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Le Moyen-Orient à l'heure nucléaire

 

B. L'ACCEPTATION, SOUS CONDITIONS, PAR ISRAËL D'UN ÉTAT PALESTINIEN

Israël est confronté, depuis sa création, à un dilemme : choisir entre un Etat binational sur les frontières actuelles, au risque de dissoudre l'identité juive de l'Etat, ou bien accepter l'Etat palestinien, au prix de rendre ou d'échanger la terre des colonies et de compromettre la sécurité militaire d'Israël. Entre ces deux propositions, Israël n'a jamais vraiment choisi et ses Gouvernements semblent user des négociations comme d'un procédé dilatoire.

1. Les termes du dilemme auquel Israël est confronté

a) La solution de l'Etat binational

L'Etat binational serait une entité unique englobant Israël, la Cisjordanie et Gaza, dans laquelle Juifs et Arabes seraient sur un pied d'égalité juridique. C'est la situation qui prévaut aujourd'hui dans l'Etat d'Israël.

Étendu à l'ensemble des territoires palestiniens, la composante arabe de la population ne tarderait pas à devenir majoritaire, mettant en danger l'identité juive d'Israël.

En effet, Israël a, selon le dernier bulletin de l'Office des statistiques israélien, une population de 7 411 500 habitants. 75,5 % d'entre eux sont juifs, soit 5 592 600 habitants, ce qui inclut les 500 000 colons habitant hors des frontières de 1967. 1,5 million, soit 20,2 % sont arabes israéliens, principalement musulmans, mais aussi chrétiens, auxquels il faut ajouter 321 000 immigrants enregistrés au Ministère de l'Intérieur comme « non-juifs ». Les travailleurs étrangers vivant en Israël, environ 150 000, ne sont pas compris dans ce décompte.

Dans un Etat binational couvrant le territoire de la Palestine historique, 1,5 million d'habitants de la Bande de Gaza ainsi que 2,3 millions d'habitants de Cisjordanie et de Jérusalem-est s'ajouteraient aux Arabes israéliens pour former un groupe de 5,5 millions de Palestiniens.

Dans ces conditions, on comprend qu'à une écrasante majorité la population juive, attachée au caractère juif de l'Etat créé en 1948, rejette la perspective d'une entité binationale24(*).

Observons à cet égard que la résolution 181 de l'ONU du 29 novembre 1947 emploie à plusieurs reprises les termes d'« Etat juif » pour se référer à Israël, et d'« Etat arabe » pour l'entité palestinienne. Israël est donc, depuis l'origine, un Etat dont la raison d'exister est d'être le havre du peuple Juif.

b) La solution des deux Etats

L'autre voie est celle des « deux Etats » dans les frontières définies à l'issue de la guerre de 1967 qui donnent 78 % du territoire de la Palestine historique à l'Etat d'Israël25(*). Pourtant, les Gouvernements israéliens ont laissé, depuis cette date, s'installer de nombreuses colonies au-delà des frontières de 1967, sur les territoires internationalement reconnus comme palestiniens, à l'exception de la Bande de Gaza, évacuée en 2005 sur décision d'Ariel Sharon, approuvée par la Knesset.

A l'expansion des colonies26(*) elles-mêmes s'ajoute le développement des infrastructures, en particulier les routes réservées aux colons qui les relient entre elles et les 600 check points destinés à contrôler les déplacements des Palestiniens. Colonies et routes disloquent l'espace palestinien et rendent insupportables les conditions de vie des Palestiniens. Le développement économique de cette sorte d'« archipel » intérieur27(*), que forment aujourd'hui les territoires palestiniens est impossible. Israël n'a jamais pu ou voulu choisir entre ces deux voies.

* 24 Voir en annexe 6 : le système politique d'Israël et la proclamation d'indépendance.

* 25 Voir carte en annexe

* 26 Le mot utilisé en anglais est celui de « settlements » qui désigne des « hameaux » ou petits ensembles d'habitations.

* 27 Voir carte en annexe 5