Allez au contenu, Allez à la navigation



Le Moyen-Orient à l'heure nucléaire

 

3. La procrastination pour stratégie

Vos rapporteurs ont eu le sentiment que les Gouvernements israéliens ont tendance à se saisir de tous les prétextes, bons ou mauvais, pour gagner du temps et reporter l'heure des décisions. Trois raisons pourraient expliquer l'incapacité quasi-congénitale des Gouvernements israéliens à faire les choix permettant de conclure une paix « juste et durable » avec les Palestiniens.

a) La sécurité d'Israël

Selon la plupart des sondages, notamment celui du mouvement Onevoice, la première préoccupation des Israéliens est la sécurité.

Or, Israël jouit d'une sécurité quasi complète parce que la force de son armée dissuade tout adversaire potentiel.

La supériorité de l'armée israélienne sur les armées conventionnelles de la région est écrasante. Rappelons qu'il ne s'agit pas que d'une question d'équipements militaires, d'organisation ou d'entraînement, mais aussi d'une supériorité stratégique qui trouve ses fondements dans la pensée du fondateur d'Israël, Ben Gourion30(*). Israël a besoin, disait-il, d'une armée supérieure au total des autres armées susceptibles de la menacer. Pour cela, il faut avoir le meilleur renseignement possible, afin de disposer d'une alerte précoce, Israël ne pouvant se permettre d'être surpris. C'est le rôle du Mossad et de l'armée de l'air. Il faut également pouvoir dissuader ses ennemis de l'attaque.31(*) Enfin, en cas de conflit, il faut obtenir une victoire décisive aussi rapidement que possible. Ce sont ces principes, au moins autant que la valeur de ses armes, qui assurent la suprématie militaire d'Israël. Le résultat en est qu'aucune armée d'aucun Etat arabe, même le plus radical, n'envisage d'attaquer Israël. Toutes sont dans des postures défensives.

Concernant les conflits asymétriques, la stratégie traditionnelle d'Israël s'est en revanche révélée inefficace, en particulier lors de la dernière intervention au Liban. Certains think tanks israéliens ont alors évoqué une « infériorité stratégique » des forces israéliennes face au Hezbollah ou au Hamas et ont conçu une adaptation de la doctrine militaire. L'opération « Plomb Durci » avait entre autres pour but d'apporter une réponse adaptée aux confrontations asymétriques. Le principe en était simple : en répondant à la moindre agression, de façon impitoyable, quel qu'en soit le prix, en termes de victimes civiles et d'infrastructures, l'armée israélienne restaurerait sa capacité de dissuasion face à des agressions non étatiques.

Force est d'admettre l'efficacité de cette tactique utilisée au XIXème siècle par les armées coloniales européennes et par l'armée américaine pour la conquête de l'Ouest. La sécurité d'Israël est assurée. En 2008, 35 Israéliens ont été les victimes de violence politique dont 23 civils32(*). Le Hamas a abandonné les attentats-suicide en avril 2006 et sa dernière action revendiquée remonte à janvier 2005. Depuis le début de l'année, quatre Israéliens ont été tués, dont trois militaires. La population palestinienne, au contraire, a payé un lourd tribut au cours des dernières années.

Cela ne signifie pas que les citoyens israéliens ne courent aucun danger, mais que la sécurité d'Israël a rarement été aussi bien assurée.

En conséquence, sa sécurité étant assurée, la nécessité de négocier et de concéder ne s'impose plus avec la même force.

* 30 Ce développement nous a été présenté par M. Gridi Grinstein, directeur de l'Institut Reut, think tank indépendant, conseiller du Gouvernement sur les décisions stratégiques.

* 31 Selon une étude récente du Center for Strategic & International studies - study on a Possible Israeli Strike on Iran's Nuclear Development Facilities - Washington - Abdullah Toukan & Anthony H. Cordesman - March 14, 2009, Israël pourrait disposer de deux cents têtes nucléaires, voire plus.

* 32 Source : ministère israélien des affaires étrangères.