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Le Moyen-Orient à l'heure nucléaire

 

2. Le moins mauvais choix pour Israël

Le propre d'un dilemme est qu'aucune des solutions proposées n'est satisfaisante. De ce point de vue, l'acceptation d'un Etat palestinien soulève la question difficile du statut de Jérusalem et celle, non moins problématique, des colonies. Leur extension en Cisjordanie fait obstacle à la création d'un Etat palestinien territorialement cohérent et politiquement indépendant, qui constituerait pourtant la moins mauvaise des solutions pour les deux parties.

a) L'intérêt à long terme d'Israël

La solution des deux Etats est la seule qui permette au peuple palestinien de connaître enfin indépendance et dignité et offre au peuple israélien une promesse de vivre en sécurité dans les frontières internationalement reconnues.

L'intérêt à long terme des Israéliens n'est pas de vivre entourés de peuples hostiles, d'être obligés de tourner le dos à la région où ils ont choisi de s'établir, enfermés entre des murs qu'ils ont eux-mêmes construits, dans la crainte d'attentats suicides ou d'Intifadas meurtrières.

Est-ce l'intérêt des Etats-Unis et de l'Europe de refuser au peuple palestinien l'Etat auquel ils aspirent légitimement et d'être détestés de ce fait par trois cent millions d'Arabes et un milliard de musulmans ?

b) Le choix des Israéliens

Tout semble indiquer que les citoyens israéliens eux-mêmes sont prêts à accepter la solution des deux Etats. De nombreux sondages montrent qu'une large majorité rejette la solution de l'Etat binational mais accepte la perspective de deux Etats. Selon un sondage récent réalisé par le mouvement Onevoice, le 22 avril 200928(*), ils seraient 78 % à pencher en faveur de la solution des deux Etats contre 74 % en 2007.

c) La faisabilité d'un accord

Les paramètres de la solution des deux Etats sont connus. Ils ont fait l'objet de longues négociations sous l'égide du Président Clinton avant de l'être au cours du processus d'Annapolis qui officialise pour la première fois, dans la déclaration conjointe de toutes les parties, la « solution de deux Etats séparés ».

Au demeurant les solutions ne se sont pas sensiblement écartées des « paramètres » élaborés par le Président Bill Clinton dans son plan de paix du 23 décembre 2000. Rappelons-en les principaux éléments.

1. Le territoire : le Président Clinton avait conclu qu'entre 94 et 96 % des territoires occupés par Israël devraient être rendus aux Palestiniens. Les territoires conservés par Israël, les colonies de peuplement, devraient faire l'objet de transferts territoriaux équivalents en faveur des Palestiniens.

2. La sécurité : des forces israéliennes resteraient stationnées, dans des postes fixes, sous le contrôle d'une force internationale, pendant une durée de trente-six mois dans la vallée du Jourdain. Cette durée pouvait être réduite si l'évolution de la situation le permettait. Trois bases israéliennes d'alerte précoce resteraient stationnées en Cisjordanie, selon des modalités renégociables tous les dix ans. S'agissant de l'espace aérien, l'Etat palestinien en aurait eu la pleine souveraineté. Néanmoins les deux parties étaient invitées à conclure des accords permettant l'entraînement des forces israéliennes. Concernant les capacités militaires du futur Etat, les Israéliens avaient suggéré de l'appeler « Etat démilitarisé » et les Palestiniens « Etat doté d'un armement », le Président Clinton avait proposé de l'appeler « Etat non militarisé. » Il était également prévu qu'une force internationale serait chargée d'assurer la sécurité aux frontières.

3. Jérusalem : le principe posé par le Président Clinton était que les zones peuplées d'Arabes seraient affectées à l'Etat palestinien et celles majoritairement juives à Israël29(*).

4. les réfugiés : le principe posé était que les Palestiniens auraient le droit de s'installer dans l'Etat Palestinien, mais qu'Israël pourrait n'accepter qu'un nombre limité de réfugiés.

5. La fin du conflit : la signature de l'accord marquerait nécessairement la fin du conflit et l'application des résolutions 242 et 338 de l'ONU se concluant par la libération des prisonniers.

Vos rapporteurs ont questionné le négociateur palestinien, Saeb Erekat qui était également négociateur au moment de la négociation des paramètres de Clinton. Que dit-il ?

« Entre 2000 et 2007, nous n'avions pas eu de négociations du tout. Nous avions des contacts à propos des check points et des activités des colons, mais c'est tout. C'étaient des contacts au cours desquels nous ne parlions que du quotidien.

« Et puis il y a eu Annapolis en 2007. C'était la première fois que nos Premiers ministres (Olmert et Mahmoud Abbas) s'asseyaient à la même table et négociaient. Il y a eu environ une centaine d'heures de négociations. Est-ce que nous avons abouti à un accord ? Non. Est-ce que nous avons vraiment négocié en profondeur ? Oui. Est-ce que nous avons brisé des tabous et franchi des lignes ? Oui. Les négociations étaient arrivées à un stade où nous n'avions plus besoin de négocier, mais juste de décider. Cette décision n'est pas intervenue.

« Les négociations ont pris pour base les frontières de 1967, en incluant Jérusalem est et la mer Morte. Nous avons conservé l'idée d'un échange de terres. Nous avons inclus des formules sur la façon dont l'Europe pourrait jouer un rôle effectif dans la préservation de la sécurité régionale.

« Nous les Palestiniens avons écrit ces idées sur une page de papier et avons dit aux Israéliens : " êtes-vous d'accord là-dessus ?". Mais les Israéliens n'ont pas réussi à stopper le développement des colonies, notamment les trois principales : Ariel, Goush-Etsion et Maalé-Adoumin. Israël voulait que nous acceptions les faits accomplis. Cela n'était pas possible.

« A la fin des négociations, il y aura une décision. Mais ce qui fera que l'accord durera ou pas, c'est son caractère équilibré, le fait qu'il soit juste. »

Si la solution des deux Etats est revendiquée par les Palestiniens, les autres pays arabes et la communauté internationale, et qu'elle est acceptée par la majorité du peuple israélien et connue dans toutes ses modalités, pourquoi retarder la décision ?

* 28 « Israel and Palestine : Public Opinion, Public Diplomacy and Peace Making » ; disponible sur Internet : http://www.onevoicemovement.org/programs/polling_contents.php

* 29 Ce paramètre n'a plus aucune pertinence en 2009 du fait de la réduction des quartiers arabes par la colonisation, l'implantation de familles juives et la destruction de nombreuses maisons palestiniennes.