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Le Moyen-Orient à l'heure nucléaire

 

IV. UNE RELATION DIFFICILE AVEC L'OCCIDENT

Le ressentiment des Etats arabes à l'égard des Etats occidentaux plonge ses racines dans la période coloniale, mais c'est avec la création de l'Etat d'Israël qu'il a trouvé son plein développement.

L'incapacité des Etats arabes à s'opposer militairement à Israël, jointe aux paix séparées négociées par cet Etat avec l'Egypte et la Jordanie qui lui permettent maintenant de dicter ses conditions pour une paix globale à toutes les autres parties, à commencer par les Palestiniens, explique que le conflit israélo-arabe se perpétue depuis 60 ans. Les peuples et les Gouvernements arabes en ont rejeté, non sans raison, la faute sur les puissances occidentales. Mais ce discours auto-justificateur a fini par trouver ses limites et c'est en raison de cette impuissance à gagner la guerre comme à faire la paix que les mouvements islamistes ont pu se développer. Ils se sont réappropriés le discours nationaliste arabe et y ont substitué un corpus religieux, avec d'autant plus de facilité que le discours de la principale puissance occidentale, les Etats-Unis de Georges W. Bush, était devenu lui-même truffé de références religieuses telles que la « croisade » ou « l'axe du mal ».

A. LE REJET DES ETATS-UNIS

Partout au Moyen-Orient, nous avons ressenti un rejet explicite de la puissance américaine, de son image et de ses valeurs. Ce rejet n'est plus seulement le fait de « la rue arabe » mais se rencontre également chez les élites dirigeantes des plus fidèles alliés de l'Amérique.

Toutes les opinions publiques arabes et musulmanes ont fustigé la politique moralisatrice, la stigmatisation « islamo-terroriste » des régimes arabes par l'administration Bush, ainsi que l'invasion de l'Irak et le soutien indéfectible à la politique de colonisation d'Israël. Tous les gouvernants arabes et musulmans ont dû en tenir compte.

Pourtant, dès qu'une menace surgit, ces mêmes gouvernants sont les premiers à demander aux Etats-Unis de jouer le rôle de parrain et de protecteur. C'est le jeu pervers des implications et des ingérences dénoncé par Henry Laurens. Qui appelle-t-on pour résoudre le conflit israélo-palestinien ? Les Etats-Unis. A qui demande-t-on de faire pression sur l'Iran ? Aux Etats-Unis. On leur demande de s'impliquer, mais dès qu'ils le font, on dénonce leur ingérence. Les Etats arabes entretiennent avec les Etats-Unis une relation schizophrénique et c'est pour se sortir de ce tête-à-tête oppressant qu'ils demandent à l'Europe d'accroître sa présence.