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Impacts de l'utilisation de la chlordécone et des pesticides aux Antilles : bilan et perspectives d'évolution

 

B. LES CONDITIONS D'UTILISATION DE LA CHLORDÉCONE AUX ANTILLES

1. La production de la molécule

Entre 1972 et 197610(*), la molécule a été importée aux Antilles par la société Vincent de Lagarrigue sous formulation de Kepone. Le produit était acheté par l'intermédiaire d'une filiale de Dupont de Nemours basée à Miami.

Sur la période 1981-1993, le produit a été commercialisé sous le nom de Curlone par la société Vincent de Lagarrigue. Celle-ci achetait le Curlone à la société Calliope.

Cette dernière importait la chlordécone du Brésil par l'intermédiaire de la société coopérative « AgroCeres » qui en sous-traitait elle-même la synthèse par l'intermédiaire la société « AgroKimicos », située à Riberao Prêto dans l'état de Sao Paolo.

La molécule synthétisée était expédiée à la société Calliope, à Port-la-Nouvelle dans l'Aude, qui en établissait la formulation en la dosant à 5 % de chlordécone.

Les estimations en possession de vos rapporteurs, en provenance de la société qui a repris  - après diverses vicissitudes - la société Calliope calibrent la production de Curlone à 4 000 t sur la période 1981-199111(*).

Avec une formulation du produit à 5 % de chlordécone ce sont donc environ 200 tonnes de cette molécule qui ont été produites. Dont environ 90 % ont été utilisés dans les deux îles antillaises, 10 % ayant été réexportés au Cameroun et en Côte d'Ivoire où ces molécules ont été utilisées jusqu'en 1995 et 1998.

Si l'on postule un usage de même ampleur sur la période 1972-1978, on aboutit à un épandage de chlordécone de l'ordre de 300 tonnes sur les sols des deux îles (120 tonnes de 1972 à 1978, et 180 tonnes de 1981 à 1993).

2. L'utilisation de la molécule

Le Curlone était employé dans les bananeraies12(*) pour lutter contre le charançon dont les larves se nourrissent des racines de la plante, entravant son développement et surtout fragilisant son implantation en favorisant ainsi les déracinements dans une zone d'alizés où les coups de vents sont fréquents.

Le produit était répandu au pied de la plante sous forme de solution dosée à 30 grammes de Curlone, soit 1,5 g de chlordécone, ce qui à raison de 800 pieds de bananes à l'hectare et de 2,5 épandages par an (deux épandages pour un cycle de huit mois de production) aboutit à un dosage de 3 kg de chlordécone/h/an.

Pour être complet, ces plans d'épandage n'étaient pas systématiques.

En principe, un épandage était mené à l'occasion de la plantation du bananier. Puis, chaque année, on procédait à des tests d'infestation en décortiquant un échantillon de racine pour déterminer si un traitement était nécessaire.

Les estimations en possession de vos rapporteurs calibrent à environ au tiers les surfaces des soles bananières traitées chaque année.

Le Curlone n'a fait l'objet d'aucun épandage aérien.

* 10 Il semblerait que les stocks de Képone aient suffit aux besoins de 1976 à 1978.

* 11 Rappelons que la production de Curlone a été arrêtée en mars 1991, l'interdiction définitive n'intervenant qu'en 1993, après épuisement des stocks.

* 12 Il n'est pas impossible qu'une faible partie de ce produit ait pu être dérivée vers d'autres usages agricoles.