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Départementalisation de Mayotte : sortir de l'ambiguïté, faire face aux responsabilités

 

3. Une situation potentiellement explosive

Les services de police ont indiqué à vos rapporteurs que dans les bidonvilles de Mamoudzou la situation était potentiellement explosive, de nombreux jeunes étant livrés à eux-mêmes. La concentration d'une population jeune et démunie dans les zones urbaines entourant Mamoudzou apparaît propice au développement d'une délinquance dure. Ce phénomène est aggravé par les enfants laissés seuls sur le territoire et non déclarés par leurs parents, clandestins reconduits aux Comores. Toutefois, selon les services sociaux, il semblerait qu'environ 80 % des mères concernées reviendraient illégalement à Mayotte dans le mois suivant leur reconduite à la frontière.

Ainsi, Avec 22.814 crimes et délits constatés par l'ensemble des services de police et de gendarmerie, Mayotte a enregistré une augmentation de 19,51 % du nombre de faits constatés entre 2006 et 2007.

Évolution de la délinquance à Mayotte depuis 1998

 

1998

1999

2000

2001

2002

2003

2004

2005

2006

2007

Évolution 2006/07

Évolution 1998/2007

Délinquance générale

4 206

3 970

5 357

7 619

8 852

10 791

13 058

12 911

19 090

22 814

+ 19,51 %

+ 442 ,4 %

Délinquance de proximité

813

1 073

1 686

2 030

2 020

1 659

1 618

2 294

1 871

2 271

+ 21,38 %

+ 179,3 %

Source : secrétariat d'Etat à l'outre-mer

Les services ont eu en matière d'immigration clandestine une activité soutenue et les infractions constatées à la législation contre les étrangers ont augmenté de 19,61 % en 2007. Elles représentent 72,46 % du total des infractions contre 21,4 % en moyenne pour l'outre-mer. Hors police des étrangers, la délinquance de Mayotte s'élève à 6.108 faits constatés.

La délinquance de proximité a enregistré une augmentation de 21,38 %. Elle revient à son niveau de 2005, après avoir diminué en 2006.

Le nombre des mineurs mis en cause représente 11,32 % du total des personnes mises en cause contre 12,74 % l'année précédente. Toutefois, le taux des mineurs délinquants par rapport au nombre total des mis en cause est minoré à Mayotte en raison de l'importance des infractions à la législation sur les étrangers qui sont souvent le fait de majeurs.

La délinquance générale a augmenté de plus de 442 % en dix ans et celle de proximité de plus de 179 %. Cette évolution doit être rapprochée de l'augmentation de la population à Mayotte. En effet, la population de l'archipel est passée de 131.320 habitants en 1997 à 186.452 habitants en 2007.

Enfin, les événements survenus le 27 mars 2008, après la fuite à Mayotte du colonel Mohamed Bacar, président de l'île d'Anjouan, donnent une indication importante sur les tensions qui peuvent se faire jour dans l'archipel. En effet, ce jour-là, des métropolitains ont été pris à partie par la population d'origine comorienne. Les émeutiers ont arrêté des voitures pour en frapper les occupants et plusieurs blessés ont été conduits au centre hospitalier.

Ainsi, dans le rapport d'étape présenté à vos rapporteurs le 5 septembre 2008, le comité pour la départementalisation de Mayotte estime que « le départ massif des Mahorais vers la métropole, combiné à l'arrivée tout aussi massive de clandestins à Mayotte, crée une situation potentiellement explosive ».