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Le Moyen-Orient à l'heure nucléaire

 

B. DANS QUEL CADRE CONVIENT-IL DE LA MENER ?

Le concept du Quartet associant les Nations unies, les Etats Unis, la Russie et l'Europe avait toutes les apparences d'une bonne idée. Hélas, dans les faits, ce concept s'est révélé inopérant, voire dangereux. Les conditions posées par le Quartet en 2006 pour dialoguer avec le Hamas constituent, comme on l'a vu dans la partie de ce rapport relative au conflit israélo-palestinien, un obstacle sur le chemin de la paix. Où était M. Tony Blair après la tragédie de Gaza ? Si on veut que le Quartet serve à quelque chose, il faut impérativement le rendre plus opérationnel.

L'Union Européenne offre le cadre idéal d'intervention, parce que potentiellement le plus puissant. Mais c'est malheureusement, pour l'instant, un cadre inefficace. Un double paradoxe marque en effet l'intervention de l'Europe au Moyen-Orient : l'Europe paie le plus, mais influence le moins ; l'Europe a pris des positions sur le Moyen-Orient très en avance sur celles de l'administration américaine d'aujourd'hui mais n'en a tiré aucun crédit.

L'évolution des positions de l'administration américaine rend désormais un rapprochement entre Européens plus facile. En effet, tous les pays européens comme les Pays-Bas ou les nouveaux pays de l'Est qui avaient une position très pro-israélienne du fait de leur soutien à l'administration Bush se trouvent aujourd'hui pris à contre-pied. A rebours, l'évolution de la politique de la France et le rapprochement opéré vis-à-vis d'Israël facilitent les choses. L'idéal serait donc de trouver un consensus au niveau européen. L'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, si les Irlandais l'adoptent par referendum, sera sans doute un facteur favorable66(*).

Mais même avec le traité de Lisbonne, la définition d'une politique étrangère européenne, dans un cadre qui ne sera toujours pas fédéral, continuera de se heurter aux limites actuelles : l'absence de vision commune entre les pays membres et la coexistence délicate d'une défense européenne embryonnaire avec une Alliance atlantique dominatrice. L'Europe est impuissante à agir au Moyen-Orient, parce que ce n'est pas un Etat et qu'elle ne dispose ni des moyens de définir une politique qui soit autre chose qu'un plus petit commun dénominateur, ni des instruments extérieurs de la puissance : une armée et une diplomatie.

Que faire ? Attendre les Etats-Unis d'Europe pour définir une politique étrangère au Moyen-Orient ?

Evidemment non. Aucun grand pays européen n'a renoncé à ses propres ambitions nationales, lorsqu'il en avait. C'est le cas en particulier pour la France et pour la Grande-Bretagne.

Dans l'attente d'une Europe fédérale qui ne verra peut être jamais le jour, c'est donc en se plaçant dans le cadre d'une coopération étroite entre quelques pays européens, qu'il faut agir et définir une politique pour le Moyen-Orient.

Plutôt que de se rendre de Tel-Aviv à Gaza, du Caire à Washington ou à Bruxelles, c'est à Londres, à Berlin, à Madrid, à Rome et dans quelques autres capitales européennes que nos diplomates devraient chercher à définir les grandes lignes d'une politique commune aux Européens sur le Moyen-Orient.

Certes, ce n'est pas une tâche facile et la non-coïncidence des calendriers électoraux n'y aide pas. Mais la recherche d'une ligne d'action européenne qui ne soit pas un consensus a minima doit être la toute première priorité de notre politique étrangère.

Si nous réussissions à agréger un groupe structuré de pays européens sur une politique clairement définie, il serait indispensable d'y associer la Turquie. La diplomatie habile et efficace que ce pays déploie au Moyen-Orient depuis deux décennies va dans le sens de la paix. Ce n'est pas un hasard. L'Europe et la Turquie ont besoin de cette paix plus que d'autres, car le Moyen-Orient est leur voisin. Dans cette perspective, il serait profitable d'associer la Turquie aux discussions avec l'Iran.

Enfin, bien évidemment, il faudrait que ce groupe euro-turc se concerte avec les Etats-Unis. Cela semble plus à portée que jamais. Il serait fâcheux de ne pas profiter de cette conjonction entre les politiques américaines et européennes. L'efficacité suppose qu'on arrive à y associer la Russie et la Chine qui est de plus en plus présente dans cette région du monde.

* 66Voir le rapport sur le Traité de Lisbonne de la commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat, n° 188 du 30 janvier 2008 - Jean François-Poncet.