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La Hongrie : un partenaire stratégique pour l'économie française

 

C. DES LIENS QUI DÉBORDENT LA SPHÈRE STRICTEMENT ÉCONOMIQUE

Si la délégation de votre commission des affaires économiques avait pour premier objectif d'appréhender la dimension économique du rapprochement franco-hongrois, elle a pu percevoir que ce rapprochement débordait de la sphère strictement économique.

1. Une grande tradition viticole ranimée par des professionnels français dans la région du Tokaj

La viticulture appartient à l'histoire et à la culture hongroise : la production vitivinicole remonterait à l'époque romaine.

La surface plantée en vigne est aujourd'hui de l'ordre de 90.000 ha de vignes, lesquelles produisent environ 3 à 4 millions d'hl de vin par an.

Parmi les 22 régions viticoles de la Hongrie, celle de Tokaj, qui se situe sur le versant sud du Zemplen, au Nord-Est de la Hongrie, et possède un sol volcanique recouvert de loess, bénéficie sans doute de la plus grande renommée internationale en raison de la qualité du vin « Tokaj Aszu ».

Aujourd'hui, la très grande majorité de la production est destinée à la consommation domestique : seuls 20 à 25 % de la production hongroise de vin sont destinés à l'exportation, ce qui a représenté en 2006 745.000 hl. Ce chiffre doit être comparé à celui de 1989, année où les exportations hongroises atteignaient 2,2 Mhl. En effet, la Hongrie s'est longtemps située, avec plus de 5 % des échanges mondiaux, parmi les principaux pays exportateurs de vin au monde (marché du bloc de l'Est) mais elle n'en fait plus partie dorénavant, du fait de l'intensification de la concurrence sur le marché mondial du vin23(*).

Si la Hongrie exporte à plus de 80 % vers l'Union européenne, l'essentiel du volume exporté consiste aujourd'hui en vins de faible qualité en vrac.

Ce sont des vins de toute autre qualité que la délégation a pu découvrir dans la région de Tokaj : première appellation de grands liquoreux au monde, le Tokaj est un grand vin, « vin des rois, roi des vins » selon Louis XIV. Ses arômes de coing, d'abricots confits et de miel ont émerveillé chaque membre de la délégation. Il se distingue surtout par sa longueur inouïe et son retour en bouche, qu'Alexandre Dumas aurait comparés à une « queue de paon »... Sa richesse réside dans les grains de raisin Aszu (ce qui signifie « desséché » en hongrois) utilisés pour sa fabrication.

Ces grains, de cépage Furmint, Harslevelü et Muscat, sont, dans les meilleurs années, victimes d'une pourriture noble (on les dit « botrytisés24(*) ») mais également desséchés par surmaturation. Cette botrytisation permet de concentrer naturellement les raisins et d'en modifier la composition chimique, la pulpe se transformant en une sorte de confiture dorée riche en sucre et en acidité (le grain devient passerillé et sec). Cette concentration naturelle rend souvent inutile le recours à la chaptalisation (ajout de sucre). Ramassés à la main grain par grain, ces raisins sont les plus chers du monde.

La délégation a pu découvrir différents vins de Tokaj, grâce à M. Samuel Tinon, vinificateur international d'origine bordelaise, premier français à être venu dans le Tokaj en 1991, juste avant la privatisation de la ferme d'Etat qui a permis à plusieurs sociétés d'assurance françaises de s'installer. Il y sélectionne des grains Aszu et cultive lui-même deux hectares de vigne, qui lui procurent le vin de base dans lequel doivent macérer, plus ou moins longtemps, les grains Aszu, trop concentrés pour être pressés tels quels.

Tombé dans l'oubli, le savoir-faire du Tokaj a été ranimé depuis une quinzaine d'années : les vignes ont été replantées sur les coteaux, les caves se sont multipliées et le cru retrouve son lustre d'antan. Aimablement reçue par M. Tinon et son épouse, journaliste viticole, la délégation a aussi rencontré plusieurs autres viticulteurs français établis dans la région, ainsi que le maire de Tokaj. Elle a également pu visiter les caves historiques et les principaux domaines viticoles du Tokaj, dans lesquels ont investi à la fois des personnes privées et des institutionnels notamment français, tels Axa Millésimes (propriétaire du domaine de Disznokõ qui compte 150 hectares exposés plein Sud au pied du Mont Tokaj et qui dispose d'une cave d'architecture moderne) ou GMF (propriétaire du domaine de Hétszõlõ).

De nombreux français sont donc présents en Hongrie pour y développer le génie du vin, commun à nos deux pays.

* 23 Sa production pourrait encore diminuer du fait de la réforme programmée de l'OCM Vin, qui prévoit des primes à l'arrachage très incitatives, ceci afin d'améliorer la compétitivité des crus européens face à la concurrence du nouveau monde.

* 24 Apparaissant dans des conditions d'humidité élevée et durable, Botrytis cinerea est en fait un champignon phytopathogène à qui l'on doit la pourriture grise des végétaux. Il attaque souvent les vignes mais, dans certains vignobles tel celui de Sauternes en France, ce type de pourriture peut être désiré pour obtenir des vins plus liquoreux. Le botrytis rend toutefois la fermentation du vin plus compliquée car l'antifongique qu'il produit tue les levures et risque de stopper le processus avant même que le degré d'alcool soit suffisant. Son développement est optimal quand les baies ont atteint une belle maturité.