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Le Moyen-Orient à l'heure nucléaire

 

CHAPITRE VII.- LES RECOMMANDATIONS

La question se pose pour certains pays européens de savoir s'il convient ou non d'avoir une politique étrangère active au Moyen-Orient et, si oui, dans quel cadre la conduire : celui solidaire mais aujourd'hui inefficace de l'Union Européenne, ou bien celui solitaire mais limité des diplomaties nationales ? Notre pays n'échappe pas à ces questions.

I. QUEL CADRE POUR QUELLE POLITIQUE ?

A. FAUT-IL UNE DIPLOMATIE ACTIVE AU MOYEN-ORIENT ?

La question peut paraître incongrue pour l'Angleterre ou la France qui entretiennent des relations étroites avec le Moyen-Orient depuis au moins deux siècles. Mais elle ne l'est pas pour d'autres pays européens.

L'Italie, par exemple, à travers ses quatre Républiques maritimes, a été le premier et pendant longtemps l'unique point de contact entre l'Occident chrétien et l'Orient musulman. Comme l'écrivait Michelet à la fin du XIXème siècle : « sauf Venise et quelques Français, personne en Europe ne comprit rien à la question d'Orient (...).65(*) ». Il serait pourtant aujourd'hui difficile de définir en quelques mots la politique de l'Italie au Moyen-Orient, mis à part sa contribution déterminante à la nouvelle FINUL et sa présence au début de la deuxième guerre d'Irak au sein des forces de la coalition.

L'Allemagne a, jusqu'à présent, été volontairement absente du Moyen-Orient. S'en est-elle portée plus mal que la France pour autant ? Aujourd'hui la diplomatie allemande au Moyen-Orient semble sortir de sa paralysie. C'est une bonne nouvelle pour l'Europe, même si l'Allemagne est plus à l'aise pour négocier avec l'Iran que pour discuter avec Israël.

Les nouveaux pays européens de l'Est n'ont eu pendant toute la période soviétique que peu de contacts diplomatiques avec le Moyen-Orient.

A l'intérieur de la « vieille Europe » les Pays-Bas donnent l'impression de limiter leur politique au Moyen-Orient à leur soutien inconditionnel à Israël.

Mais même si chaque pays a sa propre histoire et ses propres inclinations, l'Europe, en général, et la France, en particulier, ne peuvent rester indifférentes à ce qui se passe au Moyen-Orient. Ce n'est pas une question de prestige sur la scène internationale. Ce n'est pas non plus qu'une question d'intérêts économiques, liés à l'importance de ces pays en matière énergétique ou à la taille de leur marché en matière d'armements et de biens et services.

C'est certes une question de sécurité pour l'Europe qui se veut et se pense comme une puissance pacifique et dont l'intérêt naturel est d'avoir les meilleures relations possibles avec le monde musulman qui vit à ses portes. La France sait, par expérience, que certains choix de politique étrangère au Moyen-Orient peuvent avoir un prix élevé.

Mais s'intéresser au Moyen-Orient, pour nous Européens, c'est tout simplement une question d'intérêt vital car ce qui se passe dans cette région du monde influence la vie quotidienne dans nos pays, ce qui n'est pas le cas aux Etats-Unis, au Canada ni dans les autres pays occidentaux. L'harmonie entre les civilisations occidentales et orientales revêt une importance particulière dans la construction permanente de nos nations. C'est vrai pour la France qui compte cinq millions de Musulmans et près de 500 000 Juifs (la plus importante communauté juive d'Europe et la deuxième au monde derrière les Etats-Unis). Mais c'est vrai également pour le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne. La politique étrangère de la France au Moyen-Orient commence au Parlement par les lois qui y sont votées. Nul doute qu'une loi sur le port de la burqa influencerait la perception de notre pays dans cette région du monde.

Au-delà de la cohésion des nations européennes, le Moyen-Orient pose la question de la construction d'un ensemble plus vaste euro-méditerranéen, celui que contient en germe l'Union pour la Méditerranée. Il serait dommage que l'UPM devienne une institution inutile ou un « machin », car elle pourrait constituer un grand « dessein » pour l'Europe. Il y a en effet entre l'Europe, l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient des complémentarités évidentes en termes économiques que nous serions collectivement responsables de ne pas transformer en avantages comparatifs face à l'émergence de grands ensembles tels que l'Inde ou l'Asie. Il est important pour l'avenir de l'Europe comme pour celui de la France d'avoir une politique active au Moyen-Orient.

* 65 Jules Michelet, Histoire de France, le XVIème siècle, tome II. Cité par Paul Balta in La politique arabe et musulmane de la France, Confluences Méditerranée, n° 22, été 1997.