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Le Moyen-Orient à l'heure nucléaire

 

B. UNE SOCIÉTÉ BLOQUÉE

1. Un mal-être généralisé

L'Egypte n'est pas le seul pays à connaître des tensions économiques et politiques, mais ces tensions conjuguées à la colère et à la frustration engendrées par la diplomatie égyptienne au moment de l'offensive israélienne contre Gaza ont provoqué un ressentiment général contre le Gouvernement. Les manifestations de rue ont été jugulées par la police, mais la révolte est intériorisée et renforce encore le phénomène de crispation identitaire dont l'Egypte est un des exemples les plus significatifs du Moyen-Orient.

Cette crispation identitaire prend la forme d'un retour du religieux en tant que norme sociale et ciment communautaire de l'agressivité. Jamais les confrontations entre la majorité musulmane et la communauté chrétienne d'Egypte (les coptes représentent environ six millions de personnes) n'ont été aussi violentes qu'au cours de ces dernières années. Ces confrontations se sont traduites par un affichage délibéré des signes d'appartenance religieuse.

Le retour du religieux se traduit également par une délégitimation du mouvement d'émancipation féminine à l'occidentale à laquelle avait adhéré la bourgeoisie citadine dans les années 1920. Les femmes voilées étudient, travaillent et sont très présentes dans l'espace public. Le voile permet ainsi aux jeunes femmes des milieux les plus patriarcaux et conservateurs de quitter l'espace familial et, d'une certaine façon, de s'émanciper. Mais c'est une régression pour les autres.

2. Les risques d'attentats

D'après les informations fournies sur place à vos rapporteurs, l'attentat du 22 février au Caire a probablement été le fait d'un petit groupe de terroristes improvisés. La bombe était artisanale, d'une puissance explosive faible. L'attentat n'a pas été revendiqué. L'Egypte a déjà connu ce type d'attentats, en 2005. Il s'agit d'initiatives groupusculaires qui expriment par la violence un malaise général. Cela n'obéit pas, semble-t-il, à une stratégie d'ensemble de déstabilisation du régime comme dans les années 80. Loin d'affaiblir le régime du Président Moubarak, ce type d'attentats le renforce. La majorité des Égyptiens est en effet scandalisée par ces attentats qui frappent des innocents et qui mettent à mal le tourisme, source principale de revenus pour un million de salariés égyptiens. L'hypothèse d'une action punitive contre la France téléguidée par le Hezbollah libanais a été évoquée, mais n'est pas prouvée.