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Brésil : le géant vert ?

 

III. LES FAIBLESSES DU SYSTÈME SOCIO-ÉCONOMIQUE BRÉSILIEN

L'ensemble des atouts économiques du pays n'a pas pour autant conduit votre délégation à sous-estimer un certain nombre de faiblesses s'attachant au système socio-économique brésilien. Certes, le pays a récemment réussi sa stabilisation macroéconomique, mais il se trouve toujours confronté à de graves difficultés dont la persistance est de nature à obérer son potentiel de croissance et de développement.

A. DES VULNÉRABILITÉS MACROÉCONOMIQUES PERSISTANTES

1. Une stabilisation macroéconomique réussie

Sous l'effet des entrées massives de devises liées aux excédents commerciaux enregistrés au cours des dernières années, le Brésil a réussi sa stabilisation financière. D'une part, l'inflation a été maîtrisée avec un taux de 3,1 % à la fin de l'année 2006 contre 5,7 % fin 2005. Depuis 2003, le gouvernement a mis en oeuvre une politique budgétaire plus restrictive afin de maîtriser les déficits et de stabiliser, puis de diminuer, la dette publique. Fixé à 4,25 % du PIB selon les recommandations du Fonds monétaire international (FMI), l'objectif d'excédent budgétaire primaire a été atteint de manière régulière et a même été dépassé à plusieurs reprises (4,6 % en 2004, 4,8 % en 2005, 4,3 % en 2006). Cette relative maîtrise des dépenses publiques s'est néanmoins effectuée au prix d'un alourdissement sensible de la pression fiscale, décrié par la FIESP lors de son entretien avec la délégation, et d'une diminution sensible des investissements publics.

Il n'en reste pas moins que les bons résultats budgétaires enregistrés depuis 2003 ont permis de réduire le ratio de la dette nette du secteur public de 62 % en 2002 à 49,7 % à la fin de l'année 2006. Par ailleurs, la gestion active de la dette externe menée par les autorités a atténué la vulnérabilité de l'économie nationale aux variations du taux de change du real.

Dans le prolongement de cette politique, le Brésil a décidé, le 28 mars 2005, de ne pas reconduire son accord avec le FMI. Grâce à l'amélioration de sa balance des paiements et à la reconstitution de ses réserves de change, le pays a été en mesure, en décembre 2005, de rembourser par anticipation la totalité de son encours de dette envers le FMI, soit 15,5 milliards de dollars. Cette décision a permis d'économiser le paiement de 900 millions de dollars d'intérêts. Surtout, elle a constitué un signal politique fort envoyé aux marchés financiers et à la communauté internationale. Enfin, le Brésil a également procédé, au début de l'année 2006, au remboursement anticipé de sa dette envers le Club de Paris, qui s'élevait à 1,6 milliard de dollars. La France, dont la participation était indispensable pour garantir le succès de cette opération au regard de l'ampleur des montants en jeu33(*), en a été le premier contributeur.

Au total, le Brésil est redevenu, grâce à cette politique, un « élève modèle » en matière de solvabilité financière internationale, conformément aux engagements pris par le président Lula da Silva avant son élection34(*).

2. Les freins à la croissance

Malgré cette amélioration des fondamentaux macroéconomiques, des fragilités structurelles continuent à obérer la croissance potentielle brésilienne, au nombre desquelles des niveaux de taux d'intérêt figurant parmi les plus élevés au monde. Même si le ralentissement de l'inflation, ainsi que des anticipations d'inflation, a conduit la banque centrale à desserrer légèrement sa politique monétaire, les taux d'intérêt restent très élevés à environ 12 %, contre 20 % en 2005 ou 27 % en 2002. Les autorités monétaires craignent en effet qu'une réduction trop forte de leur niveau soit de nature à relancer un mouvement inflationniste au sein de l'économie. Or, comme l'a expliqué à la délégation M. Paulo Skaf, président de la FIESP, cet élément, tout comme le poids de la charge fiscale, évaluée à 40 % par la fédération, pèse très fortement sur le montant des investissements des entreprises privées.

Par ailleurs, un système de taux de change flottant a été institué depuis 1999, la banque centrale intervenant par des achats sur le marché des changes dans le but officiel de renforcer les réserves internationales du pays. Cette politique s'est néanmoins traduite par une appréciation du real par rapport aux deux principales monnaies internationales que sont le dollar et l'euro. La monnaie nationale s'est appréciée de 49 % par rapport au dollar entre 2004 et fin 2006 (9,5 % pour la seule année 2006) et de 10 % depuis le début de l'année 2007. Bien que cette appréciation continue ne se soit pas encore traduite par une baisse des performances de la balance commerciale, grâce à une conjoncture porteuse sur le marché international des matières premières, ses effets ont commencé à peser sur certains secteurs exposés à la concurrence, comme le textile.

3. L'insuffisance des infrastructures de transport

L'insuffisance des infrastructures de transport constitue une autre illustration des difficultés structurelles auxquelles est confronté le Brésil. Le niveau des investissements publics, environ 0,6 % du PIB, est au surplus trop faible pour combler ces déficiences et répondre aux besoins du pays en la matière. A titre d'exemple, les infrastructures ferroviaires sont notoirement inadaptées, comme l'ont expliqué les responsables de PSA à la délégation, et les routes en très mauvais état. Cet élément pèse sur le degré de compétitivité des entreprises, et plus spécifiquement sur celles dont l'activité repose sur les exportations. La situation spécifique du soja est à cet égard explicite puisque 80 % du soja produit au Brésil transite par camions sur des distances pouvant atteindre 3.000 kilomètres, portant les coûts du transport à un niveau compris entre 30 et 40 % du prix de la marchandise. Dès lors, une réduction de ce poste de dépenses pourrait largement contribuer à améliorer les performances commerciales des entreprises. M. Kenneth Geld, président de Louis Dreyfus Commodities, indiquait à ce titre que l'entreprise transporte en moyenne sept millions de tonnes de produits par an, dont 90 % par camions, ce qui constitue donc un poste de dépenses non négligeable.

Il a été précisé à la délégation que le développement des infrastructures pourrait s'appuyer sur la multiplication des partenariats public-privé (PPP), qu'une loi, récemment adoptée, a pour ambition de promouvoir. Lors de son entretien avec M. Alberto Goldman, vice-gouverneur de l'Etat de São Paulo et secrétaire d'Etat chargé du développement économique, votre délégation a ainsi appris que deux projets majeurs d'infrastructures de l'Etat devaient être réalisés au moyen d'un PPP. D'une part, l'Etat a lancé la réalisation d'une nouvelle ligne de métro dans la ville de São Paulo35(*). D'autre part, les autorités envisagent la construction d'un périphérique autour de l'agglomération, dont le financement serait totalement privé, qui devrait faciliter le transit de plus de 150.000 véhicules par jour.

La plupart des observateurs s'accordent à dire que le recours aux PPP a été fortement encouragé depuis l'accession de M. Lula da Silva à la présidence de la République. Dans le cadre du plan d'accélération de la croissance présenté par le gouvernement en janvier 2007, l'Etat fédéral a prévu d'engager des investissements importants afin de développer les infrastructures, de transports notamment, aux côtés du secteur privé, pour un montant de 180 milliards d'euros avant 2010.

L'expérience vécue par le Brésil au cours du premier mandat du président Lula da Silva doit cependant conduire à la plus grande prudence et à accueillir avec circonspection ces projets ambitieux. En effet, un objectif similaire de développement des infrastructures avait déjà été fixé au cours de ce premier mandat, sans pour autant être rempli. Dans cette perspective, les financements de la Banque nationale de développement économique et social (BNDES) aux projets d'infrastructures avaient été largement encouragés. Cependant, malgré les votes de crédits par le Parlement en faveur de ces opérations, seule une fraction d'entre elles a été effectivement réalisée, le ministère des finances supervisant leur exécution avec rigueur et n'accordant bien souvent pas les financements. La cessation des grands programmes d'équipement a ainsi eu d'importantes conséquences sur le développement régional. Un rapport du Sénat fédéral a notamment démontré que l'abandon, par manque de financements, de 400 grands ouvrages de BTP avait eu un impact marqué sur les régions les plus isolées du pays36(*).

La FIESP a fait valoir à votre délégation que la mise en oeuvre des PPP manquait d'efficacité pour des raisons tenant aux difficultés à trouver, au niveau fédéral, un consensus sur le degré souhaitable de concession et sur les garanties à apporter aux entreprises à l'échéance de la concession. Enfin, elle a également souligné les problèmes liés à l'instabilité du cadre juridique et institutionnel.

* 33 27 % de la dette du Club de Paris.

* 34 Le FMI a accordé, en 2002, un programme d'appui financier au Brésil en échange du respect par le pays d'objectifs en matière de contrôle de l'inflation et de dégagement d'excédents budgétaires primaires.

* 35 Votre délégation s'est rendu compte, au cours de son séjour à São Paulo, de l'insuffisance criante de transports publics, qui favorise la multiplication de gigantesques embouteillages.

* 36 « Le nouveau Brésil de Lula » - Daniel Van Eeuwen (voir bibliographie).