B. UNE COORDINATION NUISIBLE ?

La thèse de la nocivité de la coordination des politiques économiques repose sur trois catégories principales d'arguments :

- la nécessité de préserver les capacités d'action des Etats dans une union monétaire ;

- le coût excessif de la coordination ;

- la transparence des responsabilités économiques, argument peu souvent mentionné mais opportunément cité dans l'étude du CEPII annexée au présent rapport.

1. L'argument de préservation des marges de manoeuvre des Etats dans une union monétaire imparfaite

Selon cet argument, la réalisation de l'UEM accentuerait la nécessité de pouvoir mobiliser librement les politiques budgétaires nationales, ce qui plaiderait pour une coordination a minima .

L'adoption d'une monnaie commune signe la constitution en Europe d'une zone monétaire unique. Elle s'incarne dans une unification monétaire qui a, comme pendant, une « européanisation » de la politique monétaire.

En outre, ce cadre de fonctionnement s'applique à un ensemble économique qui, s'il a abandonné une situation insatisfaisante de multiplicité des monnaies, ne répond pourtant pas au modèle théorique d'une zone monétaire optimale.

Au total, c'est le hiatus entre l'UEM et le modèle d'une zone monétaire optimale, combiné avec l'absence d'un budget européen capable d'amortir les chocs, qui justifieraient que les politiques budgétaires nationales soient les moins coordonnées possible .

a) Le hiatus entre le modèle de zone monétaire optimale et l'UEM
(1) L'UEM ne présente pas les caractéristiques d'une zone monétaire optimale

Une zone monétaire optimale est un ensemble économique caractérisé par la faible occurrence des chocs asymétriques et le haut niveau de flexibilité du marché du travail .

L'existence de chocs asymétriques, c'est-à-dire d'événements touchant différemment les membres de la zone, est un défi pour la stabilité d'une zone à monnaie unifiée puisque, par hypothèse, les participants à cette zone sont privés d'outils importants de politique économique.

De fait, la persistance de situations économiques et sociales disparates dans la zone euro semble propice au déclenchement de tels chocs.

(2) Une intégration économique et sociale incomplète

L'UEM s'applique à un ensemble de pays dont les spécificités économiques restent fortes.

En dépit des progrès de l'intégration européenne et de la convergence nominale qui ont permis et suivi l'adoption de l'euro, les spécificités économiques des pays de la zone restent fortes.

Trop nombreuses pour faire l'objet d'un recensement exhaustif dans ce rapport, on en donnera trois exemples dans des domaines sensibles pour les politiques économiques : les prix, la croissance et le chômage.

S'agissant des prix , le tableau ci-après témoigne, à partir des séries de prix à la consommation, de la forte dispersion des performances nationales par rapport aux résultats moyens de la zone.

Elle confirme l'existence de divergences entre les Etats et la difficulté d'adopter une politique monétaire commune appropriée à chacun d'entre eux.

S'agissant du chômage , les situations sont elles aussi très disparates. Certains pays paraissent près du plein-emploi, si bien que toute accélération de l'activité y est susceptible de buter sur une contrainte de rareté de la main-d'oeuvre et un dérapage inflationniste.

Dans d'autres pays, le sous-emploi persiste et appelle, entre autres, un supplément de croissance afin de le résorber.

Enfin, la dispersion des performances de croissance est patente. Quelques pays évoluent sur un rythme supérieur à leur potentiel tandis que d'autres subissent une activité nettement moindre. Il n'y a pas en Europe de synchronisation des cycles nationaux.

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