numérique terrestre et fixant les règles nécessaires à la démocratisation de la haute définition et des services de télévision mobile personnelle, cette mission était l'occasion pour ses membres de découvrir le fonctionnement de ce type de services dans deux pays réputés être à l'avant-garde en matière de diffusion numérique.

Le second sujet concerne les modalités et les enjeux de la réforme du système universitaire japonais. A l'heure où la France réfléchit à la modernisation de ses universités, la mission sénatoriale a eu accès aux laboratoires de recherche de l'université de Tokyo et a pu rencontrer des responsables politiques et des acteurs universitaires de premier ordre afin de décrypter les tenants et les aboutissants de la récente réforme de l'enseignement supérieur nippon destinée à favoriser la compétitivité des établissements.

Propice à la réflexion, riche en enseignements, bousculant parfois les clichés et les idées reçues sur deux sociétés préoccupées par le déclin de leur natalité, cette mission a permis de constater que, dans certains pays, la tradition pouvait parfois se concilier harmonieusement avec la modernité.La délégation tient à remercier l'ensemble des interlocuteurs qu'elle a rencontrés, pour la qualité de leur accueil et de leurs explications, ainsi que les services diplomatiques, qui ont apporté une contribution décisive au bon déroulement de ce déplacement, et tout particulièrement M. Gildas Le Lidec, ambassadeur de France au Japon, et M. Philippe Tiébaud, ambassadeur de France en Corée du Sud.

I. DES MÉDIAS CORÉENS ENTRE TRADITIONS ET MODERNITÉ

Loin de rester cantonner dans le rôle de « suiveur » auquel certains analystes l'avaient réduite à la fin des années 80, la Corée a su prendre le virage du numérique pour développer des produits et des technologies qui font aujourd'hui florès dans tous les pays industrialisés.

Le pays propose ainsi à ses habitants, tant en matière de presse qu'en matière de services audiovisuels, un paysage médiatique pluraliste, qui a su rompre avec ses anciennes tutelles politiques et industrielles.

A. UNE MUTATION RÉUSSIE

Au cours des quinze dernières années, le paysage médiatique coréen s'est radicalement réformé sous l'effet de deux évènements majeurs : la démocratisation du pays et la crise économique de 1997.

1. De la tutelle étatique à « l'Hallyu »

L'élection de Kim Young-sam à la tête de la République de Corée en 1993 représente un évènement de première importance pour le secteur des médias coréens. C'est en effet à cette occasion que ces derniers ont pu s'émanciper de la tutelle étatique et critiquer fermement la politique des gouvernements en place, devenant ainsi de véritables contre pouvoirs.

Après des années de régime autoritaire, la Corée s'est en effet rapidement démocratisée et s'est ouverte sur le monde extérieur, Kim-Young-sam faisant même de la « globalisation » une priorité nationale dans son discours du 18 novembre 1994.

Parallèlement à cette nouvelle politique gouvernementale, la création de l'OMC en 1995 puis l'accession de la Corée à l'OCDE en 1996 ont incité les médias locaux à entrer sur la scène internationale.

Dix ans plus tard, les membres de la mission ont pu constater le succès de cette stratégie : « l'ouverture » a permis aux talents coréens de l'industrie audiovisuelle de pénétrer les marchés des pays voisins. De nombreuses séries télévisuelles coréennes ont ainsi établi des records d'audience en Chine, mais aussi au Japon, à Taiwan, en Thaïlande et aux Philippines.

Ce phénomène de mode extraordinaire dont a bénéficié la culture de masse sud-coréenne est connu sous le nom d'« Hallyu » ou de « Vague coréenne ». Des milliers de jeunes de cette partie du monde sont en effet devenus de fervents admirateurs de la culture de masse sud-coréenne telle que présentée par les séries télévisées, les chansons et les films et plusieurs célébrités sud-coréennes jouissent d'une popularité beaucoup plus grande que les chanteurs ou les acteurs japonais et américains.

2. Les séquelles de la crise économique de 1997

La crise économique de 1997 constitue un deuxième évènement majeur dans la profonde transformation du paysage médiatique coréen.

Au plan social et industriel, celle-ci s'est traduite par d'importantes vagues de licenciements et par le retrait des Chaebols du secteur de la presse : Hyundai a ainsi abandonné sa participation dans le Munhwa Ilbo, Hanwha a vendu le Kyunghyang Shinmun alors que Samsung et le Joon-ang Ilbo se sont séparés après leur restructuration.

Cette mutation capitalistique s'est doublée d'un véritable mouvement de défiance à l'égard de l'ensemble du secteur. Les médias ont en effet été sévèrement critiqués pour leur incapacité à prévenir la population de l'imminence de l'évènement et ont du faire face à une grave crise de confiance.

Ce phénomène a été encore amplifié par la multiplication des tensions entre les médias historiques et une partie de la classe politique. Au cours du mandat de Kim Dae-jung (1998-2002) l'affrontement a même pris une nouvelle dimension : en janvier 2001, les éditeurs et présidents des trois principaux quotidiens sont arrêtés pour évasion fiscale.