III. LA PERSISTANCE DE LA CHLORDÉCONE DANS L'ENVIRONNEMENT ANTILLAIS

La plupart des pesticides qui polluent les milieux naturels sont progressivement éliminés. Ce n'est pas le cas de la chlordécone qui, comme les dioxines ou les polychlorobiphényles (PCB) appartiennent au groupe des polluants organiques persistants.

Le maintien de la substance dans l'environnement s'explique par ses propriétés physiques et chimiques, mais ses mécanismes de transfert vers l'ensemble des milieux naturels varient en fonction de la nature des sols où elle a été épandue.

A. LA STABILITÉ PHYSICO-CHIMIQUE DE LA MOLÉCULE

La forte rémanence du produit dans les milieux naturels des îles antillaises peut trouver un premier facteur d'explication dans leur géographie : exiguïté relative des territoires, concentration des soles bananières, étroitesse des bassins hydrographiques. Mais elle résulte principalement des propriétés de la chlordécone qui n'avait pas été suffisamment prises en considération lors de son homologation à la vente, probablement parce que les travaux qui les exposaient étaient récents (1979 pour les premières publications) et menés aux Etats-Unis 14 ( * ) .

La persistance du produit dans les sols et sa présence dans les sédiments des rivières relèvent principalement de ses propriétés physico-chimiques.

La chlordécone, à l'opposé des autres pesticides organochlorés employés dans les bananeraies antillaises entre 1960 et 1972 (lindane, HCH), se caractérise par un très faible degré de dégradation biotique et abiotique .

Cela tient à sa stabilité physique et chimique 15 ( * ) :

- le produit a la particularité d'être très peu soluble dans l'eau , bien que susceptible d'évoluer vers une plus grande solubilité en fonction des conditions du milieu, en particulier si ce milieu est basique. Par exemple, pour un PH de 4, la solubilité de la molécule exprimée en mg/l est de 1,75 et pour un PH de 10,9, elle est cent fois plus élevée. Mais, par leur nature, les sols des Antilles se prêtent peu à une activation de ce potentiel de solubilité ,

- le produit présente également une très faible volatilité , est thermiquement stable jusqu'à son point de sublimation (350° C) et exige des températures de l'ordre de 1000° C pour être incinéré, ce qui exige un équipement particulier et rend l'opération coûteuse,

- le produit manifeste une forte affinité pour la matière organique des sols et des sédiments . Par exemple, mis en présence de systèmes sol-eau à l'équilibre, la chlordécone va s'associer de façon préférentielle avec la matière organique qui aura alors des teneurs en résidus 10 000 à 100 000 fois plus élevées que celles enregistrées dans l'eau environnante. Ceci explique que les sédiments servent de vecteurs de contamination des eaux de rivière, puis des milieux marins .

On ajoutera que la pédologie des Antilles facilite cette affinité de la molécule pour les matières organiques du sol. On y retrouve des teneurs en carbone supérieures à 12 %, ce qui est un record mondial.

Enfin, la chlordécone s'accumule dans les graisses et donc est susceptible de se concentrer dans la chaîne alimentaire, en particulier dans les milieux aquatiques.

Des travaux convergents effectués aux Etats-Unis après les incidents de Hopewell et repris dans un document de l'Agence américaine de protection de l'environnement (Ecotox 2006) font état d'un facteur de bioconcentration élevé à très élevé de 410 à 520 pour les diatomées, à 6 000 pour les huîtres et à une fourchette de 2 000 à 60 000 pour les poissons suivant les espèces.

* 14 Au demeurant, ces travaux n'avaient que peu abordé le problème de la permanence de la molécule dans les sols.

* 15 Les données qui suivent proviennent des conclusions du groupe d'études et de prospective « INRA-CIRAD » (« pollution par les organochlorés aux Antilles » Cabidoche et al. - juin 2006).

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