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Russie : puissance ou interdépendance énergétique ?

 

DEUXIÈME PARTIE : DES OPPORTUNITÉS DE COOPÉRATION ET D'INVESTISSEMENT POUR LA FRANCE

I. UNE PRÉSENCE FRANÇAISE QUI S'AFFIRME

A. LES RELATIONS ÉCONOMIQUES BILATÉRALES

1. L'intensification des échanges commerciaux jusqu'à la crise

a) Une progression continue de 1998 à 2008

Sur la dernière décennie, les échanges commerciaux franco-russes ont progressé de manière très dynamique, à un rythme de + 21 % de croissance annuelle moyenne pour les exportations et de + 20 % pour les importations, portés par la phase de forte croissance de l'économie russe.

En 2008, cette tendance s'est confirmée : les exportations françaises en Russie ont augmenté de 24 %, pour atteindre 7 milliards d'euros (contre 5,6 milliards en 2007), et les importations ont progressé de 22 %, pour atteindre 13,7 milliards d'euros, en raison notamment de l'augmentation de la facture énergétique. La Russie est, en effet, le premier fournisseur de pétrole brut et de gaz naturel de la France. Ainsi, les hydrocarbures constituaient 92 % des importations françaises de Russie en 2008.

Au total, le déficit commercial de la France n'a cessé de se creuser au cours de la dernière décennie, pour s'élever à - 6,7 milliards d'euros en 2008 (contre - 5,5 milliards d'euros en 2007).

b) Structure des exportations françaises en Russie

Globalement, la France fait partie des dix premiers fournisseurs commerciaux de la Russie : elle était au 9e rang entre 2008 comme en 2007. Sa part de marché est de 3,8 %, en légère baisse depuis 2006.

La structure des exportations est diversifiée et dominée par les produits de l'industrie chimique (28 % des exportations françaises en Russie en 2008), des moyens de transport (25 %), et des équipements (23 %). Le secteur agro-alimentaire représente 10 % du total des exportations de la France en Russie. S'appuyant sur ses avantages comparatifs, la France occupe le 1er rang sur le marché russe dans les secteurs des parfums et cosmétiques et du vin. Elle est au 2e rang dans le secteur pharmaceutique.

En 2007-2008, la France est également devenue le 1er fournisseur de la Russie dans le secteur aéronautique. En revanche, les exportations françaises de machines et équipements, qui constituent le premier poste d'importations russe (32 % du total), demeurent faibles : 2,6 % de parts de marché, loin derrière la Chine (20,5 %), ou l'Allemagne (14,8 %).

Dans le secteur des transports, qui est le deuxième secteur importateur russe (22 % du total), le part de marché de la France est de 4,2 %, soit légèrement supérieure à sa part de marché globale, ce qui la situe au 7e rang, loin derrière le Japon (23 %) et l'Allemagne (13,8 %).

Enfin, avec 4 % de parts de marché, des marges de progression existent dans le secteur agricole, même si les mesures protectionnistes prises récemment par les autorités russes risquent de pénaliser les exportations françaises à court terme. Les principaux produits agricoles exportés en Russie sont les boissons alcoolisées, pour lesquelles la France détient 20 % des parts de marché. La France est le 11e fournisseur de viande de la Russie (3,1 % des importations russes de viande).

c) Les exemples de l'automobile et des produits laitiers

Les membres de la délégation ont pu rencontrer, à Moscou, des représentants des constructeurs automobiles français présents sur le marché russe. Ceux-ci leur ont fait part d'une certaine déception, car le marché automobile russe, qui était extrêmement dynamique jusqu'en 2008, s'est complètement retourné avec la crise. Alors que les autorités russes, dans une démarche protectionniste, ont relevé les droits de douanes sur les modèles importés et exigent que 30 % des pièces des véhicules soient produites en Russie, les distributeurs français ont accumulé des stocks d'invendus supérieurs à un an de chiffre d'affaires.

A l'inverse, le marché des produits laitiers demeure tout à fait porteur. La délégation a pu visiter, dans les environs de Moscou, une usine Danone, qui est la plus grande du groupe dans le monde. Cet établissement, avec 500 salariés, un directeur polonais, un directeur des ressources humaines russe et un directeur de production français, fabrique plus de 14 gammes de produits laitiers. La difficulté, pour cette usine de référence, a été de trouver du lait de qualité et d'assurer le transport et la distribution des produits, qu'elle a fini par prendre en charge elle-même avec sa propre flotte de véhicules.

2. Des perspectives encourageantes

a) L'impact de la crise en 2009

Dès le mois de janvier 2009, les effets de la crise économique conjugués avec ceux de la violente correction des prix des matières premières, ressentie avec retard, ont résulté en une forte contraction des flux commerciaux franco-russes. Sur la période janvier-mai 2009, les exportations françaises en Russie ont baissé de 30 % et les importations de 37 % en glissement annuel, tandis que la baisse de la facture énergétique a permis de réduire le déficit commercial.

Les exportations françaises vers la Russie ont relativement moins diminué que les importations russes totales, si bien que la part de marché française est remontée à 4,6 %, la France devenant ainsi le 6e fournisseur de la Russie, devant les Etats-Unis. Ce bon résultat a été obtenu en particulier grâce à un bon positionnement sur des secteurs résistants, tels que les produits pharmaceutiques ou la construction aéronautiques et spatiale.

En dépit de cette évolution favorable de sa part de marché globale en Russie, la France a vu chuter les exportations de certains de ses produits phares : les exportations françaises de véhicules automobiles se sont contractées de 61 % en glissement annuel, rejoignant la dynamique générale de chute des importations russes dans ce secteur (- 70 % sur les cinq premiers mois de 2009) ; les exportations de parfums et produits de beauté ont baissé de 41 %; celles de produits alcoolisés ont diminué de 44 %.

b) L'effet accélérateur de « l'année croisée » franco-russe en 2010

Le séminaire intergouvernemental franco-russe qui s'est tenu à Rambouillet le 27 novembre 2009 s'est tenu dans des conditions politiques favorables : les crises géorgienne et ukrainienne ont été surmontées ; le dialogue a redémarré avec l'Union européenne depuis le sommet de Stockholm ; la réunion de Corfou a permis renouer le dialogue avec l'OTAN, qui a débouché le 5 décembre sur un sommet Russie-OTAN.

Au total, le climat des affaires se ressent positivement de ces évolutions diplomatiques, et le séminaire intergouvernemental s'est concentré sur les questions économiques. Tout le spectre des activités économiques bilatérales a été traité par une vingtaine d'accords, même si d'autres accords n'ont pas pu être signés faute de temps et sont demeurés de la seule responsabilité des entreprises concernées.

Dans le domaine de l'énergie, la participation d'EDF à South Stream a été confirmée et celle de GDF-Suez à Nord Stream est en cours de négociation. Le séminaire a été l'occasion d'une préparation commune aux deux pays de la conférence de Copenhague, à l'occasion de laquelle un premier accord de montage de projets MOC entre BNP-Paribas et TNK-BP.

Dans le domaine de la culture, une déclaration commune a été faite pour le lancement en 2010 de « l'année croisée » de la Russie en France et de la France en Russie, dont les principaux jalons seront les suivants : en mars, exposition « Sainte Russie » au Louvre ; en juin, exposition Russie au Grand Palais ; en juin également, participation de M. Nicolas Sarkozy au Forum économique à Moscou ; en décembre, séminaire intergouvernemental.

Les liens culturels demeurent le fondement des relations franco-russes. S'ils se doublent d'une forte volonté politique, ils peuvent aussi déboucher sur un renforcement des relations économiques entre les deux pays.

3. Les investissements français en Russie

a) Une progression remarquable jusqu'en 2008

Après être longtemps restée une destination d'intérêt secondaire pour la France, la Russie a bénéficié d'un afflux d'investissements directs français depuis 2006. En 2008, ces investissements ont atteint un montant de 3,2 milliards d'euros, en progression de 276 % par rapport à 2007.

La Russie est ainsi devenue la 10e destination des investissements directs français en 2008, représentant 2,3 % des flux sortant et 0,6 % du stock, soit 5,8 milliards d'euros. Sans prendre en compte les centres financiers offshore et la Suisse, la France est le 7e pourvoyeur d'investissements directs de la Russie en 2008.

L'intermédiation financière constitue l'un des secteurs attractifs. Le secteur bancaire bénéficie d'investissements français importants : ainsi, en 2008, la Société générale est devenue actionnaire majoritaire de la Rosbank, 10e banque russe en termes d'actifs, après avoir acquis 30 % du capital pour un montant de 1,16 milliard d'euros. Le secteur des assurances prend une importance nouvelle : en 2008, le groupe AXA a fait l'acquisition de l'assureur russe Reso-Garantia, pour un montant de 810 millions d'euros.

Dans le secteur automobile, PSA a signé un projet de construction d'une usine d'assemblage, estimé à 300 millions d'euros, et Renault a pris une participation dans AvtoVAZ, premier constructeur automobile russe, à hauteur de 25 % du capital, pour un montant de 680 millions d'euros.

Dans l'agroalimentaire, Danone détient désormais 18,4 % du capital de la première entreprise russe dans ce secteur la société Wimm-Bill-Dam et a investi 80 millions d'euros en 2008 afin d'augmenter la capacité de production d'une de ses usines.

Par ailleurs, la France a su bien se positionner dans le secteur de la distribution, en pleine croissance, notamment dans les régions. Les grands groupes français comme Auchan, Décathlon et Leroy Merlin sont bien implantés sur le marché russe. Auchan a, notamment, fait l'acquisition d'un hypermarché Ramstore et pris à bail pour une longue durée 13 autres en 2007. Après avoir ouvert son premier magasin en juin 2009, Carrefour a cependant décidé de sortir du marché russe au second semestre 2009.

Toutefois, une certaine insécurité juridique, législative et réglementaire, fait que les entreprises françaises peuvent légitimement hésiter à investir en Russie. Mais, si celles-ci doivent faire preuve de discernement et de prudence, elles ne renoncent pas pour autant à leurs multiples projets.

b) Les projets en cours annonçant de futurs investissements

Dans le secteur des infrastructures, Vinci vient de signer avec le russe Rosavtodor le contrat de concession du premier tronçon de l'autoroute à péage entre Moscou et Saint-Pétersbourg, dont le coût est estimé à un milliards d'euros. De son côté, Bouygues a remporté l'appel d'offres relatif au contournement autoroutier de Saint-Pétersbourg, estimé à 5 milliards d'euros.

Dans le secteur ferroviaire, Alstom, qui souhaite s'implanter durablement en Russie, a noué un partenariat combinant prise de participation (à hauteur de 25 %) et constitution de joint-venture avec le principal équipementier ferroviaire russe, TransMachHolding.

Mais c'est surtout dans le secteur énergétique qu'existent des marges de progression pour les investissements directs français en Russie.