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Les îles Eparses, terres d'avenir

 

II. UN LABORATOIRE POUR LA GESTION RAISONNÉE DES RESSOURCES HALIEUTIQUES

M. Francis Marsac, directeur de recherche à l'Institut de Recherche pour le Développement, Président du comité scientifique de la commission des thons de l'Océan Indien (CTOI), a présenté un panorama de l'état actuel des ressources halieutiques, qui n'apparaissent plus inépuisables depuis la deuxième moitié du XXème siècle et la globalisation des pêcheries.

1. La tendance mondiale des pêches

A l'échelle mondiale, la pêche a connu un accroissement constant jusqu'à la fin des années 1980, avant de se stabiliser autour de 80 millions de tonnes au début des années 1990. Les extractions se concentrent sur les gros individus, au risque de ne plus pêcher, à terme, que des petits poissons voire des mollusques, par retrait progressif des maillons de la chaîne alimentaire. Les pêcheries se sont également étendues vers les profondeurs, notamment dans l'hémisphère Sud, tandis que la surpêche des populations locales était masquée par la découverte de nouvelles zones de pêche.

Les principales causes de la surpêche sont liées à la demande croissante du marché, à l'effet pervers de l'établissement des ZEE de 200 milles à la fin des années 1970 ainsi qu'aux subventions gouvernementales de soutien à la pêche. La performance technologique des flottilles joue également un rôle, de même que les activités de pêche illicites, le manque de gouvernance et la « tragédie des communs2(*) ».

Dans l'Océan Indien, les crustacés et les mollusques se maintiennent à un niveau stable et peu élevé, en comparaison des poissons, dont la pêche s'accroît. Le taux de capture dans l'Océan Indien était inférieur au niveau mondial jusque dans les années 1980, avant que la tendance ne s'inverse dans les années 1990. En 2005, la proportion des poissons côtiers s'est fortement accrue, de même que la pêcherie thonière.

2. La pêcherie thonière

L'Océan Indien a connu un développement considérable de ses pêcheries thonières dans les années 1980. Le taux d'accroissement des prises a été comparable d'un océan à l'autre, excepté pour le Pacifique Est.

Quatre engins principaux exploitent le thon :

 la senne tournante, réalisée sur deux types de bancs, soit associés à un objet flottant, soit libres ;

 la palangre artisanale ou industrielle, qui capture des poissons de grande taille ;

 la canne à l'appât vivant, utilisée uniquement dans les Maldives ;

 les filets maillants, déployés dans les zones côtières des pays du Nord de l'Océan Indien.

La palangre représente 19 % des prises, la senne tournante, 26 %, la canne à l'appât vivant, 9 %, et les filets maillants, 34 %. Les pêcheries artisanales sont une composante majeure de la pêche thonière dans l'Océan Indien : cinq pays rassemblent à eux seuls 85 % des captures.

Selon l'évaluation de la CTOI, les stocks d'espadon et de patudo se réduisent, tandis que l'albacore est en danger.

Actuellement, les défis de la CTOI sont les suivants :

 développer et maintenir des systèmes de collecte des données de pêche, avec notamment le soutien du Japon et celui, annoncé, de la communauté européenne ;

 réduire la capacité de pêche, c'est-à-dire l'intensité de l'effort déployé dans les zones de pêche, qui résulte de l'accroissement de la puissance de pêche des flottilles ;

 lutter contre la pêche illégale, en faisant notamment passer des résolutions, dont cinq ont été adoptées depuis 2002 ;

 réduire autant que possible les impacts de la pêche sur les espèces non ciblées, dans une approche écosystémique ;

 répartir équitablement les bénéfices de la rente thonière, dans un contexte marqué par la pêche artisanale.

S'agissant des prises accessoires, M. Françis Marsac a précisé que des résolutions récentes avaient été adoptées pour les réduire, et qu'un groupe de travail avait été créé sur le sujet. Les TAAF ont également proposé un certain nombre de mesures, dont un programme d'observateurs à la mer.

* 2 « La tragédie des communs » est une expression tirée du livre du biologiste Garret Hardin, publié en 1968 (Titre original : « The tragedy of Commons »). Hardin a formalisé pour la première fois une thèse fataliste sur la disparition inéluctable des ressources communes de l'humanité (eau, biodiversité, océans, ressources fossiles, etc.). Cet ouvrage a inspiré depuis, directement ou indirectement, la plupart des grands textes et conventions internationales concernant la gestion des ressources communes.